La fin du cessez-le-feu pourrait entraver davantage la distribution de l’aide humanitaire

Les organisations humanitaires présentes au Sri Lanka sont de plus en plus préoccupées à l’idée que la décision du gouvernement de rompre l’accord de cessez-le-feu avec les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), à compter du 16 janvier, ne déclenche de nouvelles violences, susceptibles de toucher la population civile, d’entraver la distribution de l’aide et de menacer la sécurité des travailleurs humanitaires.

Quelque 118 000 personnes, déplacées par le conflit entre les séparatistes LTTE et les forces de sécurité gouvernementales dans les districts nord du pays, seraient en danger si une intensification des combats entraînait une restriction de la circulation et une rupture des lignes d’approvisionnement, ont indiqué plusieurs agences humanitaires.

« Nous craignons sérieusement une intensification du conflit », a affirmé Zola Dowell du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), qui supervise l’intervention des Nations Unies en situations d’urgence. « Cela entravera l’accès à l’aide humanitaire des personnes ayant le plus besoin d’assistance et compromettra la sûreté et la sécurité du personnel ».

Selon Mme Dowell, les agences des Nations Unies revoient actuellement leurs stratégies en matière de distribution de l’aide et préparent des dispositifs d’intervention pour la sécurité des travailleurs humanitaires.

« Il est très important que nous maintenions notre capacité à fournir une aide humanitaire aux personnes touchées, en particulier aux enfants et aux femmes victimes du conflit », a expliqué Gordon Weiss, porte-parole du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). « Mais pour cela, il faut que toutes les parties au conflit garantissent la sécurité de notre personnel ».

La semaine dernière, le gouvernement a annoncé la rupture de l’accord de cessez-le-feu conclu en 2002 avec les LTTE, sous les auspices de la Norvège, au motif qu’il n’était plus effectif. Les opérations de supervision de la Mission de contrôle sri-lankais (Sri Lanka Monitoring Mission), un groupe d’observateurs scandinaves, chargés d’enquêter sur les violations de l’accord, prendront également fin le 16 janvier.

Le gouvernement a par ailleurs indiqué que sa campagne militaire, menée l’année dernière pour débarrasser l’est du pays des rebelles des LTTE, a été couronnée de succès, et qu’il poursuivrait ses opérations dans la région nord.

Dans le district de Mannar (nord-ouest), plus de 23 500 personnes ont fui au cours des dernières semaines, selon le rapport hebdomadaire des Nations Unies sur les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP). Dans la région nord, les PDIP des districts de Kilinochchi et Mullaitivu, contrôlés par les rebelles, et de Vavuniya, sous contrôle gouvernemental, bénéficient aussi de l’aide des organisations humanitaires.

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a qualifié le Sri Lanka de « zone de conflit à haute intensité » et dispose de dispositifs d’intervention lui permettant d’aider jusqu’à 400 000 PDIP.

Enfants-soldats

Les organisations humanitaires se sont également déclarées préoccupées par le fait que les LTTE pourraient recruter de nouveaux enfants-soldats en cas d’escalade du conflit.

« Ce serait une des conséquences de l’intensification du conflit », a expliqué Mme Dowell d’OCHA.

L’UNICEF a accusé les LTTE de continuer à utiliser des enfants-soldats, bien qu’ils aient assuré que tous les soldats mineurs présents dans leurs rangs seraient démobilisés.

D’après les statistiques figurant actuellement dans la base de données de l’UNICEF et compilées à partir de témoignages de parents et d’enquêtes indépendantes, les LTTE comptent 1 448 enfants dans leurs rangs, dont 290 âgés de moins de 18 ans. D’autres encore, aujourd’hui âgés de plus de 18 ans, étaient mineurs au moment de leur recrutement.

L’UNICEF a également accusé le groupe Karuna, une faction dissidente des LTTE, de recruter des enfants dans les districts de la région est du pays. Selon les statistiques de l’UNICEF, ce groupe compte 233 enfants-soldats dans ses rangs, dont 169 âgés de moins de 18 ans et 54 qui avaient moins de 18 ans au moment de leur recrutement.

Ces chiffres, bien que contestés par les LTTE et la faction Karuna, ne représentent qu’un tiers du nombre d’enfants-soldats recrutés, d’après l’UNICEF.

« Il y a une politique de tolérance zéro très claire contre le recrutement et l’utilisation d’enfants par les groupes armés », a expliqué M. Weiss. « Nous continuerons à plaider en faveur de la fin du recrutement d’enfants et de la libération de tous les enfants recrutés ».

Avertissement des LTTE

Après l’annonce par le gouvernement de son retrait de l’accord de cessez-le-feu, les LTTE ont prévenu les employés des organisations humanitaires présentes dans le district de Mullaitivu (nord-est) tenu par les rebelles, que leur sécurité ne serait plus garantie si des combats éclataient dans la région.

« Il y a des problèmes de sécurité et les LTTE ont fait savoir qu’ils ne pouvaient donner aucune garantie de sécurité », a dit Mme Dowell. Certaines agences, dont le Programme alimentaire mondial (PAM), ont pris très au sérieux cet avertissement des LTTE et ont réduit ou retiré leur personnel dans les zones à hauts risques.

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