L’attitude change vis-à-vis du travail des enfants

Malgré les lois contre le travail des enfants, qui est souvent perçu comme normal et comme une importance source de revenus, leur application, jusque tout récemment, n’avait jamais été très stricte au Malawi.

Depuis mars 2007, quelque 480 enfants ont été ‘sauvés’ des plantations de tabac du district de Mangochi, un centre autrefois très important dans le commerce des esclaves et situé sur la rive sud du lac Malawi.

« Le travail des enfants se développe à un rythme inquiétant, surtout dans l’industrie du tabac », a déploré Gracious Ndalama, chargée de protection à Active Youth Initiative for Social Enhancement (AYISE), une organisation non-gouvernementale (ONG) œuvrant pour la protection de la jeunesse au Malawi.

La formation de comités locaux, de membres des forces de l’ordre, d’ONG et de chefs traditionnels commence à payer. « Au cours des deux dernières semaines, ils ont commencé à faire des descentes dans les plantations. Toute personne exploitant des enfants peut être condamnée à cinq années d’emprisonnement. Désormais, les forces de police traduisent en justice les employeurs », a expliqué Mme Ndalama.

Les enfants, dont certains ont à peine neuf ans, viennent de près de 200 villages de la région et accomplissent les mêmes tâches que les adultes. La seule différence est la rémunération : un homme gagne près de 14 dollars par mois et une femme 11 dollars, mais un enfant n’a pas plus de deux dollars. L’âge minimum de travail au Malawi est de 14 ans.

« La nature du travail est aussi dangereuse. Il n’y a aucune mesure de protection telle que le port de masque pour se protéger de la poussière inhalée [...] beaucoup d’enfants déjà admis dans des [hôpitaux] souffraient de [tuberculose]... ils doivent répandre des produits chimiques – des pesticides – avec leurs mains, sans aucune protection », a déploré Mme Ndalama.

En 2001, le Malawi a été accusé d’être le pire des contrevenants en Afrique australe en matière d’exploitation des enfants par le travail, ce qui avait failli entraîner un embargo sur les importations en provenance d’un des plus grands exportateurs de tabac au monde, une situation que ce pays n’aurait pas pu supporter : 70 pour cent des revenus en devises étrangères sont tirés de l’industrie du tabac.

Des droits ignorés

Le Malawi est signataire de plusieurs conventions internationales concernant la lutte contre le travail des enfants. Le gouvernement a ratifié la Convention des Nations Unies de 1989 sur les droits des enfants, la Convention n°138 (fixant l’âge minimum de travail à 18 ans) de 1973 de l’Organisation internationale du travail (BIT) et la Convention n° 182 (sur les pires formes de travail des enfants) de 1999 du BIT.

Néanmoins, selon les statistiques du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), près de 30 pour cent des enfants malawites âgés entre cinq et 14 ans sont impliqués dans des activités de production.

Arnold Kabisala, responsable de la communication à Active Youth in Development (AYIDO), s’est félicité de l’adhésion du gouvernement à ces conventions, mais a indiqué que la « ratification à elle seule n’était pas suffisante. Il faut que le gouvernement adopte une loi pour lutter contre ce phénomène qui a si longtemps caractérisé le pays ».

Selon Mme Ndalama, l’éradication du recours au travail des enfants dans le mode de vie des Malawites est plus importante que des lois et des législations. « Le travail des enfants est perçu comme quelque chose de normal ; la plupart des gens ne connaissent même pas la loi. Cela fait partie de la vie, contribue en partie à l’éducation de l’enfant pour qu’il soit productif [...] Un adulte sur 10 sait lire et écrire et ils ne voient pas d’intérêt à envoyer leurs enfants à l’école ».

« L’expérience a montré que les parents défavorisés dont les enfants travaillent dans des plantations avaient, à une période de leur vie, travaillé eux aussi dans des plantations. C’est un cercle vicieux où la famille restera toujours pauvre si elle ne scolarise pas ses enfants », a expliqué Rose Kamwachale du ministère de l’Education.

Un changement d’attitude

Le Malawi est l’un des pays les plus pauvres de la planète ; d’après Le Programme commun des Nations Unies pour la lutte contre le sida (Onusida), plus de trois quarts des 12 millions d’habitants que compte le Malawi vivent avec moins de deux dollars par jour. « Les parents évoquent la pauvreté pour justifier le fait qu’ils envoient leurs enfants travailler dans des plantations de tabac », a affirmé M. Mjaidi.

Outre la pauvreté, il y a aussi le fort taux d’illettrisme, le nombre important d’orphelins et la pénurie d’enseignants qui pourraient aider à maintenir les enfants dans le milieu scolaire.

Mais les choses changent. « Au début les gens... [disaient] qu’il était de la responsabilité du gouvernement de veiller à ce que les enfants soient dans les écoles plutôt que dans les plantations [...] Aujourd’hui, nous travaillons en collaboration avec des parents, des propriétaires de plantations et des ONG, et les résultats sont très encourageants », a affirmé Wanja Mjaidi, un fonctionnaire du ministère du Travail et de la formation professionnelle.

D’après Mme Ndalama, plus de la moitié des enfants sauvés des plantations sont actuellement scolarisés et certains parmi les plus âgés suivent une formation de menuisier ou de tailleur.

« Il est intéressant de constater que les enfants travaillent d’arrache-pied pour rattraper le retard pris par rapport à leurs camarades de classe. Certains ont même choisi de prendre des cours du soir pour rattraper le temps qu’il ont perdu à travailler dans les plantations ».

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