La foi réconforte, mais ne soigne pas le sida

Sur un panneau d’affichage, des chefs traditionnels et religieux se tiennent la main dans la lutte contre le sida, une image qu’on voit fréquemment à Blantyre, capitale commerciale du Malawi. Aujourd’hui, pourtant, certains ecclésiastiques font du zèle : en affirmant pouvoir soigner le VIH par la prière, ils font plus de mal que de bien.

Dans le sud du Malawi, un pasteur a récemment fait les gros titres de la presse après avoir assuré à cinq de ses fidèles séropositifs qu’ils avaient été soignés par la prière et pouvaient par conséquent interrompre leur traitement antirétroviral (ARV). Et les guérisseurs traditionnels louches, qui tentent de vendre leurs « remèdes » contre le sida, pullulent également. Si bien que le gouvernement a élaboré une législation, actuellement soumise à l’approbation du Parlement, en vue de museler quiconque affirmerait pouvoir guérir le sida.

« En tant que représentants du gouvernement, nous ne pouvons tolérer que des individus diffusent délibérément des informations mensongères sur un remède contre le sida, qui n’existe pas. Tout ce que nous voulons, c’est contrôler les informations qui parviennent au public, qui sont trompeuses pour l’instant et risquent de poser des problèmes à des personnes innocentes », s’est indignée le docteur Mary Shawa, secrétaire en charge des programmes de nutrition et du VIH/SIDA à la présidence.

Garder espoir

Pour Joyce Chimenya, fidèle paroissienne de l’Eglise des Assemblées de Dieu, dans le township de Kanjedza, une banlieue de classe moyenne de Blantyre, la prière peut guérir toutes les maladies.

« Si vous croyez en Dieu, vous pouvez guérir de n’importe quelle maladie, y compris du VIH et du sida. J’ai participé à de nombreuses séances de guérison dans mon église et je crois que notre Seigneur Jésus ne faillit jamais », a déclaré Mme Chimenya à IRIN/PlusNews.

« Que tous ceux qui sont malades touchent leur écran de télévision et, de l’autre main, la partie de leur corps qui leur fait mal »

Le télévangélisme est aussi de plus en plus populaire dans ce pays conservateur. Différentes Eglises, telles que Living Waters (les Eaux vives) ou Calvary Family (la Famille du calvaire), diffusent des émissions régulières sur Television Malawi (TVM), et leurs pasteurs passent le plus clair de leur temps à prêcher l’espoir, en s’attachant tout particulièrement à faire le récit de guérisons miracles et à raconter comment des millions de personnes ont été sauvées de l’extrême pauvreté.

Prudents, la plupart de ces pasteurs n’affirment pas pouvoir soigner le sida, mais demandent ouvertement aux téléspectateurs : « Que tous ceux qui sont malades touchent leur écran de télévision et, de l’autre main, la partie de leur corps qui leur fait mal ».

« Dans notre église, nous croyons à l’intervention divine lorsque nous sommes confrontés à un problème, quel qu’il soit, qu’il s’agisse du sida ou de la pauvreté. Oui, les médicaments antirétroviraux sont importants pour les patients atteints du sida, mais ce dont les gens ont besoin, c’est avant tout de Jésus », a commenté Fatsani, fidèle de l’Eglise Living Waters (qui n’a pas souhaité communiquer son nom de famille).

« Nous avons vu des gens d’ici guérir et être ensuite déclarés séronégatifs, grâce au pouvoir de la prière ; les gens qui n’obtiennent pas la délivrance, même après avoir fait l’objet de prières, n’ont pas la foi ».

Unis contre la stigmatisation

L’évêque Joseph Bvumbwe, président du Conseil des églises du Malawi, a condamné les allégations récentes de dignitaires religieux qui avaient affirmé pouvoir guérir les personnes séropositives, et a indiqué que le point de vue de l’Eglise concernant les personnes vivant avec le VIH n’avait pas changé.

« Les patients atteints du sida ont besoin de notre soutien. Il est contraire à la bible de tromper les populations au sujet du VIH et du sida, alors que de nombreuses personnes ont déjà succombé à la maladie. En tant que représentants de l’Eglise, nous recommandons de soutenir et de traiter toutes les personnes qui ont été touchées [par l’épidémie] », a-t-il déclaré.

« Le sida n’est pas un problème nouveau pour l’Eglise. Nous demandons aux gens de ne pas jeter la pierre à ceux qui vivent avec le virus, nous leur disons que nous sommes tous indignes de la gloire de Dieu et que les patients atteints du sida et les personnes séropositives ne sont pas des pécheurs ».
Pour Justin Malewezi, ancien vice-président du Malawi, aujourd’hui président du comité parlementaire sur la santé et du Malawi HIV and AIDS Partnership Forum, qui collabore avec l’ONUSIDA, il serait bon de traiter la question des souffrances et de la douleur, « et la culture du blâme, évidente dans les communautés de croyants ».

« J’entends tellement d’ecclésiastiques parler du VIH et du sida comme d’un châtiment divin. C’est mal, et contraire aux enseignements de toutes les religions. Bien que le sida soit relativement nouveau dans l’expérience de l’humanité, ce n’est pas une malédiction jetée par Dieu ni un châtiment infligé au monde pour sanctionner le mal et la promiscuité ».

Selon M. Malewezi, l’Eglise devrait reconnaître la faiblesse de son clergé et des profanes. « Elle devrait admettre que des membres de la communauté des croyants puissent être infectés par le VIH, mais qu’il faut les aider et faire preuve de compassion à leur égard, sans jamais les condamner ».

Pour le docteur Lazarus Chakwera, de l’Association évangélique du Malawi, aborder ouvertement le sida est le seul moyen d’assurer que les populations entendent la vérité à ce sujet, et à propos des questions liées à la prévention et au traitement.

Le pays affiche un taux de prévalence du VIH d’environ 14 pour cent, et selon les estimations officielles, plus de 100 000 Malawites suivent aujourd’hui un traitement ARV.

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