Le gouvernement déploie son programme d’aide financière

Le gouvernement ghanéen, soutenu par la Banque mondiale, déploie actuellement un programme de soutien financier visant à aider les familles les plus touchées par la hausse mondiale du prix des vivres. Certains experts locaux du développement doutent néanmoins que cette méthode puisse avoir des avantages durables.

Selon les autorités, l’initiative consiste à déployer un programme de transfert de fonds lancé dans le courant de cette année, et vise à aider les agriculteurs de subsistance, qui souffraient déjà des conséquences de catastrophes naturelles lorsque les prix des vivres et des carburants sont montés en flèche.

Pour certains, ce programme, baptisé Autonomisation d’urgence contre la pauvreté par le biais des moyens de subsistance (LEAP), n’est pas à la hauteur de son intitulé en ce qu’il ne permet pas d’autonomiser les communautés pauvres.

Dans le cadre du programme LEAP d’urgence mis en place au Ghana, 21 000 foyers recevront 15 dollars par mois –soit environ la moitié de leurs revenus mensuels moyens- pendant sept mois. La plupart des bénéficiaires de cette aide financière sont des agriculteurs du nord ghanéen, une région qui a été frappée par de graves inondations, l’année dernière, et par la sécheresse, cette année.

Cette aide financière « devrait aider les familles à survivre jusqu’à la prochaine saison des récoltes », a estimé Angela Asante Asare, coordinatrice nationale responsable de la protection sociale au ministère de la Main-d’œuvre, de la Jeunesse et de l’Emploi.

« C’est devenu une situation d’urgence : leurs cultures ont été détruites par la sécheresse », a-t-elle indiqué. « Ils ne peuvent pas récolter, ce qui signifie que sans une aide, la plupart de ces foyers ne survivront pas ».

La meilleure méthode ?

Certains organismes de la société civile doutent néanmoins que la prestation d’une aide financière soit le meilleur moyen d’aider les familles démunies.

Pour Steve Mateaw du Centre de développement social intégré du Ghana, les subventions financières versées aux familles ne permettent pas d’atteindre l’objectif énoncé dans le cadre du programme, c’est-à-dire d’autonomiser les bénéficiaires.

« Ce programme aurait dû être conçu pour aider les foyers à lancer de petits commerces rémunérateurs, capables de subvenir durablement aux besoins de la famille entière », a-t-il suggéré, en mettant en doute le changement que peuvent apporter 15 dollars par mois. « Prenez un foyer de six personnes : comment peut-on s’attendre de façon réaliste à ce que 15 dollars permettent de subvenir à leurs besoins jusqu’à la fin du mois ? ».

Amortir la hausse du prix des vivres

Selon de nombreux experts humanitaires, pourtant, la prestation d’une aide financière est une méthode efficace pour aider les populations de l’Afrique de l’Ouest à faire face à l’impact de la hausse du prix des vivres.

L’aide financière versée dans le cadre du programme LEAP initial, lancé dans le courant de cette année, a notamment permis ni plus ni moins à certains bénéficiaires de pouvoir assurer une alimentation convenable à leurs enfants.

Michael Asante, père de trois enfants, habite à Accra, la capitale. Il a expliqué à IRIN qu’il pouvait désormais nourrir ses enfants au moins une fois par jour. « Avant, il y avait des jours où nous ne mangions rien ; aujourd’hui, au moins, je peux m’assurer que mes enfants mangent quelque chose, même si moi, j’ai faim ».

Un autre bénéficiaire de la première série de subventions accordées dans le cadre de LEAP a expliqué à IRIN que l’argent partait vite, mais que toute aide était bonne à prendre.

« Cet argent ne permet pas d’acheter beaucoup de choses », a indiqué Nii Okulai Mensah, agriculteur, père d’un enfant. « Il disparaît vite. Mais ma famille est tout de même contente ; rien de ce que quiconque fait pour nous aider n’est trop peu. Cet argent, s’il ne suffit pas, permet quand même de nous nourrir tous ».

Selon les estimations du rapport 2007 des Nations Unies sur le développement humain, 18,2 pour cent des 22 millions d’habitants que compte le Ghana sont considérés comme extrêmement pauvres, puisqu’ils vivent avec moins d’un dollar par jour.

Comme dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, la population ghanéenne a observé une augmentation spectaculaire du prix de ses aliments de base dans le courant de cette année.

Un pain qui coûtait l’équivalent de 80 centimes de dollar en janvier dernier coûte aujourd’hui près de trois fois cette somme. De même, le prix d’un sac de maïs est passé de 40 dollars il y a un an à 75 dollars aujourd’hui.

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