La reprise des combats retarde la reconstruction des régions nord et est

Trois ans après le tsunami qui a ravagé le Sri Lanka, les régions de l’est et du nord de l’île, particulièrement touchées par le raz-de-marée, accusent d’importants retards par rapport à la région du sud, dans l’exécution des travaux de reconstruction.

Selon les autorités de l’agence de reconstruction et de développement (Reconstruction and Development Agency/RADA), les résultats dans les autres régions du pays sont impressionnants ; près de 90 pour cent des nouvelles habitations prévues ont été réalisées.

Mais dans le nord et l’est, les affrontements entre les forces gouvernementales et les Tigres tamouls, qui ont repris en décembre 2005, ont entraîné d’importants retards dans la mise en œuvre des projets de reconstruction.

Ramesh Selliah, directeur du programme de logement à RADA, a confié à IRIN que les projets de reconstruction dans le reste de l’île pourraient être achevés d’ici la moitié de l’année 2008, à la fin de l’exercice de RADA. Toutefois, il n’a pas voulu se prononcer sur la période prévue pour l’achèvement des travaux dans le nord et l’est du pays.

« Dans le nord et l’est, où des retards ont été observés, cela pourrait prendre un certains temps », a-t-il affirmé.

En mai 2007, sur les 19 700 nouveaux logements prévus dans les six districts du nord et de l’est du pays, seuls 4 400 logements, soit 22 pour cent, ont été achevés, selon le RADA. En revanche, dans les trois districts du sud les plus touchés, Hambantota, Matara et Galle, plus de 60 pour cent des habitations ont été achevées au milieu de l’année 2007.

Bien que plus de 60 pour cent des morts et des déplacements aient été enregistrés dans le nord et l’est du pays, selon le rapport Réhabilitation et de reconstruction post-tsunami - Post Tsunami Recovery and Reconstruction - rédigé par le gouvernement sri lankais et ses partenaires bailleurs de fonds en décembre 2006, ces deux régions ont particulièrement souffert en raison de la reprise du conflit, des restrictions de mouvements et des problèmes de sécurité qu’il a engendrés.


Photo: Amantha Perera/IRIN
De nombreuses communautés du nord et de l'est du pays ont dû attendre pendant longtemps les aides à la reconstruction post-tsunami pendant que le conflit paralysait les programmes de reconstruction.

Restrictions de mouvements

Les restrictions de mouvements imposées dans certaines régions comme la péninsule nord de Jaffna et dans les zones contrôlées par les Tigres tamouls dans le nord ont, dans certains cas, complètement paralysé les travaux de reconstruction, a indiqué Muttukrishna Sarvananthan, un économiste spécialiste des zones de conflit et basé à Colombo.

« Naturellement avec l’intensification du conflit, les projets de reconstruction post-tsunami ont été mis en veilleuse », a-t-il expliqué à IRIN. « Le district de Mullaithivu [qui est contrôlé par les Tigres tamouls] est en retard par rapport à tous les autres districts, mais très peu d’informations sur la situation réelle dans la région sont disponibles », a ajouté M. Sarvananthan. « J’ai la certitude que les projets de construction de logements pour les victimes du tsunami à Mullaithivu sont complètement paralysés depuis la fermeture de l’autoroute A9 en août 2006 ».

« Le programme de reconstruction dans le nord et l’est prendront probablement plus de temps en raison des problèmes liés au conflit actuel », a indiqué la Banque mondiale dans un récent rapport d’actualisation sur le programme de reconstruction post-tsunami.

Les effets du ralentissement de ce programme ne se limitent pas uniquement au logement, comme le montrent les rapports de certaines agences humanitaires.

Disparités dans les revenus

Dans son rapport final sur la réponse au tsunami, World Vision a observé d’étonnantes disparités dans les revenus des populations du sud et de l’est.

« Les revenus des populations du sud sont à présent nettement supérieurs à ce qu’ils étaient avant le tsunami, alors que ceux des populations de l’est ont chuté de 25 pour cent par rapport à leur niveau d’avant le tsunami », a noté le rapport.

Au moins dans l’est, où il règne un calme relatif depuis le milieu de l’année 2007, certains projets suspendus ont redémarré. En revanche, c’est tout le contraire dans le nord où le conflit s’est intensifié.

Selon la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FISCR), l’unique et plus important bailleur de fonds qui finance la construction de logements, les programmes dans le nord sont encore dans l’impasse en raison des combats.

« Dans le nord du pays, une grande partie des opérations de la FISCR a déjà été suspendue et il est difficile de préparer les prochaines opérations dans le contexte politique et militaire actuel », a, expliqué la FISCR dans le rapport biannuel sur le tsunami au Sri Lanka publié en décembre.

Et il est peu probable que la situation s’améliore prochainement, selon Bhavani Fonseka, chercheur à Centre for Policy Alternatives, une cellule de réflexion basée à Colombo.

« Il est très difficile de prédire quelque chose dans le nord-est, étant donné ce qui s’est passé l’année dernière ; la situation ne changera pas du jour au lendemain, il est difficile de dire quand elle s’améliorera », a-t-elle dit à IRIN.

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