Le gouvernement veut promouvoir les véhicules verts

A l’heure où le prix du pétrole brut atteint des niveaux records, le gouvernement du Malawi a lancé un projet visant à assurer que tous les véhicules du pays rouleront à l’éthanol – alternative moins chère et plus écologique que le carburant classique – en l’espace de quelques années.

En plus de promouvoir la production d’éthanol à partir de mélasse, ce projet sur cinq ans, d’un coût d’un million de dollars, financé par le gouvernement malawite, vise à explorer la possibilité d’une conversion des véhicules classiques en véhicules à carburant mixte, ou véhicules à carburant modulable (VCM), conçus pour être alimentés par un mélange de carburants.

« La décision du pays de se tourner vers l’éthanol est en adéquation avec les procédures prévues par la [Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique] en vue de réduire les émissions », selon Kendron Chisale, directeur adjoint des sciences et des technologies du Malawi. « A terme, le Malawi en tirera parti : nous serons en mesure de maîtriser certaines des catastrophes naturelles liées au changement climatique ». Le département espère voir rouler les premiers véhicules adaptés au cours des 12 prochains mois.

Freeman Kalirani, chercheur à l’Institut technique public de Lilongwe, dirigeait une équipe chargée de modifier une Mitsubishi Pajero de sorte qu’elle puisse être alimentée à l’éthanol, à l’essence, ou à un mélange d’éthanol et d’essence, versé dans un seul et même réservoir.

M. Kalirani a indiqué que l’équipe de recherche continuerait à comparer les performances moteur des véhicules alimentés à l’éthanol et à l’essence. « Nous testerons et vérifierons les effets à long terme de l’éthanol sur le circuit d’alimentation des véhicules. Nous recueillerons également des données sur la performance des véhicules à carburant modulable et veillerons à ce que les Malawites puissent mieux entretenir leurs véhicules éthanol ou à carburant modulable ».

Alimenté à l’éthanol, le véhicule modifié a été soumis à un essai sur route de plus de 2 100 kilomètres à une vitesse moyenne de 110 km/h ; sa forte consommation (10 litres aux 80 kilomètres) s’explique par la vitesse et l’ancienneté de la voiture : un véhicule plus neuf consomme 10 litres aux 100 ou 150 kilomètres.

Importation de véhicules à carburant modulable

D’après Presscane Ltd, l’une des deux entreprises productrices d’éthanol, depuis la crise énergétique du début des années 1970, les voitures malawites sont alimentées par un carburant à l’éthanol. En effet, le carburant fabriqué par certaines compagnies pétrolières telles que BP Malawi, Total Malawi ou Chevron Malawi contient 10 pour cent d’éthanol pour 90 pour cent d’essence.

« Passer à l’éthanol ne sera pas uniquement bon pour l’environnement ; cela permettra également de créer des opportunités d’emploi dans le secteur malawite de la canne à sucre, et donnera au Malawi l’occasion d’économiser les devises actuellement dépensées pour importer du carburant »

Entre 1995 et 2000, le Malawi importait environ 80 à 90 millions de litres d’essence par an, les coûts occasionnés augmentant parallèlement de 13 millions à 36,1 millions de dollars sur la même période. Au cours des deux premiers trimestres de cette année, un baril de bioéthanol brésilien valait la moitié d’un baril de pétrole, selon l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Le prix actuel du pétrole brut avoisine les 90 dollars le baril.

Le département malawite des sciences et des technologies, en partenariat avec la Compagnie d’éthanol du Malawi (ETHCO), un organisme privé, promeut également l’importation de véhicules brésiliens à carburant modulable, conçus pour être alimentés à l’éthanol. Selon Matthews Chikaonda, directeur général de Press Corporation Limited, le conglomérat local qui détient l’ETHCO, le pays produit assez de mélasse, sous-produit du sucre, pour pouvoir fabriquer de l’éthanol.

Le Malawi économisera des millions de dollars une fois que tous les véhicules commenceront à rouler à l’éthanol produit sur place, et non à l’essence importée, a affirmé M. Chikaonda. « Passer à l’éthanol ne sera pas uniquement bon pour l’environnement ; cela permettra également de créer des opportunités d’emploi dans le secteur malawite de la canne à sucre, et donnera au Malawi l’occasion d’économiser les devises actuellement dépensées pour importer du carburant ».

Davantage de recherches avant la production

Selon M. Chikaonda, les deux seules entreprises productrices d’éthanol à base de mélasse au Malawi sont l’ETHCO, qui produit sept millions de litres d’éthanol par an dans son usine de Dwangwa, une ville du centre du Malawi, et Presscane, autre investissement de la Press Corporation, qui fabrique 10,8 millions de litres dans son usine du sud du pays.

Chacune des usines a une capacité de production de 16 millions de litres par an, mais fonctionne en deçà de ses possibilités en raison des faibles quantités de mélasse disponibles. Selon le département des sciences et des technologies, les deux usines pourraient produire de l’éthanol à hauteur de leur capacité, dans la mesure où il est possible d’agrandir les plantations de cannes à sucre.

Selon Daniel Liwimbi, directeur général de l’ETHCO, le gouvernement doit néanmoins concevoir une stratégie de planification adéquate en vue d’augmenter la capacité de production d’éthanol, afin qu’elle réponde aux besoins de l’ensemble de la population. « Le gouvernement devrait prévoir d’augmenter la production s’il veut que ce projet soit une réussite. En augmentant la production de mélasse de canne à sucre, on pourrait atteindre une capacité de 30 millions de litres par saison [de culture de la canne à sucre] ».

Pour certains consommateurs, néanmoins, les recherches doivent se poursuivre et le gouvernement devrait faire preuve de prudence dans sa quête de carburants alternatifs moins coûteux. « Il est encore trop tôt pour se réjouir. Soyons honnêtes avec nous-mêmes et posons-nous certaines questions, notamment "sommes-nous prêts à satisfaire la demande une fois que nous aurons renoncé aux carburants importés ?" En toute honnêteté, la réponse serait "non" pour l’instant », a estimé Marcel Phiri, propriétaire d’un véhicule à Blantyre, la capitale commerciale.

Quant à Mayeso Mzunga, qui travaille dans le secteur du transport de marchandises, il a accueilli favorablement la nouvelle, tout en soulignant la nécessité de poursuivre les recherches. M. Mzunga a suggéré de promouvoir en parallèle l’essence importée et l’éthanol produit localement, jusqu’à ce que le pays soit prêt à « passer au tout éthanol ».
 
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