Des défis demeurent

Plus de huit mois après le passage de Nargis dans le sud du Myanmar, les interventions menées pour répondre aux besoins des rescapés du cyclone sont de mieux en mieux coordonnées, mais de graves problèmes subsistent, particulièrement en termes de capacités et de ressources.



« Cela s’est sans aucun doute amélioré avec le temps », a dit à IRIN Thierry Delbreuve, chef du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), à Yangon, ancienne capitale birmane.



Plus de deux millions de personnes ont été touchées lorsque le cyclone Nargis a frappé le delta birman de l’Ayeyarwady, situé à basse altitude, les 2 et 3 mai derniers, faisant près de 140 000 morts et disparus.



Malgré les difficultés d’accès rencontrées dans les premiers temps, OCHA a mis en place six plateformes humanitaires pour soutenir les Nations Unies et les organisations non-gouvernementales (ONG) partenaires sur le terrain, ainsi que les autorités locales, dans le cadre de leurs activités d’aide humanitaire et de rétablissement rapide.



Ces plateformes humanitaires se trouvent dans les cantons de Dedaye, Bogale, Labutta, Mawlamyinegyun, Patein et Pyapon, gravement touchés par le cyclone.



« Le défi consiste plus à assurer le rétablissement rapide, maintenant que, globalement, la phase de secours touche à sa fin », a indiqué M. Delbreuve.



Des poches de besoins humanitaires subsistent néanmoins dans les régions reculées, a-t-il ajouté, un constat souligné dans le premier des trois Rapports périodiques post-Nargis – une analyse menée auprès de plus de 2 000 ménages dans 108 communautés des divisions de l’Ayeyarwady et de Yangon, et publiée en décembre.



Selon le rapport, bien que des progrès significatifs aient été réalisés dans le domaine des secours et de l’aide au rétablissement, la phase de secours n’est pas encore achevée et les populations ont encore besoin d’aide.



La nutrition, l’alimentation et l’hébergement de celles-ci font l’objet de préoccupations particulières. Un grand nombre de familles sont encore mal logées, souvent dans des conditions de surpeuplement, dans des logements qui ne les protègent guère de la chaleur et de la pluie.



Dans les communautés touchées, les nombreux ménages qui se servent de plastique ou de toile en guise de toits ou de murs font également l’objet de préoccupations particulières. Les familles ont déclaré vivre dans des conditions adéquates dans seulement 10 pour cent des communautés interrogées environ, soit le même taux ou mieux qu’avant Nargis, a révélé le rapport.



« Bien que l’aide ait des répercussions, il en faut davantage, à la fois pour le matériel de secours immédiat et en termes d’aide au rétablissement », a estimé Anish Roy, représentant spécial du secrétaire général de l’ANASE, un des principaux partenaires du Groupe central tripartite (TCG), qui a publié le rapport.



Besoin de fonds et de moyens




Photo: cm/IRIN
Dans les communautés touchées, un grand nombre de familles se servent de plastique ou de toile en guise de toits ou de murs (photo d'archives)

Le 10 juillet, les Nations Unies ont relancé un appel d’urgence pour solliciter la somme de 477 millions de dollars (contre 201 millions de dollars, demandés précédemment) au nom de 13 agences onusiennes et de 23 ONG afin de pouvoir financer les opérations de secours d’urgence et de rétablissement rapide menées jusqu’en avril 2009. Au 12 janvier, seuls 64 pour cent de la somme sollicitée avaient été versés, soit 306 millions de dollars.



En outre, l’agriculture et le relèvement rapide restent les secteurs les moins bien financés, puisqu’ils ne se sont vu accorder que 25 et 39 pour cent de la somme demandée, respectivement.



« À moins que l’aide ne continue d’arriver, nous risquons de voir bon nombre d’organisations ou de groupes partir parce qu’ils n’ont pas les ressources nécessaires pour poursuivre leurs activités », a averti M. Delbreuve.



« Il est important que nous continuions à nous intéresser au Myanmar. Non seulement aux conséquences de Nargis, mais aussi aux autres régions du pays. Les capacités des organisations sont cruciales. Nous devons conserver les capacités opérationnelles nécessaires pour intervenir », a-t-il ajouté, notant qu’avant Nargis, peu d’organisations opéraient dans le pays.



Une fenêtre d’opportunité



« Aujourd’hui, nous avons la chance d’en faire plus parce que nous avons des partenaires supplémentaires, qui sont là et qui tiennent à continuer de travailler au Myanmar (pas seulement dans les régions touchées par Nargis, mais aussi dans les autres régions du pays », a-t-il expliqué.



« Les bailleurs sont encore très intéressés à savoir si nous pouvons opérer au Myanmar. Il y a également un intérêt au-delà de Nargis et un point d’entrée possible vers des programmes à plus long terme, qui permettraient d’aider les communautés locales, et d’intervenir face à certains besoins humanitaires graves, en tenant compte des difficultés d’accès aux autres régions du Myanmar ».



OCHA espère conserver sa structure de coordination dans le delta au moins jusqu’à la fin de l’appel d’urgence, en avril.



« Nous nous sommes déjà concertés avec le PNUD [Programme des Nations Unies pour le développement] et d’autres partenaires pour nous assurer qu’il y aura une transition et une passation sans accroc à des organismes plus axés sur le développement, qui gèreront les capacités sur le terrain », a-t-il indiqué.



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