Lutter contre les migrations clandestines

Abdoulaye, un Malien, a dépensé plus de 500 dollars pour tenter de gagner l’Espagne en traversant le Sahara, mais il a été intercepté par les autorités espagnoles à Melilla, une enclave espagnole située sur la côte nord du Maroc, et renvoyé chez lui 21 jours plus tard.

Quelques mois après, Abdoulaye reste tout aussi déterminé à partir. « Bien sûr, j’ai été découragé par mon expérience, mais je vais retenter ma chance », a-t-il déclaré à IRIN.

Abdoulaye cumule actuellement les petits boulots afin de tenter de réunir la somme nécessaire pour un autre voyage vers l’Europe.

Il n’existe aucune statistique officielle sur le nombre de migrants qui arrivent à Gao, l’un des trois principaux points de transit de la traversée du Sahara vers l’Europe.

Les migrants parcourent les 1 200 kilomètres qui séparent Bamako de Gao essentiellement à bord de camions ou de wagons surchargés.

« Chaque semaine, au moins 20 personnes viennent me demander de l’aide », a observé un responsable de l’administration régionale de Gao, expliquant que des aspirants migrants des quatre coins de l’Afrique de l’Ouest venaient lui demander de l’argent pour se rendre jusqu’à la frontière algéro-malienne, ou à Kidal, à 1 100 kilomètres au nord de Bamako, où ils s’installent pour quelques mois, le temps d’économiser assez d’argent pour poursuivre leur périple.

« On ne sait pas vraiment comment les aider », a indiqué le responsable, sous couvert de l’anonymat.

Une initiative menée de concert par le gouvernement et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a été lancée dans l’espoir de convaincre les jeunes de ne pas entreprendre cette périlleuse traversée du Sahara et de l’Atlantique pour gagner l’Europe.

Chaque année, nombreux sont ceux qui perdent la vie en route, bien que nul ne puisse déterminer leur nombre exact, dans cette vaste région mal contrôlée.

La campagne, menée sur un mois, et lancée le 20 juin, a été conçue pour expliquer aux migrants potentiels les risques auxquels ils s’exposent pendant ce périple vers l’Europe, à l’aide de croquis et de chansons écrites par des migrants ratés, et témoignant de leurs expériences.

Cette initiative intervient à l’heure où le nombre de personnes rassemblées dans la ville de Gao, dans le nord, suscite des préoccupations de plus en plus vives au sein du gouvernement malien et de l’OIM.

« Des centaines de personnes arrivent chaque semaine », explique Abdoulaye. « Il y a des gens du Niger, du Ghana, de la Côte d’Ivoire, des quatre coins de l’Afrique de l’Ouest ».

« Nous sommes présents dans les trois principales régions de départ : Kayes, Sikasso et Gao […] Nous avons conçu ces activités (les concerts et les débats) de sorte qu’elles reflètent le plus fidèlement possible les expériences réelles des gens », a indiqué à IRIN Nicola Graviano, directeur du bureau de l’OIM à Bamako.

« Nous savons que les campagnes d’information ne sont pas la panacée, mais [elles permettent d’exposer] à la vue de tous les réalités des migrations clandestines. Il est important que les migrants potentiels comprennent qu’ils risquent de perdre la vie et tout leur argent, tout ce qu’une famille ou un village a économisé pour eux ».

Mais l’ampleur de ces risques échappe à certains, comme Abdoulaye, dont la motivation première est le manque de travail. « C’est trop dur, ici. Certains jeunes se marient, fondent une famille, mais ils n’ont rien à faire », a-t-il déploré.

Une vraie mafia

Et même lorsque les populations sont informées des risques potentiels des migrations clandestines, elles sont exposées à d’autres risques, notamment à celui de devenir la cible des gangs de trafiquants de personnes, connus sous le nom de « coxers », qui se tiennent à l’affût à Bamako et à Gao, dans l’attente d’exploiter des jeunes vulnérables.

Un des quartiers de Gao regorge de coxers et de migrants, à tel point qu’il est officieusement connu sous le nom du « ghetto », à en croire un responsable de l’administration régionale, qui a également requis l’anonymat.

Sicko Diariba dirige le département de la Promotion de l’économie et de la réinsertion, au ministère des Maliens de l’étranger, le service public responsable des cas de migrants expulsés d’Europe.

Elle se dit prête à aborder de front le problème des gangs.

« Nous allons cibler ces trafiquants, qui sont comme un gang de mafieux. Ce sont des gens qui n’ont aucun scrupule à soutirer de l’argent à des jeunes innocents. Nous allons tout faire pour faire obstacle aux agissements de ces individus », a-t-elle expliqué.

Mais Mme Diariba est avare de détails. « Nous commençons à peine notre travail, mais nous allons mettre en place un système qui remontera jusqu’aux villages des migrants ».

Le gouvernement malien a annoncé qu’il s’efforçait déjà d’améliorer les possibilités d’emploi des Maliens. Ce mois-ci, le gouvernement a lancé une série d’ateliers de formation professionnelle à diverses compétences, et s’est engagé à créer plus de 50 000 emplois dans l’ensemble du pays, sur une période de cinq ans.

La Commission européenne (CE) participe elle aussi à ces efforts. Dans le courant de cette année, elle ouvrira, de concert avec le gouvernement malien, un centre professionnel à Bamako, pour tenter de placer les chercheurs d’emploi dans la sous-région de l’Afrique de l’Ouest.

À l’avenir, selon Gabin Hamann, directeur de la coopération au sein de la délégation de la CE à Bamako, la CE pourra également tenter d’offrir aux migrants potentiels des possibilités de migration légale vers l’Europe.

« Si les gens émigrent aujourd’hui, c’est parce que, dans leurs pays, ils n’ont aucune perspective, qu’ils n’ont pas accès à des soins de santé adéquats, ni à l’emploi », selon M. Hamann. « Nous souhaitons améliorer les conditions de vie des populations ici, afin qu’elles puissent rester dans leur propre pays ».

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