Parlons de sexe

Opérant depuis un local exigu de Port Moresby, la capitale, Yangpela est l’unique assistance téléphonique pour les jeunes de Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) géré par Marie Stopes, une organisation non gouvernementale (ONG) spécialisée dans le domaine de la santé sexuelle et reproductive.



Un journaliste d’IRIN/PlusNews a composé le numéro gratuit. Trois coups à peine ont retenti avant que quelqu’un ne décroche. « Je n’aime pas utiliser de préservatifs », a dit le journaliste. « Pourquoi? », lui a calmement demandé une voix à l’autre bout du fil. « Parce qu’ils ne sont pas confortables », a répondu le journaliste. « Si tu n’aimes pas utiliser de préservatifs, il vaut mieux que tu restes avec le même partenaire et tout ira bien. »



Colis Gamoga, le jeune homme à l’autre bout du combiné, est habile. La ligne d’écoute, qui a été lancée en septembre dernier avec le soutien du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), reçoit quelque 17 appels par jour, la plupart émis par des jeunes à la recherche de renseignements et de conseils. Au cours de ses quatre heures de travail, Colis fait de son mieux afin d’orienter correctement les personnes qui l’appellent.



La PNG affiche l’un des taux de prévalence du VIH et d’infections sexuellement transmissibles (IST) les plus élevés de la région Asie-Pacifique. Le manque de sensibilisation aux rapports sexuels sans risque, notamment auprès des jeunes, est l’un des facteurs à l’origine de ce problème.



« Tous ces problèmes peuvent être évités », a estimé Jet Riparip, responsable de Marie Stopes en PNG. « Mais les informations justes font défaut et les mythes et légendes sont nombreux. »



Par exemple, bon nombre d’individus pensent qu’une femme ne peut tomber enceinte qu’après avoir eu des rapports sexuels six fois avec le même partenaire. En conséquence, les jeunes sont conseillés par leurs pairs et les aînés de changer régulièrement de partenaires sexuels.



« Des notions élémentaires sur le sexe et la reproduction sont encore largement incomprises », peut-on lire dans un rapport de la Banque asiatique de développement. « Il est toutefois essentiel de surveiller ce qui est enseigné. En effet, par exemple, les éducateurs de santé et d’autres individus en position ‘d’autorité’ transmettent des informations erronées », afin de décourager des comportements « indésirables ».



Les chercheurs ont découvert que la pornographie était répandue auprès des adolescents, qui consultent des magazines et regardent ensemble des films « hardcore », ce qui ne constitue pas les modèles les plus appropriés en matière d’éducation sexuelle.



Compte tenu de la géographie de la PNG, une île aux vallées profondes et aux reliefs élevés et densément boisés, de nombreuses communautés sont isolées et l’accès aux établissements de santé publics représente un important défi. Si la longue marche jusqu’à une clinique pour subir un examen de contrôle ou traiter une IST n’est pas suffisamment décourageante, l’attitude moralisatrice du personnel médical peut finir par dissuader les jeunes à se faire soigner, ont révélé plusieurs études.



L’Eglise chrétienne tient un rôle important en PNG, et certains travailleurs sanitaires se font le miroir de ces valeurs. « Certains travailleurs déclarent explicitement aux jeunes qu’ils désapprouvent leur mode de vie. Des participants ont souligné que certains jeunes pensaient qu’ils ne recevaient pas de traitement adéquat en guise de punition », a indiqué une étude menée par Save the Children.



Le centre Marie Stopes, qui accueille un médecin à temps complet, propose des tests de dépistage du VIH et des IST ainsi que des conseils. Toutefois, M. Riparip fait en sorte que l’établissement demeure discret. « Nous n’appelons pas le centre une clinique, car nous ne voulons pas effrayer les gens qui poussent notre porte… Le réceptionniste ne vous demande pas les raisons pour lesquelles vous êtes ici et nous mettons l’emphase sur la vie privée et la confidentialité », a-t-il ajouté.



En PNG, près de 40 pour cent de la population est en âge d’aller à l’école, mais moins de 15 pour cent des habitants sont inscrits dans une école secondaire et seul un tiers des écoliers sont des filles, a noté un rapport rédigé par la Banque asiatique de développement. Le faible taux de scolarité complique la sensibilisation au VIH et accroît sensiblement la vulnérabilité des filles.



Des partenaires sexuels multiples



En règle générale, les épidémies de VIH se concentrent tout d’abord chez les professionnels du sexe et leurs clients, avant de se répandre au sein de la population. Cependant, compte tenu de la prévalence du sexe à des fins commerciales ou transactionnelles et du nombre de partenaires sexuels multiples en PNG, la population a été beaucoup plus rapidement exposée aux risques du VIH », a souligné un rapport de l’UNICEF.



Les résultats d’une étude menée sur l’exploitation sexuelle des enfants en PNG s’accompagnent du témoignage d’une jeune fille suivant : « Nous devons survivre. Les garçons deviennent des petits truands et les filles doivent vendre leur corps. Tout le monde le sait. C’est pourquoi personne ne dénonce la situation et accepte l’argent, la nourriture et les autres choses que nous rapportons chez nous. »



Les statistiques VIH rendent compte d’une forte pratique du sexe entre partenaires de différentes générations. Selon un rapport de l’UNICEF, « deux fois plus de jeunes filles et de femmes âgées entre 15 et 29 ans sont contaminées que les garçons et les hommes du même âge. Cependant, les hommes de plus de 30 ans sont plus nombreux à vivre avec le virus que les femmes de la même tranche d’âge. »



La propagation de la violence sexuelle est un autre facteur accentuant la vulnérabilité des jeunes filles et des femmes. D’après les chiffres avancés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), près que la moitié des victimes de viol en PNG ont moins de 15 ans, et 13 pour cent d’entre elles ont moins de sept ans.



La pauvreté et la violence profondément enracinées auxquelles sont exposés les jeunes de PNG semblent entraver les progrès accomplis dans la prévention du VIH. Toutefois, Colis Gamoga et son collègue Idau Ghou pensent qu’ils font bouger les choses, tous les jours, en prêtant oreille à une autre personne au bout du fil et ou en persuadant un client de consulter un médecin ou de subir un examen de contrôle.



« De nombreuses personnes nous envoient des SMS ou nous rappellent afin de nous remercier pour ce que nous avons fait. Ces personnes ont suivi un traitement médical et se portent bien maintenant », a confié Colis Gamoga.



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