Nouvelle condamnation dans la lutte contre le trafic des êtres humains

Un arrêt récent de la cour a donné un nouvel élan à la lutte contre le trafic des êtres humains.



Le 27 novembre, le propriétaire et le gérant d’un bar de Daraga, à Albay (au sud de Manille) ont été condamnés pour trafic de mineurs à des fins d’exploitation sexuelle. Ils ont été condamnés à une peine de 20 ans d’emprisonnement, assortie d’une amende d’environ 20 000 dollars.



L’affaire concernait quatre jeunes filles âgées de 14 à 16 ans, originaires de Manille, qui avaient été contraintes, par les trafiquants, de quitter leur région d’origine pour travailler comme « chargées des relations clients » au bar.



Les jeunes filles avaient été délivrées en février 2007 par le Bureau national des enquêtes ; l’organisme avait eu vent de l’affaire par une autre jeune fille, qui avait pu s’échapper et retourner à Manille.



Cette condamnation, la deuxième seulement cette année, redonne un souffle vital à la lutte contre le trafic des êtres humains aux Philippines.



En juin, une femme avait été condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité pour le trafic de sept mineurs à des fins d’exploitation sexuelle dans un bar de Batangas, une province située au sud de la capitale.



« Que cela serve d’avertissement aux trafiquants d’êtres humains : leurs jours de gloire sont terminés, ils doivent cesser immédiatement leurs agissements. Ici ou à l’étranger, le Conseil inter-organisations contre le trafic [IACAT] fera tout ce qui est en son pouvoir pour lutter contre ce crime qu’est le trafic des personnes », a déclaré Ricardo Blancaflor, président du Conseil par intérim.



Un problème grave



Selon le Rapport sur les droits humains publié par le Département d’Etat américain en 2007, les Philippines sont « un pays source, un point de transit, et une destination pour les hommes, les femmes et les enfants victimes du trafic à des fins d’exploitation sexuelle et de travail forcé ».



Selon les estimations des organisations non-gouvernementales (ONG) et des organismes publics, entre 300 000 et 400 000 femmes tombent chaque année aux mains des trafiquants.



Les données de la Visayan Forum Foundation, une ONG, révèlent que les personnes sujettes au trafic sont principalement des filles, âgées de 12 à 22 ans, à qui l’on a fait miroiter un emploi de domestique, mais qui finissent par devenir travailleuses du sexe.



Severino Gaña, substitut du procureur au ministère de la Justice et membre de l’IACAT, a indiqué à IRIN que cette dernière condamnation ne pouvait arriver à un moment plus opportun.



Les représentants du Bureau de contrôle et de lutte contre le trafic des personnes (OMCTP), un groupe de surveillance financé par Washington, doivent en effet arriver aux Philippines le 8 décembre pour constater les dernières mesures prises par le gouvernement en vue de mettre en application la loi internationale de 2000 sur le trafic des victimes.



Depuis que cette loi a été adoptée aux Philippines en 2003, 12 condamnations ont été prononcées en vertu de la Loi 9208 de la république ou de la Loi de 2003 contre le trafic des personnes.



Des « efforts suffisants »



Les Philippines sont classées parmi les pays de niveau 2 dans le dernier rapport sur le trafic des personnes (RTP) de l’OMCTP. Le niveau 2 regroupe les pays qui « ne se conforment pas » à la Loi, mais qui « déploient des efforts suffisants pour se conformer à ces normes ».



Le gouvernement craint un classement de niveau 3, qui selon le RTP 2006, « pourrait inciter les Etats-Unis à suspendre l’aide non-humanitaire et non-commerciale qu’ils accordent à ce pays ».



M. Gaña a expliqué à IRIN qu’il s’attendait à d’autres condamnations : plus de 600 affaires sont en effet en instance dans l’ensemble du pays et un certain nombre d’entre elles ont dépassé le stade de l’enquête préliminaire. « D’autres condamnations vont être prononcées. Vous savez ce que c’est avec les tribunaux, les procès peuvent prendre du temps », a-t-il tempéré.



« Nous avons formé nos procureurs sur le RA 9208 [Republic Act – Loi de la république]. Nous avons publié un manuel public, financé par USAID. C’est une loi très compliquée. Ce n’est pas si simple », a-t-il ajouté.



Les procureurs de la république reçoivent également l’aide des ONG. Les avocats de la branche locale de l’International Justice Mission (IJM) [see: http://www.ijm.org/], un organisme américain de lutte contre la traite des femmes et des enfants, ont notamment soutenu l’accusation dans le cadre des deux affaires qui ont abouti à des condamnations cette année.



Carmela Andal Castro, directrice de l’IJM-Manille, partage l’optimisme de M. Gaña. « Nous avons plusieurs affaires en cours qui doivent bientôt aboutir. Elles ont l’air solide. Nous collaborons en permanence avec les forces de maintien de l’ordre », a-t-elle expliqué.



Un autre facteur a contribué à l’obtention de cette condamnation, selon Mme Castro : la coopération des victimes du trafic.



« Ce n’est pas facile de témoigner contre [son] agresseur devant les tribunaux. Certaines d’entre elles ont été menacées ou intimidées. Mais elles étaient très coopératives. C’est la volonté et la coopération des victimes, couplées au soutien d’autres ONG, qui ont contribué à la réussite de l’affaire », selon Mme Castro.



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