L'OMC contre les subventions américaines aux producteurs de coton

Les responsables de l’industrie cotonnière du premier pays exportateur de coton d’Afrique de l’Ouest se réjouissent de l’arbitrage de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui considère que les subventions du gouvernement américain à ses producteurs de coton sont une entrave au libre échange.

« J’espère que la situation ici va s’améliorer », a déclaré François Traoré, Président de l’Association des producteurs de coton africains. « Au moins cet arbitrage dit la vérité sur des pratiques qui vont à l’encontre des intérêts de l’Afrique ».

Pour M. Traoré, qui est aussi président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso, l’OMC et la communauté internationale vont devoir maintenant contraindre les Etats-Unis à se plier à cette décision.

« Les subventions nous empêchent de vivre », a déploré M. Traoré. « Si rien n’est fait, alors on pourra alors conclure que personne ne souhaite qu’on se développe ».

Lors de l’arbitrage qu’elle a rendu le 15 octobre, l’OMC avait fait savoir que les subventions et les garanties de crédits à l’exportation accordées par le gouvernement des Etats-Unis aux producteurs de coton américains ne respectaient pas les directives de l’organisation mondiale. Ces subventions et garanties aux producteurs de coton avaient été instaurées par le Farm Bill de 2002, mais en 2005 l’OMC s’était prononcé contre le recours à ces mécanismes.

Pour les pays en développement et les organisations internationales de lutte contre la pauvreté, ces subventions font chuter les cours du coton et les petits producteurs, dans les pays pauvres, ont du mal à faire face à la concurrence sur les marchés internationaux.

L’arbitrage de l’OMC pourrait ouvrir la voie à des sanctions commerciales de plusieurs milliards de dollars que les Etats-Unis pourraient se voir imposer par le Brésil, autre grand pays exportateur de coton à l’origine de la plainte contre le gouvernement américain.

Selon les autorités brésiliennes, c’est en versant aux agriculteurs américains des subventions d’un montant de 12,5 milliards de dollars, entre août 1999 et juillet 2003, que les Etats-Unis sont parvenus à maintenir leur position de deuxième exportateur mondial de coton ; la Chine étant le premier pays exportateur et le Brésil, le cinquième.
Pour M. Raymond Offenheiser, Président d’Oxfam America, le nouveau Farm Bill que le Congrès américain envisage encore d’adopter ne devrait pas fondamentalement remettre en cause le principe des subventions agricoles américaines.

« Ce serait dramatique pour des millions de personnes dans les pays en voie de développement dont les moyens de subsistance sont quotidiennement menacés à cause des subventions agricoles américaines », a déclaré M. Offenheiser.

Au Burkina Faso, les autorités ne sont pas très optimistes quant à l’avenir immédiat de la filière coton.
« Nous espérons que les dirigeants américains se sentiront gênés d’être constamment montrés du doigt et qu’enfin quelque chose sera fait pour faire respecter l’arbitrage de l’OMC. Mais le problème pourrait venir du Congrès américain qui subit de fortes pressions de la part du lobby de l’industrie américaine du coton », a expliqué Seriba Ouattara, directeur général du Commerce.

Lors de sa visite au Burkina Faso, le 15 octobre, le président brésilien Luiz Inacio Lula Da Silva avait demandé à l’OMC de continuer à ’apporter son soutien au Burkina Faso, Bénin, Tchad et Mali, des pays qui forment le groupe africain du ‘C4’ qui a remis en question les subventions versées aux producteurs de coton américains.
« Nous devons travailler ensemble pour protéger [nos] agriculteurs et les aider à gagner en compétitivité sur le marché international », avait souligné le Président Da Silva.

En octobre 2006, lors d’une visioconférence avec les représentants du Congrès américain, le président burkinabè Blaise Compaoré avait souligné le rôle important du coton dans les politiques de réduction de la pauvreté des pays du C4. Selon les estimations de son gouvernement, plus de moitié de la population vit directement ou indirectement des revenus du coton.

Dans les pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, quelque 20 millions de personnes, généralement des petits paysans qui pratiquent une agriculture de subsistance, vivent des revenus de la culture du coton.

Oxfam affirme, pour sa part, que les producteurs de coton subsahariens ont perdu 450 millions de dollars depuis 2004 et que les 20 millions personnes qui dépendent des revenus de ce produit se sont appauvries, bien qu’elles aient augmenté leur production de coton.

Toujours selon Oxfam, la suppression des subventions américaines à l’industrie de coton entraînerait une augmentation de six à 14 pour cent du cours du coton, et dans les pays africains producteurs de coton, cela se traduirait par une augmentation de 2,3 à 5,7 pour cent du pouvoir d’achat des ménages.

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