Nations Unies et ONG se retirent du nord

Les Nations Unies et les autres organisations humanitaires qui opéraient dans les régions aux mains des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (TLET) dans le nord du Sri Lanka vont réinstaller leur personnel et leurs matériels dans les régions sous autorité gouvernementale, suite à une décision du gouvernement.

Le gouvernement sri-lankais a donné l’instruction aux organisations humanitaires qui opèrent dans le centre-nord du pays, une région connue sous le nom du Vanni, aux mains des Tigres tamouls, de changer de site pour des questions de sécurité.

« Le secrétaire du ministère de la Défense, de la Sécurité publique et du maintien de l’ordre a recommandé dans un courrier daté du 05/09/2008 et portant le numéro de référence SMOD/320/DEM/GEN(45) d’informer toutes les ONG inscrites auprès de ce bureau que les expatriés/employés ou toute autre personne employée par une ONG et travaillant dans le Vanni ne seront pas autorisés à se rendre au-delà du point de contrôle d’Omanthai, compte tenu de la situation de sécurité actuelle », a déclaré le secrétariat public chargé des ONG dans un courrier aux organisations humanitaires.

À la suite de cette directive, le gouvernement ayant annoncé qu’il ne pouvait plus assurer la sécurité des travailleurs humanitaires, les Nations Unies ont déclaré que la réinstallation commencerait cette semaine.

« Les Nations Unies évaluent actuellement leurs opérations dans la région, en vue de réinstaller le personnel humanitaire. Les délais précis du retrait total de l’ensemble du personnel n’ont pas encore été fixés, mais la réinstallation commencera cette semaine », a annoncé l’organisation dans un communiqué du 9 septembre.

Dans le courrier, le gouvernement a également enjoint aux organisations opérant dans le Vanni de « se retirer/retirer tous les biens (véhicules, machinerie et équipement) et tous les employés qui ne sont pas résidents permanents du Vanni, avec effet immédiat ».

Selon un rapport de situation publié le 8 septembre par le Comité permanent interorganisations (IASC), il y a au moins 160 000 personnes déplacées à Mulaitivu et Kilinochchi, deux divisions administratives aux mains des Tigres.


Photo: Amantha Perera/IRIN
Des civils au point d'entrée et de sortie d’Omanthai, seul passage entre les zones gouvernementales et celles sous contrôle des Tigres

Dans le sud-ouest du Vanni, des affrontements violents ont forcé plus de 70 000 personnes à fuir au cours des deux derniers mois. Les réserves de vivres fournies par le Programme alimentaire mondial (PAM) ont profité à au moins 149 000 personnes, dans les deux divisions administratives, selon l’IASC.

Conséquences humanitaires

La réinstallation à Vavuniya, la ville la plus proche du Vanni sous autorité gouvernementale, risque de compromettre l’effort humanitaire, selon Gordon Weiss, porte-parole des Nations Unies.

« De toute évidence, cela va réduire l’impact de notre travail », a-t-il déclaré. « Mais nous allons continuer à faire de notre mieux par le biais du réseau public qui restera opérationnel dans le Vanni ».

Selon Jeevan Thiyagaraja, directeur exécutif du Consortium des organisations humanitaires (CHA), un organisme d’encadrement national, la réinstallation du personnel et des biens retardera les opérations de secours en cours.

D’après lui, l’acheminement de matériel au Vanni après la réinstallation ne s’effectuera qu’avec l’approbation des autorités. « En gros, le matériel sera acheminé [de Vavuniya] jusqu’à Kilinochchi et Mulaitivu par des convois d’agents publics ».

Onze agences des Nations Unies et autres organisations opèrent dans le Vanni, selon le CHA. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui a mandaté des observateurs au point d’entrée/de sortie d’Omanthai, qui relie le Vanni au sud du pays, a indiqué qu’il continuerait d’opérer dans les régions sous le contrôle des Tigres.

« Nous allons poursuivre nos opérations d’assistance aux déplacés et le dialogue avec toutes les parties pour assurer la sécurité et la protection des non-combattants », a expliqué à IRIN Aleksandra Matijevic, chargée de communication au CICR.

Néanmoins, d’après M. Thiyagaraja du CHA, plus les affrontements s’intensifieront dans le Vanni, plus il sera dangereux d’y opérer. « Du point de vue de la sécurité, c’est devenu très dangereux pour les ONG. Quant aux civils, il est désormais essentiel qu’ils s’éloignent pour ne plus se trouver directement dans la zone de conflit ».

ap/bj/mw/nh/ail