Un conflit dans le nord risque de compromettre les élections

Le président ghanéen John Kufuor a appelé à la fin immédiate d’un conflit entre deux ethnies du nord du pays, qui a déjà coûté la vie à au moins 17 personnes cette dernière semaine et pourrait, selon certains observateurs, compromettre les élections présidentielles prévues pour le courant de cette année.

« Les citoyens du Ghana sont sauvagement massacrés à la machette et les sommes d’argent dont nous avons besoin pour le développement passent à la trappe », a déclaré le président Kufuor au cours d’une réunion d’urgence avec les chefs traditionnels et les députés de la ville de Bawku, dans le nord-est.

Bawku, qui compte 206 000 habitants, musulmans pour la plupart, est soumise à un couvre-feu du crépuscule à l’aube depuis le mois de janvier, au cours duquel des flambées de violence, qui avaient duré plusieurs jours à compter du Jour de l’An, avaient fait quatre morts et une bonne partie de la ville avait été incendiée. Deux décès supplémentaires avaient été déplorés en mars, à la suite de nouveaux affrontements entre les Mamprusi et les Kusasi.

Selon le président Kufuor, les autorités locales devraient « avoir honte » des événements qui se déroulent à Bawku, où 17 personnes ont été tuées cette dernière semaine à la suite d’une nouvelle prise de bec entre l’ethnie des Mamprusi et celle des Kusasi, déclenchée, selon les habitants de la région, par une querelle portant sur le vol d’un cheval.

Bawku est un point d’explosion de longue date, au Ghana. En 2001, au moins 28 personnes avaient été tuées dans la ville lorsque des factions s’étaient opposées au cours d’une bataille apparemment déclenchée par un crime relativement bénin : la destruction d’une petite boutique.

Toutefois, six mois à peine avant les élections générales, d’aucuns craignent que l’instabilité ne puisse déclencher des violences généralisées à l’approche des scrutins.

« Les nuances politiques du conflit pourraient aggraver l’effusion de sang à moins qu’on ne trouve dès aujourd’hui une solution à ce problème », a estimé Emmanuel Bombandey, secrétaire exécutif du Réseau ouest-africain pour l’édification de la paix (WANEP).

L’association internationale de défense des droits humains Amnesty International a quant à elle exprimé des préoccupations au sujet du manque de volonté politique en faveur d’une résolution de la crise. L’organisme a déclaré que la non-résolution de ce conflit s’expliquait par « le jeu du “ne faisons de mal à personne pour nous attirer toutes les voix” ».

Le président Kufuor a organisé cette année deux séries de pourparlers distinctes avec les chefs des deux factions ethniques rivales. La commission électorale ghanéenne a pour sa part déclaré à IRIN qu’une rencontre avec tous les partis politiques du pays avait été prévue le mois prochain, pour débattre de la situation et de ses conséquences sur les élections. « Si nous laissons la situation déraper, l’ensemble du Ghana sera pris en otage », a déclaré M. Kufuor le 26 juin, au cours de la réunion avec les autorités locales.

« La nation toute entière risquerait d’être happée et nous ne pourrions plus présenter au monde une image positive de notre pays », a-t-il prévenu. La région nord du Ghana est ravagée par une multitude de conflits ethniques ou portant sur les droits de telle ou telle personne à occuper certains postes, au sein d’une chefferie ou des autorités locales. Le pays compte plus de 40 groupes ethniques.

En 2007, six personnes, dont un représentant des forces de l’ordre, ont trouvé la mort au cours d’un conflit de chefferie dans la région de la Volta, dans l’est.

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