Une tentative de coup d’Etat présumée met à l’épreuve la stabilité du pays

Les tensions provoquées par l’arrestation récente du frère du président togolais, accusé d’avoir fomenté un coup d’Etat, et la détention d’autres civils vont mettre à l’épreuve les efforts de réconciliation déployés dans le pays, qui se remet encore des violences électorales de 2005, selon les leaders de la société civile.



Le président Faure Gnassingbé est arrivé au pouvoir à l’issue des élections de 2005, qui avaient abouti à des actes de répression militaire violents contre des manifestants civils ; des dizaines de milliers de personnes avaient fui vers les pays voisins.



Koukou Amegblé a expliqué à IRIN qu’il avait une trentaine d’années lorsqu’il a fui pour se réfugier au Bénin, pendant les violences électorales. « Ce n’est pas facile de quitter chez soi pour se réfugier dans un autre pays. Je souhaite ne jamais revivre l’expérience qui m’a mené en 2005 au Bénin. Quoiqu’il arrive, j’implore les acteurs politiques de nous épargner des violences qui nous mèneraient [à quitter le pays encore] ».



Le frère du président, Kpatcha Gnassingbé, député et ancien ministre de la Défense, aurait une influence de plus en plus importante au sein du parti au pouvoir et serait un rival potentiel pour Faure Gnassingbé à l’approche des élections présidentielles prévues pour avril 2010, selon Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de l’Union des forces de changement, parti d’opposition.



Un accord de paix, signé en 2006, portait création d’un gouvernement d’union engagé à organiser des élections législatives pacifiques en 2007 et à former une commission vérité et réconciliation indépendante pour enquêter sur les allégations de violations des droits humains.



Les recommandations relatives à cette commission ont été recueillies au cours d’une enquête nationale, menée auprès de 25 000 personnes et soumise à l’examen du gouvernement en septembre 2008.



Les associations de défense des droits humains et les membres des partis d’opposition ont accusé l’armée de se rendre coupable de violations continuelles et manifestes des droits humains, depuis l’indépendance, en 1956.



Selon Hamadou Yacoubou, ministre togolais des Droits de l’Homme, la tentative de putsch présumée n’a pas mis en échec les activités de l’Etat, qui travaille à la création de la commission vérité et réconciliation. « Au contraire, elle a renforcé notre détermination à réconcilier [tous les camps]. Nous allons montrer aux Togolais et au monde entier que la réconciliation n’est pas une illusion ». Le gouvernement a demandé à différents organismes de la société civile de nommer les membres de la commission, a-t-il indiqué.



Un nouveau bain de sang doit être évité à tout prix, selon Edoh Komi, pasteur et président de la Fédération des églises et des missions évangéliques du Togo. « Le peuple togolais a trop souffert. Essayons plutôt de consolider les acquis de la reprise partielle de la coopération [des bailleurs] ».



M. Komi a expliqué à IRIN que cette dernière tentative de coup d’Etat présumée permettrait de mettre à l’épreuve la capacité du pays à maintenir une paix rétablie de fraîche date, et « nous invitons le chef de l’Etat à cultiver un esprit de pardon et d’unité pour une vraie réconciliation ».



A la suite des élections législatives de 2007, jugées libres et justes, de l’avis général, les organisations humanitaires et les gouvernements se sont engagés à verser plus d’un milliard de dollars pour financer la reconstruction du pays après plus de 10 ans d’aide réduite de la part des bailleurs.



Les bailleurs avaient en effet diminué leurs financements de plus de 60 pour cent entre 1990 et 2005, selon les Nations Unies, pour protester contre des violations récurrentes des droits humains, commises en toute impunité.



Said Djinnit, représentant spécial des Nations Unies en Afrique de l’Ouest, a déclaré à l’issue d’une rencontre avec le président Gnassigbé, au Togo, le 20 avril, qu’en Afrique, où la consolidation de la démocratie peut être perçue comme une menace, les préparations électorales pouvaient faire « des défis pour la stabilité et à la cohésion sociale, et devaient être effectuées avec précaution ».



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