Le projet logements de la Banque mondiale à l’épreuve de la réalité

Lorsque le typhon Nisha a balayé le nord du Sri Lanka au cours de la dernière semaine du mois de novembre 2008, il a gravement endommagé les toitures de milliers de nouveaux logements, contraignant la Banque mondiale à réévaluer le type de toiture utilisé dans le cadre de ses projets de logements, dans lesquels plusieurs millions de dollars ont été investis.



La ville de Jaffna, située à 400 kilomètres au nord de Colombo, a été la plus touchée, selon le Centre national de gestion des catastrophes : on y a déploré neuf morts et les inondations y ont touché plus de 290 000 habitants. Quelque 34 000 logements ont également subi des dégâts.



La Banque s’est investie dans un projet de 150 millions de dollars (lancé en mars 2005) visant à reconstruire 34 780 logements détruits par le conflit dans les régions nord et est du Sri Lanka ; dans le cadre de ce projet, des plaques d’amiante ont été utilisées pour les travaux de toiture, en lieu et place des tuiles d’argile, plus classiques.



Selon la Banque, 24 000 logements sur 34 780 avaient été construits en décembre 2008, et 4 300 étaient quasi achevés. La reconstruction de 5 778 maisons dans les régions de Kilinochchi et Mulaithivu, touchées par le conflit, était interrompue depuis la mi-2006 pour des questions de sécurité.



« Nous estimons qu’à Jaffna, 1 500 logements reconstruits [sur 4 600] ont été touchés par les vents cycloniques [de Nisha], qui ont endommagé les plaques de recouvrement », a expliqué à IRIN Naresha Duraiswamy, responsable principal des opérations Asie du Sud – Travaux urbains, eau et assainissement à la Banque mondiale, à Washington D.C.. « On estime que peut-être 20 pour cent de l’ensemble des maisons gérées à Jaffna ont subi des dégâts, plus ou moins graves ».



Une préférence pour les tuiles



Selon M. Duraiswamy, au lancement du projet, les bénéficiaires avaient préféré les tuiles à d’autres matériaux de recouvrement, qui contenaient de l’amiante sans pour autant présenter de risque, puisqu’ils étaient conformes aux normes des pays développés en matière d’environnement, de santé et de sécurité.



La Banque avait pourtant porté son choix sur les plaques car ce matériau était moins coûteux et plus facile à transporter par voie maritime de Colombo à Jaffna.



« La préférence va généralement aux tuiles d’argile, mais compte tenu de leur poids, elles étaient plus chères à expédier jusqu’à Jaffna et plus susceptibles de s’abîmer en route », a expliqué M. Duraiswamy.



Les tuiles d’argile restent plus fraîches pendant l’été et sont mieux adaptées à l’architecture traditionnelle de la péninsule, mais il est impossible d’en produire de grandes quantités à Jaffna compte tenu de la crise de sécurité actuelle, a-t-il indiqué.



Selon M. Duraiswamy, les toits ont été construits de façon à résister à des vents soufflant à 40 kilomètres/heure, conformément aux normes nationales de construction en vigueur au Sri Lanka, mais Nisha s’est accompagné de vents deux fois plus forts, qui ont causé des dégâts non seulement aux plaques de recouvrement, mais aussi aux chevrons.



La norme des 40 kilomètres/heure était de toute évidence insuffisante dans le contexte de la tempête tropicale, dont les vents soufflaient à 80 kilomètres/heure, a-t-il ajouté.



« Les vents ont endommagé des tuiles d’argile isolées, mais ces tuiles étaient faciles à remplacer étant donné que les chevrons – fabriqués à partir de bois de cocotier ou de rônier - étaient restés intacts dans la plupart des cas », a-t-il expliqué à IRIN.



« Les plaques de recouvrement (en amiante), en revanche, étaient fixées aux chevrons et aux linteaux. Les vents ont non seulement emporté les plaques, mais ils ont également abîmé les linteaux. L’Association de développement international (IDA), la branche de la Banque qui accorde des prêts aux pays pauvres, recommande aujourd’hui de réévaluer la fiabilité des plaques de recouvrement ».



ap/bj/am/cb/nh/ail