Profil d’une travailleuse du sexe mineure

Voici l’histoire de Bernice, 13 ans, une des nombreuses Ghanéennes mineures qui ont fini dans la rue après avoir quitté des parents bien trop pauvres pour s’occuper d’elles. Sans éducation ni argent, ces mineures sont recrutées et travaillent dans le milieu de la prostitution infantile, une activité en plein essor au Ghana.

Après le décès du père de Bernice, sa mère, vendeuse de bois dans un village reculé de la région nord du Ghana, a envoyé sa fille à Accra, la capitale. Bernice avait alors 11 ans.

« Je n’étais pas la première de ma famille à avoir fait le voyage », a-t-elle confié à IRIN. Sa grande sœur, de sept ans son aînée, et son jeune frère de huit ans, y vivaient déjà.

Bernice a commencé à travailler comme porteuse avec sa sœur. Elle portait de lourdes charges sur sa tête et gagnait jusqu’à deux dollars américains par jour.

Plus tard, une amie l’a présentée à une propriétaire de bordel, une vieille dame, qui avait promis aux filles qu’elles pouvaient gagner jusqu’à 40 dollars chaque soir.

« C’était une somme intéressante et nous avons décidé d’essayer », s’est souvenue la jeune Bernice.

Elle venait juste d’avoir 12 ans lorsqu’elle a pris son premier client.

« C’était très difficile et il m’arrivait de pleurer après avoir passé la nuit à coucher avec parfois cinq clients, voire six ou huit, certaines nuits », a-t-elle expliqué à IRIN.

Bernice se faisait payer cinq dollars pour une passe rapide et 10 dollars pour une passe plus longue, qui pouvait durer de 30 minutes à une heure. La plupart de ses clients étaient des adolescents.

« Certaines filles se droguent pour pouvoir se faire plus de clients. J’ai essayé une fois, mais ça n’a pas marché pour moi », a-t-elle remarqué.

Au Ghana, il n’existe aucune statistique sur le nombre exact des travailleuses du sexe mineures, mais selon les estimations du ministère de la Condition féminine et de l’enfance, il y en aurait plusieurs milliers.

Bernice et sa sœur pouvaient ainsi gagner assez d’argent pour payer la propriétaire du bordel, qui leur louait leurs deux cabines mitoyennes à 10 dollars la nuit, et pour envoyer de l’argent à leur mère qui, selon Bernice, « n’a aucune idée » du type de travail que font ses filles à Accra.

Leur travail a récemment été écourté lorsque la police a fait une descente dans le bordel où elles travaillaient et a appréhendé les 160 travailleuses du sexe qui s’y trouvaient, une rafle qui s’inscrit dans le cadre de la « guerre contre la prostitution infantile ».

Leur objectif était d’arrêter les 60 mineures de moins de 16 ans qui y travaillaient.

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