Des rebelles accusés de mener une campagne de terreur urbaine inspirée de l’Irak

Un mouvement rebelle, qui a réussi à couper le nord du Niger de l’aide humanitaire en disséminant notamment des mines terrestres dans la région, a nié être derrière les explosions de mines antichar qui se sont produites à Maradi et à Tahoua, dans le sud.

Deux civils ont été tués lors des explosions quasi-simultanées de mines antichar le 10 décembre, entre 21 heures et 22 heures.

D’après certaines sources à Maradi, où une mine antichar a explosé sous un camion civil, l’explosion aurait fait un mort et deux blessés. Maradi est située à 400 kilomètres au sud d’Agadez, la capitale régionale du nord, qui jusqu’au mois de décembre, marquait la limite la plus au sud de la zone de conflit au Niger.

A Tahoua, localité située à 350 kilomètres au sud-est d’Agadez, l’explosion d’une autre mine antichar placée sous un véhicule civil a fait un mort et un blessé, selon des sources locales.

Ces deux villes servent des plateformes logistiques aux agences humanitaires qui sont principalement engagées dans des programmes nutritionnels au Niger. La radio nationale nigérienne s’est également faite l’écho des deux attentats du 11 décembre.

Campagne de terreur urbaine

A en croire certaines sources, les habitants de Maradi et de Tahoua accusent le Mouvement nigérien pour la justice (MNJ) d’être derrière ces explosions. En effet, depuis le mois de février, ce mouvement a déclenché une rébellion armée contre les forces gouvernementales dans le nord du Niger.

D’après l’agence Reuters, le gouvernement avait prévenu le mois dernier que le MNJ s’apprêtait à mener une campagne de « terreur urbaine » au Niger dans le cadre de son combat pour une autonomie politique et économique de la région nord du pays.

Moktar Roman, porte-parole du MNJ basé en Belgique, a démenti les informations selon lesquelles le MNJ s’en prenait aux civils et a indiqué que son mouvement n’était pas responsable de ces explosions.

« Aucun élément du MNJ ne pourrait prendre pour cible les civils », a-t-il affirmé, accusant plutôt l’armée d’être derrière ces explosions. « L’armée a commis ces actes pour retourner l’opinion publique en sa faveur ».

Pour le moment, aucun groupe n’a revendiqué la responsabilité des explosions.

La violence gagne de nouvelles régions

Jusque récemment, en dehors des explosions de mines signalées sur l’axe routier du sud d’Agadez, la violence au Niger se limitait à la région peu peuplée du nord du pays où d’importantes troupes de l’armée nigérienne ont été déployées.

L’insécurité dans cette région est aussi causée par la présence de bandits armés et de trafiquants de drogue que le gouvernement rend responsables de la violence, puisqu’il continue de nier l’existence d’une rébellion sur son territoire.

Mais pour plusieurs associations nigériennes de défense des droits humains, c’est le MNJ qui est derrière la pose des mines, qui paie des civils pour réaliser ces opérations et qui leur verse même une prime quand un véhicule militaire est pris pour cible. Cette méthode signifie qu’en réalité le MNJ a très peu de contrôle sur les endroits où les mines sont posées, ont expliqué les associations de défense des droits humains.

La stratégie militaire en question

Selon Jason Mosely, spécialiste de l’Afrique à Oxford Analytica, une société internationale de conseil basée en Grande-Bretagne, les explosions sont le signe que la stratégie militaire adoptée par le gouvernement du Niger pour mettre fin à la violence dans le pays n’est pas concluante.

« Je doute que ces explosions traduisent une escalade dans le conflit », a-t-il indiqué. « Je ne pense pas que nous allons revenir au niveau de violence des années 1990 », a-t-il ajouté, en référence aux cinq années d’instabilité dans le nord du Niger - entre 1990 et 1995 - qui ont vu des centaines de milliers de réfugiés nigériens fuir vers les pays de la région.

« Mais cela prouve que l’approche des autorités nigériennes n’est pas payante puisqu’elles maintiennent une stratégie militaire forte et tiennent un discours de fermeté, au lieu de privilégier le dialogue comme cela a fait ses preuves pour le gouvernement du Mali ».

Des actions inspirées de l’Irak

Les explosions de Tahoua et de Maradi pourraient signifier que les éléments hostiles au gouvernement du Niger s’inspirent des actions des insurgés en Irak, a ajouté M. Mosely.

« A l’instar des actions menées par les insurgés en Irak, le recours à ces types d’attaques spectaculaires, à grande échelle et aveugles, qui finissent par tuer de nombreux civils, semblent se développer dans des pays où on ne s’y attendait pas ».

« Les rebelles du Niger ne sont pas nécessairement la force la plus puissante qui soit, mais ces types d’attaques ont un grand impact car elles sont très ciblées et atroces ».

Selon l’agence Reuters, le 21 novembre la police nigérienne a réussi à désamorcer une mine antichar placée dans un dépôt de carburant à Dosso, une localité située à 140 kilomètres à l’est de Niamey, la capitale.

Les agences présentes dans la région

La plupart des principales agences des Nations Unies et ONG installées au Niger ont des bureaux à Maradi, une ville commerciale très animée située au cœur d’une région de 2,2 millions d’habitants, près de la frontière avec le Nigeria.

Tahoua est la capitale d’une région de deux millions d’habitants où opèrent le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies et des ONG comme Concern, Action contre la faim, Médecins sans frontières, Médecins du monde et World Vision.

Selon des sources humanitaires présentes dans les deux villes, les activités avaient repris leur cours habituel le 11 décembre, la circulation était redevenue normale et les agences humanitaires poursuivaient leurs opérations dans les deux régions.

nr/np/ads/ail