Des crues éclairs font des milliers de déplacés dans une région dévastée par la guerre

Plus de 50 000 personnes ont été touchées par les inondations qui ont eu lieu depuis le 12 mars, à Mannar, un district du nord-ouest du Sri Lanka, selon les autorités. La région a été le théâtre d’affrontements violents entre les forces du gouvernement et les Tigres de libération de l’Eelam Tamoul (TLET) au cours des six derniers mois, limitant ainsi l’accès des organisations humanitaires.

Les inondations, causées par des pluies torrentielles, ont touché 173 909 personnes dans neuf districts du pays, dont 120 000 dans le district de Batticaloa (est), et ont fait cinq morts, a indiqué le Centre national des services de gestion des catastrophes (NDRSC) le 19 mars.

« Les crues ont causé d’énormes dégâts dans les régions touchées, interrompant toute l’activité économique et sociale », a déclaré le NDRSC dans son rapport de situation. « De graves dégâts auraient également été causés aux infrastructures des régions [de Mannar]. Quelque 14 010 familles, soit 54 323 personnes, ont été touchées ».

Le rapport indiquait également que 40 maisons avaient été détruites et que 155 autres avaient subi des dégâts dans les huit autres districts touchés. Selon le NDRSC, le gouvernement a alloué trois millions de roupies (27 000 dollars américains) de fonds d’urgence aux districts touchés, dont deux millions de roupies (18 000 dollars) au district de Mannar.

Dommages agricoles

Selon les premiers rapports d’évaluation du NDRSC, les dégâts causés aux cultures pourraient être graves, les pluies étant tombées juste avant la saison des récoltes.

« Il y avait 12 000 acres [près de 5 000 hectares] de rizières à moissonner lorsque les crues ont eu lieu », a déclaré à IRIN A Nicholaspillai, agent du gouvernement à Mannar. « Nous n’avons pas encore le bilan exact, mais nous allons sans aucun doute devoir résoudre la question des dégâts causés aux récoltes ». Selon M. Nicholaspillai, des semences devront être fournies aux agriculteurs pour la saison prochaine.

D’après les responsables de la Croix-Rouge sri-lankaise (CRSL), des dégâts semblent avoir été causés aux cultures dans au moins un autre district du sud. « Nos rapports initiaux indiquent qu’il y a eu d’importantes pertes agricoles dans le district de Badulla (sud) », a noté Merik Peiris, directeur exécutif de la cellule communication et valeurs humanitaires à la CRSL.

Les responsables gouvernementaux de Mannar ont également indiqué à IRIN qu’ils avaient commencé à distribuer du matériel de secours et qu’ils attendaient les rapports d’évaluation pour décider d’apporter ou non une aide supplémentaire aux populations. « Nous avons commencé à distribuer des repas presque aussitôt que les premiers déplacements ont été signalés au cours du week-end », a indiqué M. Nicholaspillai à IRIN. « Nous avons initialement prévu de poursuivre les distributions pendant trois jours au moins ».

Accès limité

L’accès au district de Mannar était déjà limité avant les dernières inondations en raison des affrontements de plus en plus sanglants entre les forces gouvernementales et les TLET le long de la ligne de cessez-le-feu du district, ainsi que d’autres problèmes de sécurité.

« Depuis le 4 février, l’accès est limité aux véhicules au nord du poste de contrôle de Madawachchiya, ce qui a créé des obstacles supplémentaires à la circulation des populations civiles à travers le district de Mannar », a indiqué le Comité permanent inter-organisations, dans un rapport de situation publié le 15 mars.

Selon M. Peiris, néanmoins, la CRSL ne pense pas que les restrictions de sécurité limiteront les opérations de secours à Mannar. « Nous avons déjà un réseau sur place et nous prévoyons de travailler par le truchement d’agences publiques », a-t-il expliqué, ajoutant que même si les besoins immédiats des victimes (aliments cuisinés, vêtements…) seraient couverts, la CRSL aurait besoin de matériel supplémentaire, et notamment de produits non-alimentaires, à mesure que les eaux de crues se retireraient et que les déplacés commenceraient à prendre le chemin du retour.

« Il y aura une forte demande en rations sèches et en nourriture pour bébés après le retour des déplacés », a-t-il prédit. « Nous devrons également prendre en compte les questions sanitaires et la perte des moyens de subsistance ».

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