Les patients des villes, envoyés à la campagne, dans les hôpitaux des missions humanitaires

Rosa Chimbindi, enceinte de son premier enfant, s’est rendue dernièrement à l’hôpital de Parirenyatwa, un des plus grands centres hospitaliers de référence du Zimbabwe, situé à Harare, la capitale, pour y accoucher. Mais le personnel de la maternité lui a expliqué que l’hôpital était fermé en raison de la grève des travailleurs de la santé.



Son médecin lui avait conseillé d’accoucher par césarienne car elle était séropositive et avait déjà été blessée à la hanche. Selon les directives publiques relatives à la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant, il est préférable que les femmes séropositives enceintes accouchent par césarienne, dans les centres équipés, pour réduire leurs risques de transmettre le virus à leur bébé.



Pourtant informée des recommandations du médecin, l’infirmière en chef qui assurait la permanence à la maternité a conseillé à Mme Chimbindi et aux autres femmes déjà sur le point d’accoucher de se rendre dans un hôpital privé, ou si elles n’en avaient pas les moyens, d’aller se faire soigner dans un hôpital humanitaire, hors d’Harare.



« Les infirmières étudiantes de l’hôpital de Parirenyatwa nous ont renvoyées vers l’hôpital de la mission Howard, à Chiweshe, et vers l’hôpital de la mission Karanda, à Mount Darwin. Elles nous ont dit qu’elles ne pouvaient rien faire, parce qu’elles n’avaient pas d’expérience », a raconté Mme Chimbindi à IRIN/PlusNews.



« Est-ce possible qu’on dise à des femmes qui ont déjà des contractions qu’elles doivent parcourir plus de 60 kilomètres jusqu’à Howard, ou 150 kilomètres pour se rendre à la mission de Karanda ? Assise là, sur ce banc d’hôpital, j’avais l’impression d’avoir vraiment de la chance : au moins, je ne souffrais pas, et j’étais venue me faire admettre pour une césarienne non-urgente ».



Cette expérience devient courante à mesure que de plus en plus de patients à traiter à Harare sont contraints de parcourir de longues distances pour aller se faire soigner en milieu rural, dans les hôpitaux des missions humanitaires.



Certains hôpitaux dirigés par des missions ecclésiastiques, comme Karanda ou Howard dans la province du Mashonaland central, ou Nyadiri et All Souls dans le Mashonaland est, sont financés par des fonds externes et fonctionnent encore relativement bien : ils n’ont pas été touchés par les pénuries de médicaments et leur personnel est mieux payé que celui des centres de santé publics.



Mais on ne peut pas en dire autant, loin s’en faut, des hôpitaux ruraux publics. Conséquence de l’exode massif des travailleurs de la santé, la plupart des hôpitaux et des centres de traitement ruraux sont tenus par des prestataires de soins de santé primaires, qui reçoivent des formations accélérées en soins infirmiers de base, selon le Groupe de travail communautaire sur la santé, un réseau de groupes civiques qui promeuvent la sensibilisation à la santé.



Depuis le mois d’octobre 2008, les hôpitaux publics tels que l’hôpital de Parirenyatwa ou celui de Harare sont fermés en raison d’un mouvement de grève lancé par les travailleurs de la santé pour protester contre des salaires trop faibles et de mauvaises conditions de travail, et parce qu’ils ne pouvaient pas continuer à mettre en danger la vie de leurs patients en travaillant dans des hôpitaux mal équipés.



Depuis le début de la grève, le personnel responsable, notamment les infirmiers en chef, assure un service minimum, n’étant pas autorisé à participer à la grève, mais seuls sont admis les victimes d’accidents et les « cas graves ».









« ...Nous en sommes arrivés au point où de grands hôpitaux … envoient les patients à traiter dans les hôpitaux de campagne ! C’est le plus gros scandale que le système de santé ait jamais connu ... »

Tous les autres patients sont envoyés vers le secteur privé ou dans les hôpitaux ruraux des missions humanitaires. Des patients comme Mme Chimbindi, qui n’ont pas les moyens de s’offrir des soins en hôpital privé, ni de payer les frais de bus nécessaires pour se rendre dans ces hôpitaux, situés dans d’autres régions du pays, n’ont pas ou guère accès aux soins de santé.



Chitiga Mbanje, activiste de la lutte contre le sida, a noté que les personnes atteintes du VIH étaient particulièrement pénalisées. « Pouvez-vous vous imaginer le stress de devoir voyager pendant deux ou trois heures pour aller se faire soigner contre la pneumonie dans des régions reculées du pays ? Qu’est-ce qui se passe quand vous n’avez même pas les moyens de couvrir les frais de bus pour vous y rendre ? Ce qui se passe, c’est que vous allez tout simplement mourir chez vous, alors qu’en temps normal, vous auriez pu vous faire soigner ici, à Harare ».



Le docteur Amon Siveregi, représentant de l’Association des travailleurs de la santé du Zimbabwe, a expliqué à IRIN/PlusNews qu’avant la crise du secteur de la santé, les hôpitaux des missions humanitaires envoyaient dans les hôpitaux de référence des centres urbains les patients gravement malades ou ceux qui avaient besoin de recevoir des soins spécialisés. Aujourd’hui, c’est l’inverse.



« Nous en sommes arrivés au point où de grands hôpitaux comme ceux de Parirenyatwa, Harare et Chitungwiza [à environ 30 kilomètres de Harare] envoient les patients à traiter dans les hôpitaux de campagne ! C’est le plus gros scandale que le système de santé ait jamais connu », s’est indigné le docteur Siveregi.



« Les problèmes rencontrés dans le secteur de la santé ne date pas d’aujourd’hui : la situation s’est aggravée au fil des années et le gouvernement a fermé les yeux ; aujourd’hui, c’est devenu complètement ingérable ».



Les travailleurs de la santé ont annoncé qu’ils reprendraient le travail lorsque le gouvernement se serait assuré que les hôpitaux sont équipés comme il se doit. Ils exigent également une revalorisation des salaires (1 500 dollars américains pour les infirmiers et 2 000 dollars américains pour les jeunes médecins).



Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a récemment injecté cinq millions de dollars américains dans le système de santé zimbabwéen ; cette somme devrait permettre de financer des mesures incitatives visant à encourager les travailleurs de la santé à reprendre le travail.



En 2008, le Fonds des Nations Unies pour la population a accordé des subventions aux sages-femmes pour permettre aux maternités des hôpitaux de rouvrir, dans l’ensemble du pays.



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