Des populations frustrées par la réduction des projets de reconstruction post-tsunami

Dans le village de Pereliya, une statue géante de Bouddha se dresse face à la mer et le seul bruit des véhicules circulant sur l’autoroute proche vient de temps en temps rompre la monotonie du clapotis des vagues qui s’échouent sur la berge.

Situé à 90 kilomètres au sud de Colombo, la capitale sri lankaise, ce village à retrouver son calme d’antan, après le passage du tsunami du 26 décembre 2004 qui a fait déferler des vagues géantes sur les terres, puis accourir la presse internationale, après la catastrophe.

Un train, qui se dirigeait vers le Sud, bondé de passagers venus de Colombo – et à bord duquel de nombreuses personnes paniquées étaient montées pour échapper aux premières vagues – a rapidement déraillé, s’immobilisant près de la statue du Bouddha. Puis vers 9 heures, sous l’effet des vagues, le train s’est retourné à plusieurs reprises.

Le nombre exact de victimes dégagées de l’épave du train n’a jamais été confirmé, mais au moins 1 500 personnes ont péri quand, telles des boîtes d’allumettes, les huit wagons et la locomotive du train ont été ballotés par les vagues.

Ces images pénibles d’un train et d’une communauté accablée par la douleur ont fait le tour du monde. Mais depuis, le village de Pereliya semble ne plus polariser l’attention des média.

« Il ne sert à rien de parler de ce qui s’est passé ; nous avons eu les vagues, puis elles se sont retirées », a dit R. K. Malith, qui travaille dans une usine de coir, installée face au Bouddha géant, et qui fabrique des ficelles à partir des fibres des noix de coco. « Nous avons connu des problèmes, d’autres en ont connus des plus graves, aujourd’hui c’est du passé », a-t-il ajouté, avant d’aller rapidement patauger dans l’eau fétide pour ramasser des coques de noix de coco.


Photo: Amantha Perera/IRIN
Statue géante de Bouddha, à Pereliya, construite en souvenir de ceux qui sont morts dans l'épave du train

Le bâtiment, qui abrite l’usine, est une maison construite après le passage du tsunami grâce aux financements de MM. Mangala et Ruwani Rathnasinghe, deux expatriés sri-lankais vivant à Pupakara, en Nouvelle Zélande.

Personne ne vit dans ce bâtiment où les fenêtres sont fermées et condamnées avec des clous et où les toilettes débordent. La construction était de si mauvaise qualité et les toilettes si inadaptées que la structure n’a jamais été utilisée comme habitation, a expliqué M. Malith à IRIN.

Désillusion

Alors que l’on assiste à une baisse progressive des grands projets de reconstruction post-tsunami, un sentiment général d’apathie et de désillusion semble s’être emparé des bénéficiaires de l’aide vivant sur la côté sud, selon les nombreuses personnes interrogées dans la région.

Et les travailleurs humanitaires comprennent ce sentiment de frustration.
« Il y a un décalage entre les projets prévus et ceux qui ont été réalisés effectivement », a confié à IRIN Maria Kristensen, responsable de l’équipe Donor Participation d’ActionAid, au Sri Lanka. « Les prix ont grimpé, il y a eu d’autres obstacles, en plus des difficultés rencontrées pour mener à bien les projets », a-t-elle affirmé.

Selon le rapport de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge du 10 décembre, le taux d’inflation annuel de 17,7 pour cent enregistré au Sri Lanka a aggravé la situation, ce qui a entraîné des déficits budgétaires sur les projets prévus.

Mais les populations bénéficiaires ne savent toujours pas où sont passées les importantes sommes d’argent promises.

« Les sommes étaient si importantes, mais où sont-elles passées », a demandé à IRIN Ravi Wijesinghe, un habitant de 17 ans du district de Hambantota, dans le sud du Sri Lanka. « Nous avons une maison, mais mon père n’a toujours pas de travail, alors qu’on lui en avait promis un ».

Pas de travail

La famille Wijesinghe vit aujourd’hui dans une grande maison de deux chambres à Siribopura, dans le district de Hamabantota, une maison qui leur a été offerte par l’organisation non-gouvernementale CARE International.

« Nous avons une maison, mais mon père n’a pas de travail. Comment peut-il nous nourrir, subvenir à nos soins et réparer notre maison ? Nous n’avons pas d’argent pour résoudre ces problèmes », s’est-il désolé.

Certains bénéficiaires viennent de recevoir l’aide promise mais sont déçus d’avoir attendu si longtemps pour une aide qu’ils jugent insuffisante.

En revanche A. G. Priyarathana, un habitant de Wakwella, dans le district de Galle, s’est dit ravi d’avoir reçu des semences, des engrais et des fils de fer barbelés de Caritas, une organisation caritative catholique, bien que cette aide ne compense pas ses pertes.

« Même si nous nous sommes remis de la catastrophe maintenant », nous avons perdu au moins une année de culture, sinon plus », a-t-il dit.

Pour Damian Arasakularatne, responsable de Caritas dans le sud du Sri Lanka, son organisation fournit une assistance au village depuis le tsunami, même si cette aide diminue progressivement actuellement.

« Nous devons nous attaquer à d’autres problèmes et d’autres populations ont besoin de notre aide ».


Photo: Amantha Perera/IRIN
Aide après le passage du tsunami : un homme tire des fils de fer barbelés offerts au titre de l'aide à la reconstruction par Caritas, une organisation caritative catholique, dans le sud du Sri Lanka, début décembre 2007.

Pour Mme Kristensen d’ActionAid, certaines critiques s’expliquent par le fait que l’assistance offerte ne répond pas aux besoins des bénéficiaires.

« Il est arrivé par moment qu’une opération de distribution de l’aide ne réponde pas à la demande des bénéficiaires, a-t-elle fait remarquer.

Certains succès revendiqués

Néanmoins, l’Agence de reconstruction et de développement (RADA), la principale agence chargée de superviser les programmes de reconstruction pour le compte du gouvernement, revendique quelques succès dans certaines opérations de reconstruction post-tsunami.

La RADA a actuellement réalisé la plupart de ses opérations. En mars 2007, l’agence, conjointement avec l’Organisation internationale du travail (OIT), a publié un rapport indiquant que plus de 80 pour cent des plus de 100 000 nouvelles maisons en construction seraient achevées avant la fin de l’année 2007 et que, deux ans après le passage du tsunami, 90 pour cent des familles sinistrées avaient retrouvé une activité génératrice de revenus.

« Parfois tout ce que nous entendons, ce sont les frustrations de la population », a expliqué Sugala Kumarie, coordonnatrice de la Commission populaire de planification - Peoples’ Planning Commission, en anglais -, une organisation non-gouvernementale sri-lankaise financée par ActionAid, qui craint toutefois que des simples statistiques ne suffisent à convaincre les habitants du littoral et à apaiser leur colère.

« Le troisième anniversaire du tsunami est proche et ils ont le sentiment qu’ils ne font plus l’objet de l’attention de la communauté internationale. Le problème est que personne ne tient compte de ces frustrations, bien qu’elles soient très réelles ».

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