Lutter contre les effets du changement climatique

Le Bangladesh a besoin d’urgence qu’on l’aide à se doter d’une agriculture résistante au climat si l’on veut que ses populations puissent survivre et prospérer à long terme, selon certains experts.



Le changement climatique se manifeste de nombreuses façons dans le pays. Par exemple, en raison de l’élévation du niveau de la mer, la salinité des terres agraires augmente dans les régions côtières, réduisant ainsi à la fois la qualité et la quantité des fruits et légumes récoltés.



Dans les régions du sud du pays, où les terres ne s’étendent que quelques centimètres au-dessus du niveau des eaux saumâtres des estuaires, de vastes bandes de terres agraires deviennent arides : les récoltes sont de moins en moins abondantes en raison de la salinité accrue des terres, elle-même due à l’élévation du niveau des eaux dans la Baie du Bengale.



Les agronomes et les experts de l’agriculture s’inquiètent aujourd’hui à l’idée que cette salinité rampante puisse gagner de plus en plus de terrain dans ce pays situé à basse altitude. « Les conséquences du changement climatique sur l’agriculture sont indéniables et vont très certainement s’aggraver si les gouvernements et les bailleurs ne prennent pas dès aujourd’hui les mesures qui s’imposent », a prévenu Ghulam Mohammad Panaullah, ancien directeur de recherche à l’Institut de recherche rizicole du Bangladesh (BRRI).



Dans les régions côtières, les cocotiers et les palmiers à bétel produisent moins de la moitié des récoltes d’il y a vingt ans, tandis que les plantations de bananiers disparaissent par centaines, a déclaré M. Panaullah à IRIN. En même temps, les légumes vendus dans les marchés urbains de Dhaka, Khulna et Rajshai n’ont pas de goût, dit-on, et rapportent peu aux commerçants, comparés aux fruits et légumes produits dans les régions non-salines.



Une agriculture résistante au climat



Dans un pays où près de 80 pour cent de la population vit en milieu rural, la nouvelle n’est guère réjouissante. Selon la Banque mondiale, le secteur agricole bangladais représente environ 22 pour cent du Produit intérieur brut (PIB) du pays, et 33 pour cent du PIB provient de l’économie rurale hors agriculture, qui est également liée à l’agriculture.



En outre, quelque 54 pour cent de la population rurale est employée dans le secteur agricole. Le Bangladesh a donc besoin d’aide pour se doter d’une agriculture résistante au climat, a indiqué ActionAid dans un rapport présenté à l’occasion du sommet des Nations Unies sur le changement climatique, qui s’est tenu à Poznan, en Pologne, et s’est achevé le 12 décembre.














Photo: Shamsuddin Ahmed/IRIN
La Tista continue d’éroder sa rive sud dans la région nord-ouest du Bangladesh. Le Bangladesh occupe la première place de l’Indice mondial 2009 de risque climatique

Évoquant un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) selon lequel la production agricole risque de chuter de 30 pour cent en Asie du Sud d’ici à 2050, ActionAid a déclaré que la baisse était déjà flagrante. L’instabilité des prix des denrées alimentaires, susceptible d’être aggravée par une variabilité climatique croissante, sera sans doute particulièrement problématique dans un avenir proche, selon ActionAid.



D’après le rapport, il est donc essentiel de soutenir une agriculture durable et résistante au climat, pour permettre aux agriculteurs d’améliorer la sécurité alimentaire et de s’adapter.



De nouvelles techniques



En attendant, pour faire face à cette situation, les agriculteurs ont commencé à cultiver leurs légumes sur des plates-bandes surélevées, à s’efforcer de conserver l’humidité du sol en recouvrant les semoirs (et le fumier qui entoure les plantes) de paille et de feuilles pour empêcher un excès d’évaporation et d’érosion, et à augmenter la quantité de matières organiques dans le sol. D’autres modifient entièrement leurs schémas de culture, selon le rapport.



« Le Bangladesh fait partie des pays les plus touchés par les premiers effets du changement climatique », a déclaré A.K.M. Rezaul Kabir, secrétaire du ministère de l’Environnement et de la Sylviculture. En 2005, le gouvernement a préparé un Plan d’action national sur l’adaptation (NAPA) qui définissait 15 projets à entreprendre, « malheureusement, trois ans se sont déjà écoulés et nous venons à peine de lancer le premier projet », a déploré le secrétaire.



Indice de risque climatique



Le Bangladesh occupe la première place de l’Indice mondial 2009 de risque climatique, suivi de la Corée du Nord et du Nicaragua. Lancé à l’occasion de la conférence des Nations Unies sur le changement climatique, à Poznan, le 4 décembre, l’indice, qui couvre 170 pays, a été établi par l’organisation non-gouvernementale (ONG) internationale Germanwatch.



Au Bangladesh, les catastrophes naturelles ont coûté la vie à 4 729 personnes l’année dernière, et les pertes moyennes de biens dues à celles-ci dans le pays représentent plus de quatre milliards de dollars par an, selon l’ONG.



Ces changements ont déjà de lourdes conséquences sur l’économie et sur la vie et les moyens de subsistance de millions d’habitants pauvres, selon un rapport de la Banque mondiale.



D’après l’organisme, l’augmentation prévue des précipitations, notamment pendant la saison estivale des moussons, risque d’exposer les régions les plus vulnérables du Bangladesh à des crues plus graves.



À long terme, le réchauffement climatique pourrait également provoquer la disparition d’un grand nombre de glaciers, qui alimentent de nombreux cours d’eau d’Asie du Sud, d’après le rapport. « Si c’est le cas, le Bangladesh vert d’aujourd’hui se transformera en un désert gris et la plupart des habitants mourront de faim », a prédit Mosharraf Hossain, ancien parlementaire de la région côtière de Laxmipur.



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