Le stock d’urgence de vaccins contre la méningite déjà entamé

Le programme de stockage de vaccins contre la méningite de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déjà puisé dans ses réserves, plusieurs semaines avant le plus fort de la saison de la méningite, maladie mortelle.



« Ces demandes [de vaccins de la part des gouvernements] sont généralement adressées à la 12e semaine [fin mars] », selon Alejandro Costa, membre de l’équipe de Préparation et d’intervention épidémiques de l’OMS. « Mais cette année, nous avons déjà reçu quatre demandes de la part du Nigeria ».



Le Groupe de coordination internationale (ICG) chargé de la distribution des vaccins pour le contrôle de la méningite épidémique a été formé à la suite de l’épidémie de méningite de 1995-96 dans les pays d’Afrique subsaharienne qui composent la « ceinture de la méningite », du Sénégal à l’Ethiopie, pour assurer des réserves suffisantes de vaccins.



Les vaccins actuels, contrairement à bien d’autres méthodes d’immunisation, ne sont pas administrés systématiquement car ils offrent une protection de trois ans maximum.



L’OMS recommande donc, pour contrôler les épidémies, de mener des campagnes de vaccination de masse dans toutes les régions en phase épidémique (10 infections pour 100 000 habitants) et dans les régions voisines en phase d’alerte (cinq infections pour 100 000 habitants).



Dirigé par Médecins sans frontières (MSF), la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et l’OMS, l’ICG a distribué près de 39 millions de vaccins contre la méningite en Afrique depuis 1997.



Un manque perpétuel de vaccins



« Il y a toujours un manque de vaccins, parce qu’il est impossible de prévoir la demande », a expliqué M. Costa, de l’OMS. « Contrairement à d’autres méthodes d’immunisation pour enfants, celle-ci n’est administrée qu’en période d’épidémie. Les producteurs de vaccin produisent la quantité qu’ils jugent suffisante, mais on n’est jamais sûr ».



Selon M. Costa, les épidémiologistes n’ont pas pu expliquer pourquoi les épidémies variaient d’une année à l’autre. « C’est pourquoi il est d’autant plus difficile [pour les gouvernements] de garder des réserves à disposition », a indiqué M. Costa à IRIN.



L’ICG, a-t-il dit, a distribué deux millions de doses en 2008 au Burkina Faso, en République centrafricaine, au Mali, au Niger et au Nigeria, contre sept millions en 2007 au Burkina Faso, au Tchad, en République démocratique du Congo, au Soudan, au Togo et en Ouganda.



D’après M. Costa, les pays doivent confirmer la présence de l’épidémie en fournissant les résultats de tests de laboratoire avant de pouvoir recevoir des vaccins gratuitement.



Toujours d’après M. Costa, sur les stocks de l’ICG, 12 millions de doses sont destinées à être distribuées en 2009.



Le gouvernement nigérian a acheté 1,5 million de vaccins contre la méningite, mais cela n’a pas suffi, selon Muhammad Ali Pate, directeur exécutif de l’Agence nationale nigériane de développement des soins de santé primaire. « Il nous en faut deux fois plus », a-t-il déclaré à IRIN.



Depuis le 1er janvier, le gouvernement nigérian a fait état de plus de 5 200 cas de méningite, essentiellement dans le nord, et de plus de 320 décès.



L’ICG et l’UNICEF fournissent actuellement 1,7 million de vaccins supplémentaires, le dernier million de doses devant être livré d’ici au 7 mars, selon M. Costa.



Au Niger



Au Niger voisin, cinq régions ont atteint le seuil épidémique de l’OMS et huit autres sont en état d’alerte, selon l’agence. Le gouvernement a fait état de 2 041 cas, dont 85 décès depuis le 1er janvier.



« Cette année, l’intensité et le nombre de cas sont plus graves que l’année dernière », a déclaré Stéphane Quinton, directeur du service Afrique de l’Ouest de l’Office d’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO). « Si des milliers de personnes sont infectées et que nous avons une moyenne de 10 pour cent de mortalité, la situation peut devenir assez grave ».



M. Quinton a expliqué à IRIN que les 2,5 millions de dollars réservés par ECHO à la lutte contre les maladies infectieuses en Afrique de l’Ouest en 2009 risquaient de ne pas suffire. « Nous allons nous réunir à Bruxelles aujourd’hui [5 mars] pour voir si nous pouvons récolter des fonds d’urgence ».



ECHO aide MSF-France à contribuer aux efforts déployés par le gouvernement nigérian en vue de contrôler la méningite, a-t-il dit, et d’autres sections nationales de MSF se joindront peut-être à la campagne de vaccination transfrontalière qui sera menée, à terme, au Nigeria et au Niger.



Selon les estimations des travailleurs de la santé, environ deux millions de personnes pourraient avoir besoin d’être vaccinées dans la région frontalière, mais ce nombre risque d’augmenter, car la saison vient de débuter.



Selon M. Quinton d’ECHO, MSF-France devrait distribuer des kits médicaux aux centres de santé, aider à améliorer la surveillance épidémiologique, et ouvrir plus de 40 unités de vaccination mobiles à Katsina et Jigawa, deux Etats gravement touchés du nord du Nigeria.



Au Togo



Au Togo, 74 cas de méningite et 11 décès ont été rapportés depuis le début de l’année dans la région de Haho, 100 kilomètres au nord-est de Lomé, la capitale, selon l’OMS.



Le pays affiche un taux de mortalité de presque 15 pour cent, inférieur au seuil de survie de 90 pour cent, fixé par l’OMS, qui correspond à un « bon taux de traitement ».



Les bactéries responsables de la méningite s’attaquent à la moelle épinière ou aux membranes qui entourent le cerveau ; elles peuvent entraîner la paralysie, la surdité, des troubles nerveux ou la mort.



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