Les difficultés alimentaires, conséquences de la sécheresse

Après deux ans de sécheresse, un grand nombre de fermiers et d’éleveurs n’ont plus de revenus et la production céréalière syrienne est gravement limitée, ce qui fait grimper le prix des vivres sur le marché local, et met à rude épreuve les réserves du pays en produits alimentaires de base, selon les responsables des Nations Unies et du gouvernement syrien.



En 2008, la Syrie a dû importer du blé pour la première fois, en raison de la pénurie provoquée par la deuxième année d’une sécheresse qui, selon le gouvernement syrien, a touché jusqu’ici environ un million de personnes. Le niveau des réserves de blé d’urgence a diminué, bien qu’il en reste en quantité suffisante.



« Il y a encore assez de vivres en Syrie », a affirmé Abdullah Mawazini, chargé de communication publique du Programme alimentaire mondial (PAM) en Syrie. « Mais nous sommes préoccupés par la question de l’approvisionnement en produits de base. Le fait que nous ayons dû importer du blé, l’an dernier, n’est pas bon signe pour la Syrie ».



La Syrie se constitue généralement des réserves de blé suffisantes pour une durée de trois ans, a expliqué M. Mawazini, mais en 2008, le pays a accepté de vendre ses réserves aux pays aux prises avec des pénuries alimentaires, dont l’Egypte et la Tunisie.



La Syrie, généralement autonome en matière de production alimentaire, parvient à couvrir les besoins de ses 21,6 millions d’habitants. Les agences des Nations Unies ont néanmoins averti que le pays risquait d’être plus exposé à l’insécurité alimentaire si au cours des deux prochains mois, les précipitations restaient aussi faibles qu’elles l’ont été au début de l’année 2009.



Selon les estimations de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production de blé dans les régions non-irriguées de la Syrie a chuté de 82 pour cent par rapport à la saison précédente, tandis que, toujours dans les régions non-irriguées, la récolte d’orge a été entièrement perdue.



Globalement, le rendement de blé et d’orge a chuté de 47 et 67 pour cent, respectivement, comparé à l’année précédente, selon la FAO. De plus, parce que l’agriculture de subsistance est une pratique très répandue en Syrie, de nombreuses familles ont perdu non seulement leurs revenus, mais aussi leurs moyens de se nourrir.



« Un grand nombre de fermiers ont vu leurs cultures entièrement détruites », a expliqué Abdulla Tahir Bin Yehia, représentant de la FAO en Syrie. « Ils sont gravement touchés. S’ils ne produisent rien, ils n’ont pas de revenus. Et en plus de cela, ils doivent acheter des vivres et des semences, dont les prix ont augmenté en raison des pertes de récoltes ».















Photo: WFP
Les pertes de récoltes ont entraîné une augmentation du taux d’abandon scolaire et des migrations de la campagne vers la ville (photo d'archives)

Les répercussions



Entre autres répercussions, la diminution de la production alimentaire a entraîné une augmentation du prix des vivres, de la malnutrition, des migrations en provenance des régions rurales, du taux d’abandon scolaire et des pressions exercées sur le marché du travail par les agriculteurs, qui cherchent un autre emploi.



« La réduction de la quantité de blé et d’orge disponible a contribué à faire grimper les prix des produits alimentaires sur le marché syrien », a indiqué M. Mawazini.



Ainsi, l’indice des prix des céréales et du pain syriens a enregistré une hausse de 27 pour cent par rapport aux prix pratiqués en janvier 2008. Ces prix excèdent désormais les revenus des ménages et le pouvoir d’achat de la population dans son ensemble, en particulier dans les régions touchées par la sécheresse, selon un rapport conjoint des Nations Unies.



Les éleveurs ont eux aussi été touchés. La surface pâturable ayant diminué, ils ont plus de difficultés à faire paître leurs bêtes. De plus, le prix du fourrage a grimpé en flèche. Quelque 59 000 petits éleveurs (possédant moins de 100 bêtes) ont ainsi perdu presque tout leur bétail. Ce qui les a conduits à prendre des mesures draconiennes.



« Les éleveurs et les agriculteurs ont vendu leurs biens : leurs terres, leurs bêtes, leurs maisons, leurs meubles, leurs bijoux, tout cela à bas prix », a expliqué M. Bin Yehia. « Les plus touchés sont les plus pauvres, et notamment, bon nombre de foyers dirigés par des femmes ».



Nombre de personnes touchées ont migré vers les zones urbaines, ce qui a provoqué une hausse du taux d’abandon scolaire en milieu rural. Les Nations Unies ont fait état d’une augmentation interannuelle de 20 à 30 pour cent du taux de migration des régions rurales vers les zones urbaines, entre 2007 et 2008.



Un appel de fonds pour faire face à la sécheresse



Un appel de fonds a été lancé par les agences des Nations Unies en Syrie, en septembre 2008, pour pouvoir faire face à la sécheresse.



Dans le cadre d’une opération d’urgence de 1,8 million de dollars, la FAO a désigné 9 630 fermiers qui recevront 300 kilogrammes de graines de blé ou 150 kilogrammes de graines d’orge – soit assez pour que chacun puisse planter sur une superficie de deux hectares. Les semences ont été distribuées en décembre et janvier.



Cela a également permis de freiner les migrations. « Un grand nombre de fermiers sont revenus dans les villages lorsqu’ils ont entendu qu’ils avaient droit à des semences », a indiqué M. Bin Yehia de la FAO.



« Il est impératif, pour la sécurité alimentaire future [de la Syrie], qu’ils n’abandonnent pas l’agriculture ».



L’intervention conjointe FAO-PAM se poursuivra jusqu’en mai 2009. Mais si les précipitations restent faibles, un nouvel appel sera lancé.



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