La solution à la crise de l’eau à Accra pourrait décider du prochain président

Les élections générales au Ghana n’auront pas lieu avant le mois de décembre prochain, mais avec l’effondrement rapide du réseau de distribution d’eau à Accra, la capitale, et les quelque 84 000 Ghanéens qui meurent chaque année de maladies liées à la mauvaise qualité de l’eau, certains observateurs pensent que l’eau est déjà devenue l’argument central des élections.

« Tous les candidats à la présidentielle des différents partis politiques ont fait de l’eau un des arguments principaux de leur campagne », a expliqué à IRIN Ransford Gyampo, politologue à l’université du Ghana. « Le sort du gouvernement actuel repose sur une résolution rapide et effective de la crise de l’eau ».

Depuis quelques semaines, plusieurs quartiers d’Accra sont sans eau, et la Ghana Water Company, la société publique de distribution d’eau, ne peut même plus fournir la moitié des quelque 560 millions de litres d’eau correspondant aux besoins quotidiens des habitants de la capitale.

Selon les estimations de la société publique de distribution d’eau, il faut deux milliards de dollars américains d’investissement pour résoudre la crise de l’eau.

Pour sa part, l’opposition affirme que le gouvernement n’en fait pas assez pour trouver les financements nécessaires ; pour preuve, dit-elle : les deux avions présidentiels qu’il envisage d’acquérir en déboursant environ 105 millions de dollars.

« Les millions de dollars qu’ils ont l’intention de dépenser pour l’achat des avions peuvent servir à fournir de l’eau potable à au moins une circonscription électorale de la capitale », a confié à IRIN Korku Ayidoho, le porte-parole du National Democratic Congress, le principal parti d’opposition.

Et les électeurs sont sensibles à de telles déclarations. « Nous n’avons pas d’eau [dans mon quartier] depuis deux semaines », a dit à IRIN John Asamoah, furieux, attendant dans une longue file d’attente de recevoir de l’eau. « Je fais la queue ici depuis trois heures. J’en ai marre. Il faut que le gouvernement fasse quelque chose maintenant ! ».

Un énorme potentiel

La triste vérité est qu’Accra pourrait être abondamment approvisionnée en eau à partir du lac de la Volta, le plus grand réservoir artificiel d’eau fraîche au monde, situé non loin de la capitale ghanéenne. Mais de nombreux conduits d’eau de la ville sont fissurés et cassés, et le gouvernement n’a pas fait grand-chose pour les réparer.

Résultat : bon nombre d’habitants se rabattent sur les cours d’eau et les étangs pollués ou sur des puits creusés de façon artisanale, dont l’eau est souvent impropre à la consommation.

Le gouvernement reconnaît l’existence du problème. « Nous déplorons la vétusté des infrastructures, le manque d’investissement et le gaspillage », a indiqué à IRIN Boniface Aboubakar Saddique, le ministre des Ressources en eau.

Pour pouvoir mobiliser davantage de capitaux et investir dans les infrastructures, le ministère a restructuré la société publique de distribution d’eau en 2006 et confié sa gestion à l’entreprise privée Aqua Vitens Rand Limited.

Malgré la forte opposition de la Coalition Against Water Privatisation à la décision du gouvernement de privatiser la société publique, le projet semblait cohérent. Aqua Vitens toucherait un pourcentage sur les bénéfices réalisés et le gouvernement obtiendrait des financements pour effectuer des travaux de réhabilitation et d’extension du réseau de distribution d’eau.

Mais deux années plus tard, moins de personnes peuvent accéder à l’eau potable à Accra que pendant la période où le gouvernement gérait lui-même le réseau de distribution d’eau. En outre, la société ne parvient pas à couvrir ses frais.

En effet, près de la moitié de l’eau consommée au Ghana n’est pas payée, a expliqué à IRIN Kwaku Sakyi Addo, le porte-parole d’Aqua Vitens.

« C’est principalement à cause des raccordements illégaux », a-t-il affirmé, mais aussi parce que « nous n’avons pas assez de compteurs installés dans les maisons pour pouvoir facturer les consommateurs […] Nous en avons commandés il y a plus d’un an, mais les difficultés d’approvisionnement ont retardé leur livraison ».

Depuis qu’Aqua Vitens a repris la gestion de la société publique de distribution d’eau, le montant des factures a augmenté de 25 pour cent, et les recettes de 20 pour cent. Mais avec les fuites d’eau et les tuyaux percés, « une bonne partie de l’eau traitée n’est pas facturée et nous ne parvenons pas à générer les recettes qui permettraient au gouvernement de réaliser des investissements », a indiqué le porte-parole.

Pas de politique dans le domaine de l’eau

La privatisation n’est plus une solution que le gouvernement ou l’opposition souhaite aborder, mais étrangement, les deux camps n’offrent aucune alternative claire.

« Nous reconnaissons que le problème de [l’eau] n’a pas retenu notre attention, et c’est pour cela que le timing de la crise à Accra est très important », a affirmé M. Ayidoho, le porte-parole de l’opposition. « Nous comptons tirer tous les enseignements politiques de cette crise et proposer des solutions dans notre programme électoral ».

Pour Steve Manteaw, représentant de l’ISODEC (Integrated Social Development Centre), une organisation non-gouvernementale, « il est triste de constater que les politiciens font constamment des discours sur l’approvisionnement des citoyens en eau potable, sans jamais offrir de solution concrète ».

M. Manteaw espère lui aussi que la crise de l’eau que traverse le Ghana actuellement servira d’avertissement aux dirigeants du pays.

« Il est temps que les media et la société civile aillent au-delà des déclarations qu’ils font dans leurs programmes politiques et qu’ils essaient de trouver une solution non-politique à la crise », a-t-il poursuivi.

Le gouvernement a d’ores et déjà pris une mesure d’urgence en faisant creuser 13 forages mécanisés dans les régions les plus touchées par la crise, et le pompage de l’eau devrait démarrer en avril. Toutefois, de l’avis de tous les experts contactés par IRIN, cette mesure ne peut être considérée comme une solution à long terme.

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