Préoccupations croissantes pour les civils piégés en zone de conflit

Des dizaines de milliers de civils se trouvent piégés dans les régions du nord du Sri Lanka touchées par le conflit, sans issue pour pouvoir échapper sains et saufs aux affrontements, et leur sécurité fait l’objet de préoccupations de plus en plus vives.



Selon les représentants des Nations Unies et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), plus de 230 000 personnes déplacées dans leur propre pays (PDIP) dans le Vanni restent dangereusement proches des affrontements violents qui opposent les forces du gouvernement aux cadres des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (TLET).



« Au Sri Lanka, il est d’autant plus important de se conformer strictement au droit humanitaire international que les affrontements s’intensifient dans la région du Vanni et que des tirs d’artillerie intermittents ont été signalés, ces dernières semaines, dans des zones peuplées de civils », a déclaré John Holmes, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordinateur des secours d’urgence, dans son rapport au Conseil de sécurité, à New-York, le 14 janvier.



M. Holmes a déclaré que les civils étaient privés du droit d’échapper aux affrontements. « Je suis toutefois préoccupé de voir que quelque 350 000 civils, y compris des PDIP, sont piégés dans un espace de plus en plus restreint et que les rebelles des Tigres tamouls les empêchent effectivement de partir. Au vu de cette situation, l’on craint fort que les civils ne soient peut-être utilisés dans le but d’interdire toute opération militaire dans les zones concernées ».



Liberté de circulation



Les Nations Unies ont appelé les TLET à assurer la liberté de circulation des populations.



« Conformément au droit humanitaire international, les Nations Unies appellent les TLET à permettre aux civils de se rendre librement dans les régions où ils se sentent le plus en sécurité, et le gouvernement à recevoir les personnes récemment déplacées dans le respect des principes convenus par la communauté internationale », a indiqué M. Holmes dans un communiqué publié par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à New York, le 16 janvier.



Selon le CICR, les civils sont concentrés dans une zone de plus en plus restreinte, et leur sécurité s’en trouve dès lors de plus en plus menacée.














Photo: UNHCR/OCHA
Carte des déplacements internes et de l’accès humanitaire au Sri Lanka

« En raison des opérations de combat qui se poursuivent et de la ligne de front mobile, des dizaines de milliers de civils déplacés se trouvent concentrés dans une zone si étroite que leur sûreté physique et leurs conditions de vie font l’objet de vives préoccupations, particulièrement en termes d’hygiène », a indiqué le CICR dans son dernier bulletin mensuel, publié le 16 janvier.



A ce jour, le CICR reste le seul organisme présent en permanence dans la région depuis que les Nations Unies et les autres organismes de secours international se sont retirés du Vanni en septembre 2008, à la suite d’une directive de sécurité émise par le gouvernement.



Aujourd’hui, compte tenu d’une situation de sécurité instable, il est devenu difficile d’assurer la circulation sans risque des convois de matériel des Nations Unies et du gouvernement, des ambulances et autres véhicules humanitaires, selon l’organisme.



« Le CICR doit en outre négocier chaque jour avec les parties la circulation sans risque [de ses convois] sur une distance de 30 kilomètres entre les zones sous autorité gouvernementale et les zones aux mains des TLET ».



L’organisme a dû attendre cinq jours avant de pouvoir escorter son dernier convoi, le 16 janvier. Les responsables du CICR à Colombo, la capitale, ont déclaré le 2 janvier qu’un convoi revenant du Vanni avait été piégé au beau milieu des affrontements ; un camion a subi des dégâts et son chauffeur a été légèrement blessé.



Des centaines d’habitants en fuite



Le gouvernement a dit s’attendre à ce que davantage de civils fuient pour échapper aux affrontements ; il a annoncé que des dispositions avaient été prises en vue d’héberger au moins 30 000 familles dans trois zones de la région de Vavuniya, à 250 kilomètres au nord de Colombo.



« D’autres personnes devraient bientôt passer dans les zones sous autorité gouvernementale. Le gouvernement attend, prêt à apporter tous les secours nécessaires aux arrivants », a déclaré Basil Rajapakse, député et conseiller du président Mahinda Rajapakse, au cours d’un point presse, le 18 janvier.



Si la plupart de ceux qui ont fui les affrontements se déplacent vers le sud, d’autres se rendent au nord du Vanni, vers la péninsule de Jaffna.



K Ganesh, agent gouvernemental responsable de la région de Jaffna, le plus haut représentant des autorités publiques de la région, a déclaré qu’au 17 janvier, 1 200 personnes s’étaient réfugiées à Jaffna.



« Si les gens ont plus d’amis ou de famille dans la région de Jaffna, ils viennent au nord pour s’installer avec eux. La famille et les amis sont le facteur déterminant qui motive les gens à choisir de se rendre à Vavuniya [sud] ou à Jaffna ».



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