Des pénuries alimentaires « graves »

Trois mois après le passage du cyclone Nargis dans le sud du Myanmar, des centaines de milliers de personnes n’ont toujours pas retrouvé une situation normale.

« La situation au Myanmar reste terrible », a indiqué Chris Kaye, directeur pays du Programme alimentaire mondial (PAM). « La grande majorité des familles n’ont tout simplement pas assez à manger ».

Selon l’Evaluation commune post-Nargis (PONJA), menée dernièrement, 42 pour cent des réserves alimentaires ont été détruites et 55 pour cent des familles avaient à peine assez de réserves pour une journée, voire moins.

En outre, 924 000 personnes auront besoin de recevoir une assistance alimentaire jusqu’à la récolte du mois de novembre de cette année, et quelque 300 000 personnes devront recevoir des secours jusqu’au mois d’avril 2009.

En juin, l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a rapporté qu’environ 200 000 hectares, soit 16 pour cent des 1,36 million d’hectares de terres agraires qui composent le delta, avaient été gravement endommagés par le cyclone et qu’ils ne « pourraient pas être cultivés cette saison ».

Malgré les efforts déployés récemment en vue d’aider les fermiers locaux à semer une nouvelle fois leurs rizières pour la prochaine récolte, avant la fin du mois de juillet, bon nombre d’entre eux n’y sont pas parvenus.

Plus de 12 semaines après le passage du cyclone, qui a fait 140 000 morts et disparus, bon nombre de fermiers ne disposent toujours pas des outils et des machines nécessaires pour labourer leurs terres depuis que des milliers de bêtes de labour ont été emportées par Nargis.


Photo: Lynn Maung/IRIN
Une enseignante donne des leçons dans une classe de fortune, à Tazin Ngu, un village de la région de Bogale, touchée par le cyclone

À la mi-juillet, alors même que la période des semailles touchait à sa fin, la FAO a rapporté que plus de 75 pour cent des agriculteurs de la région manquaient de semences.

Selon le gouvernement, 80 000 hectares de rizières n’ont pas été semés à temps, et d’après d’autres estimations, 25 pour cent des agriculteurs n’ont pas pu semer du tout.

Et même si certains ont pu semer, on ignore si leurs semences étaient de qualité, et s’ils pourront obtenir des engrais, ce qui remet en question la probabilité d’une récolte réussie.

Un agriculteur de Bogale, à l’extrême sud du delta, a expliqué à IRIN qu’il était sûr que sa récolte serait mauvaise, voire inexistante, mais qu’il espérait qu’avec l’aide des bailleurs internationaux, sa famille de six ne mourrait pas de faim.

Pas assez de filets pour les pêcheurs

Selon la FAO, près de 18 000 pêcheurs ont perdu la vie au cours du cyclone, et 10 000 sont toujours portés disparus.

Plus de 21 000 hectares de bassins aquacoles ont été détruits et plus de 2 000 grands bateaux de pêche à moteur ont été emportés par les eaux.

En outre, des dizaines de milliers de bateaux non-motorisés, qui permettaient à des milliers de familles de la région touchée de vivre, auraient également été perdus.


Photo: Lynn Maung/IRIN
Le gouvernement construit actuellement des milliers de petits bateaux de pêche

La pêche artisanale étant l’activité principale d’un grand nombre des rescapés du cyclone (leur principale source d’alimentation et de revenus des foyers), il est quasi impossible, pour bon nombre de familles touchées par la tempête, de continuer. Aussi le gouvernement prévoit-il de vendre 9 000 bateaux à crédit, dont 3 000 ont déjà été construits.

Des choix difficiles

Au cours de la PONJA, 89 pour cent des personnes interrogées ont dit considérer l’alimentation comme leur dépense prioritaire ; aujourd’hui, bon nombre d’entre eux se trouvent donc contraints de prendre des décisions particulièrement difficiles.

« J’ai toujours voulu qu’ils soient instruits », a déclaré une femme de 47 ans de Pyapon, dans le sud-est du delta, une des régions les plus touchées, au sujet de ses trois enfants. « Mais aujourd’hui, je pense plutôt les envoyer travailler pour aider [la famille] ».

En dépit de l’aide alimentaire distribuée par les bailleurs et le gouvernement, un grand nombre de rescapés se plaignent de ne pouvoir s’en sortir avec ce qu’ils reçoivent et s’inquiètent de savoir s’ils auront de quoi manger à leur prochain repas.

D’autres sont toujours contraints d’emprunter de l’argent à des prêteurs locaux, contractant ainsi des dettes de plus en plus importantes, qu’ils ne pourront peut-être jamais rembourser.

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