Une partie des déplacés retournent chez eux pour sauver leur récolte

Tandis que les habitants de la vallée de Swat et d’autres régions de la province de la Frontière du Nord-Ouest (PFNO), frappées par le conflit, continuent de fuir en masse, certains d’entre eux reprennent la direction inverse, pour retourner s’occuper de leurs champs.



« Nous avons laissé notre maison et nos bêtes telles quelles et nous nous sommes enfuis, la semaine dernière. Mais maintenant, il faut qu’on essaye de revenir pour récolter notre blé : si on ne s’en occupe pas, il va pourrir dans les champs », a déclaré Hazir Gul, un fermier de 50 ans, originaire d’un village situé près d’Ambala, dans la région de Buner.



« Ce blé est le principal moyen de subsistance de ma famille. Il nous permet aussi de produire “l’atta” [farine de blé] que nous mangeons. Je ne peux pas me permettre de le gaspiller, sinon ma famille va mourir de faim », a expliqué M. Gul à IRIN.



« Des centaines de familles retournent actuellement à Buner, et dans certaines régions de Swat », a déclaré Adnan Khan, porte-parole de la cellule d’intervention d’urgence des autorités de la PFNO.



Rashid Khan, 30 ans, et sa famille, actuellement hébergés chez des parents à Peshawar, s’inquiètent pour leur bétail, resté à Swat. « Nous avons besoin de notre buffle, de nos chèvres et de nos poules pour vivre. Ces bêtes risquent de se perdre ou d’être tuées dans le chaos, et si cela arrive, je ne sais pas comment je ferai pour nourrir mes quatre enfants », a déclaré M. Khan à IRIN.



Selon Mian Iftikhar Hussain, ministre provincial de l’Information, les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) « pourraient être plus de 2,5 millions », et d’après Ron Redmond, porte-parole de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) à Genève, le nombre d’habitants qui ont fui depuis août 2008 « dépasse la barre des deux millions ». Ce nombre englobe les 1,45 million d’habitants déplacés depuis le 2 mai, date de la reprise des affrontements entre les militants et les forces armées du gouvernement.



Il s’agit là d’une « des crises de déplacement les plus graves », selon Rashid Khalikov, directeur du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à New York, qui a appelé à mobiliser des fonds supplémentaires.




Photo: Tariq Saeed/IRIN
Dans
bien des cas, les déplacés des camps tiennent à retourner chez eux pour
moissonner leurs champs et s’occuper de leurs foyers

Espoirs et craintes



« Une bonne partie de Buner a été évacuée et quand il n’y aura plus de militants, nous demanderons aux habitants d’y retourner », a déclaré Yahya Akhundzada, responsable de coordination de la région de Buner. Ce sera « l’affaire de quelques jours », espère-t-il.



Dans bien des cas, les déplacés des camps tiennent à retourner chez eux pour moissonner leurs champs et s’occuper de leurs foyers



Mais à Swat et dans d’autres régions, les affrontements pourraient se poursuivre. Le ministre de l’Information de la PFNO a ainsi expliqué que son gouvernement souhaitait « faire sortir, en toute sécurité, les populations coincées dans la zone de conflit ». De nombreux habitants pourraient alors se trouver déplacés pendant une période indéterminée.



« Les gens d’ici sont terriblement inquiets pour leur avenir, le sort de leurs maisons et de leurs terres. Cela aggrave leur traumatisme », a déclaré Omar Hamid, qui travaille bénévolement dans les camps de Mardan (PFNO), au cours d’un entretien téléphonique accordé à IRIN. Un grand nombre de familles qui séjournent actuellement dans les camps sont déjà extrêmement pauvres, et n’ont pas de marge d’amortissement financier.



« J’ai perdu mon emploi de commis de cuisine dans un hôtel de Mingora, il y a trois ans, car le secteur du tourisme s’est effondré dans la région. Depuis, nous parvenons à peine à joindre les deux bouts avec les revenus mensuels de moins de 3 000 roupies [38 dollars] que je gagne en vendant des œufs ou en travaillant de temps en temps dans un magasin. Je ne sais pas comment nous allons nous débrouiller, maintenant », a confié Amin Khan, qui vit aujourd’hui à Peshawar.



Les journalistes qui se sont rendus à Daggar, première ville de la région de Buner, ont rapporté qu’une bonne partie de la ville avait été détruite.



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