Le conflit perturbe les opérations de déminage en cours

Lorsqu’un programme de déminage de grande envergure a été lancé au Sri-Lanka, en 2002, les responsables du projet se sont trouvés confrontés à un problème : leurs panneaux d’avertissement en bois, où figurait le pictogramme caractéristique composé d’un crâne et de deux os croisés, disparaissaient les uns après les autres.

« Ils étaient dérobés par la communauté, qui s’en servait comme bois de chauffage », a expliqué à IRIN Monty Ranathunga, directeur de projet au ministère du Développement des infrastructures immobilières nationales, qui supervise le Programme national d’action contre les mines.

Lorsque le programme a été lancé, en 2002, après la signature de l’accord de cessez-le-feu entre le gouvernement sri-lankais et les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (TLET), la population était peu sensibilisée aux mines ; pourtant, au terme de plus de deux décennies de conflit, 1,5 million de mines et autres munitions non explosées se trouvaient dispersées dans 10 districts du nord-est.

En 2002, une zone d’une superficie de 202 kilomètres carrés avait été minée par les deux parties prenantes au conflit, selon les études menées dans le cadre du programme d’action contre les mines.

Au début, le pays manquait d’expertise technique et de matériel de déminage. Les démineurs locaux retiraient les mines à mains nues ou à l’aide de fourches en acier, dit-on, surtout dans les régions contrôlées par les TLET. Au milieu de l’année 2002, les organisations internationales disposant de compétences techniques et du matériel de déminage approprié ont commencé à lancer des opérations dans le nord et l’est du pays.

Réduction du nombre des victimes de mines : de vrais progrès

Le nombre de victimes civiles a considérablement diminué, les explosions de mines ayant fait seulement huit victimes civiles déclarées au cours des sept premiers mois de l’année 2007, malgré une recrudescence des violences, selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Neuf organisations locales et internationales, dont HALO Trust, le Groupe de déminage danois, et Sarvatra et Horizon, deux ONG indiennes, opèrent à plein temps dans le nord et l’est, dans le cadre du déminage. Les deux plus grandes opérations de déminage sont celles de l’armée sri-lankaise et de l’Organisation de réhabilitation tamoul, qui opère dans les zones aux mains des TLET.

Plus de 2 000 démineurs travaillent dans la région nord-est, selon M. Ranathunga. Depuis 2002, 128 kilomètres carrés ont été débarrassés des mines et autres munitions non explosées qui s’y trouvaient ; 161 415 dispositifs explosifs y ont été retrouvés, selon le rapport du Programme national d’action contre les mines pour le second trimestre 2007.

Le conflit et le manque de fonds menacent le déminage

Malgré tout, l’on craint que les affrontements de plus en plus violents entre les forces du gouvernement et les TLET, et le manque possible de fonds à consacrer aux opérations de déminage ne risquent de compromettre les progrès accomplis.

« En décembre 2005, la situation de sécurité a commencé à se dégrader. En mars 2006, les opérations humanitaires de déminage avaient été réduites de plus de 50 pour cent dans certaines régions », a révélé à IRIN le responsable du projet au PNUD.
 
« Tout au long de l’année 2006, l’accès aux sites de déminage a été très restreint pour des raisons de sécurité, particulièrement dans la péninsule de Jaffna, et les opérations de déminage humanitaire ont été complètement interrompues dans l’ensemble du pays le 11 août 2006, lorsque des affrontements ont éclaté ».


Photo: Landmine Ban Action Forum
Lorsque le programme de déminage a été lancé en 2002, plus de 1,5 million de mines et autres munitions non explosées se trouvaient dispersées dans 10 districts du nord-est du pays


A Jaffna, les activités de déminage ont repris, les affrontements s’étant déplacés vers l’est au cours de l’année 2006, selon le PNUD. Mais les combats ayant aujourd’hui lieu non plus dans l’est, mais à des points chauds situés plus au nord, dans la région de Vanni, il est difficile, pour les agences de déminage, de planifier leurs opérations à plus long terme, à en croire le Groupe d’action contre les mines des Nations Unies.
 
Plus d’un million de mines et munitions non explosées n’ont pas encore été retrouvées et, selon les bureaux du PNUD, au moins 95 kilomètres carrés sont encore infestés.

D’après M. Ranathunga, les opérations de déminage ne pourront être menées efficacement tant que la situation de sécurité ne se sera pas améliorée. « Si la situation est stable, nous prévoyons que les [mines] pourront être retirées dans les zones de moyenne et haute priorités d’ici à la fin de l’année 2010 », a-t-il déclaré.

Le Japon a récemment donné 3,2 millions de dollars pour financer les opérations que mèneront cinq groupes de déminage internationaux au cours de l’année 2008.

Globalement, néanmoins, les bailleurs ont réduit les apports financiers consacrés aux activités de déminage du fait de l’insécurité, selon le responsable du PNUD. Or, tout ralentissement des opérations de déminage risque d’être fatal.

« A Jaffna, il est très difficile de trouver des zones minées loin des populations civiles », a déploré Berlim Toffa, directeur du programme de HALO à Jaffna. « Elles sont toujours proches ».

Selon le PNUD, la région est du Sri Lanka est une zone de déminage prioritaire, et notamment les districts de Batticaloa et de Trincomalee, où les mines et autres munitions non explosées ont provoqué le déplacement et la réinstallation massive de plus de 150 000 personnes au cours des six derniers mois.
 
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