AFRIQUE: Les investissements, essentiels pour doubler la production de riz

NAIROBI, 4 novembre 2008 (IRIN) - Davantage d’investissements sont nécessaires pour doubler la production rizicole de l’Afrique, afin de réduire l’insécurité alimentaire et d’améliorer les moyens de subsistance, recommandent vivement les spécialistes.

En Afrique, la consommation de riz augmente plus rapidement que celle de toute autre culture et selon le Centre du riz pour l’Afrique (WARDA/ADRAO), sa croissance atteint une moyenne de cinq pour cent par an depuis 1960.

« Nous pensons que le riz peut aider les populations à sortir de la pauvreté, et non uniquement de l’insécurité alimentaire », a indiqué Namanga Ngongi, président de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), un partenariat africain qui aide les petits agriculteurs à augmenter leur productivité et leurs revenus.

« Le riz a un bon potentiel de développement en Afrique, étant donné qu’il s’agit d’une culture tropicale », a ajouté M. Ngongi.

M. Ngongi s’exprimait à l’occasion d’une rencontre régionale réunissant différents spécialistes en vue d’envisager la marche à suivre pour doubler la production rizicole, et la porter ainsi à 28 millions de tonnes d’ici à 2017-2018.

« Nous savons ce que nous pouvons et ce que nous devrions faire avec le riz. Doubler la production sera difficile, mais c’est possible », selon l’Agence japonaise de coopération internationale.

L’organisme prévoit d’accorder davantage de subventions et de prêts, et de renforcer la coopération technique pour augmenter la production.

L’offre face à la demande

Bien que la production ait augmenté en Afrique subsaharienne pour passer à 14,2 millions de tonnes (de riz paddy) en 2006 (contre 8,6 millions de tonnes en 1980), la demande reste plus importante que l’offre.

Au Kenya, la production annuelle a diminué de moitié passant à 45 000 tonnes depuis 2006 en raison de la sécheresse, de l’apparition de nouvelles maladies et de l’accès limité à des semences et à des engrais de qualité, selon William Ruto, le ministre de l’Agriculture. Or, la demande nationale est de 300 000 tonnes.

« Le Kenya n’a pas de programme actif pour la sélection du riz », a-t-il expliqué. « Il faut rationaliser d’urgence la recherche rizicole pour pouvoir profiter des nouvelles technologies qui permettent d’augmenter la productivité rizicole ».

L’Afrique subsaharienne est importatrice nette de riz, et le Nigeria, l’Afrique du Sud, le Sénégal et la Côte d’Ivoire se classent parmi les 10 premiers importateurs de riz du monde.

« En Afrique, près de 40 pour cent de la consommation totale de riz provient du marché international ; les économies rizicoles nationales des pays d’Afrique sont donc plus exposées à l’imprévisibilité de l’offre extérieure et aux chocs des prix que celles des autres continents », a écrit Papa Abdoulaye Seck, directeur général du Centre du riz pour l’Afrique dans un article de blog.


Photo: Lynn Maung/IRIN
Des riziculteurs dans leurs champs de paddy
« À moyen et long termes, les impôts prélevés sur tous les intrants importants, la machinerie et l’équipement agricoles de base et les technologies post-récolte doivent être réduits », a estimé M. Seck.

Problèmes de qualité

Mais si la production reste faible, c’est aussi en raison de l’utilisation limitée de variétés de riz à haut rendement.

« Le principal goulet d’étranglement qui empêche leur diffusion est le manque de semences », a déclaré à IRIN Moussa Sie, phytogénéticien à WARDA. « Les systèmes de semences nationaux sont inexistants ou bien ils ne fonctionnent pas ».

« Nous devons aider les fermiers à se procurer assez de semences et d’engrais de qualité, et à mettre en place des mécanismes leur permettant de vendre leurs produits », a ajouté M. Sie. « Pour ce faire, nous devons insister sur la nécessité de renforcer les capacités des fermiers et des scientifiques ».

Certaines variétés de riz telles que les NERICA (New Rice for Africa [Nouveaux riz pour l’Afrique]), créées par WARDA, arrivent à maturité plus rapidement, sont résistantes à la sécheresse et, pour certaines, à la salinité, à la toxicité ferreuse et aux températures difficiles.

Les NERICA sont des croisements entre le riz africain à faible rendement et le riz asiatique à haut rendement. « Toutes ces variétés sont adaptées pour produire une quantité acceptable dans des conditions de production rizicole à faible niveau d’intrants », a noté M. Sie.

Selon lui, la dissémination des NERICA a donné de bons résultats en Guinée et en Ouganda, grâce à un soutien politique, à de bons partenariats avec les instituts de recherche, et dans le cas de l’Ouganda, avec des sociétés privées de production de semences, quasi inexistantes en Afrique de l’Ouest.

Ces trois dernières années, l’Ouganda a doublé sa production de riz. Malgré tout, la variété ne suffit pas à elle seule, selon WARDA. « Les écarts de rendement sont énormes entre le rendement réel des agriculteurs et ce qu’il est possible d’atteindre, et ces écarts ne peuvent être comblés uniquement par la variété [de riz utilisée]. Les engrais sont très importants ».

« On peut également en faire beaucoup en améliorant la gestion des cultures sans coût de production supplémentaire, surtout dans les systèmes irrigués et non-irrigués en basses terres », selon WARDA.

Quelque 20 millions d’hectares de basses terres non-irriguées pourraient servir à la production rizicole en Afrique. À long terme, toutefois, l’attention devrait être portée à l’augmentation de la productivité.

« L’augmentation de la surface arable ne représente que 30 pour cent de l’augmentation de la productivité », a indiqué Shivaji Pandey, de l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. « L’amélioration du rendement dépend pour moitié de l’utilisation de meilleures variétés de semences, ainsi que de la gestion de l’eau et de la réduction des pertes post-récolte ».

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Theme (s): Sécurité alimentaire, Santé et nutrition,

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

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