En attente de l'aide alimentaire internationale

Après la pire sécheresse que le Lesotho a connue depuis 30 ans, les autorités de ce petit royaume d’Afrique australe ont déclaré l’état d’urgence et sollicité la communauté internationale pour fournir une aide alimentaire à plus de 400 000 personnes.

« Toutes les évaluations de la situation alimentaire menées par des institutions et des organisations internationales, dont le Service de gestion des catastrophes du gouvernement, l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) et le Programme alimentaire mondiale (PAM) confirment l’existence d’une crise alimentaire », a indiqué, Pakalitha Mosisili, le Premier ministre du Lesotho dans une récente déclaration.

Selon un rapport de la FAO et du PAM, la récolte de céréales, essentiellement de maïs, l’aliment de base du Lesotho, a été réduite de plus de 40 pour cent, passant de 126 200 tonnes en 2006 à 72 000 tonnes cette année, alors que le Lesotho a besoin d’environ 328 000 tonnes de céréales pour nourrir sa population.

Généralement, la saison des pluies au Lesotho s’étend sur la période d’octobre à avril. Dans la zone agricole de Thuathe, proche de la capitale Maseru, les agriculteurs ont salué l’appel lancé à la communauté internationale par le Premier ministre et ont indiqué qu’ils ne pourraient pas nourrir leur famille sans cette aide alimentaire.

Dans des circonstances normales, Malakabane Mokoatsi, métayère et mère de six enfants, produisait 40 sacs de maïs dans son champ d’une superficie de huit hectares. Cette année, elle n’a pu produire que 12 sacs, dont six ont été envoyés à son associé.

« Cela signifie que je suis vraiment sans nourriture puisque ces six sacs ne me permettront pas de nourrir ma famille au-delà du mois de septembre ; après, je serai obligé d’acheter de la nourriture », s'est-elle alarmée.

Hausse du prix des denrées alimentaires

La baisse significative de la production de céréales telles que le maïs et le sorgho a entraîné une flambée des prix et rendu ces produits inaccessibles à de nombreux ménages.

Par ailleurs, la chute de la production agricole en Afrique du Sud, principal fournisseur de la région, explique également cette hausse du prix des céréales.

Pour Mme Mokoatsi, il sera difficile de nourrir sa famille car les seules ressources financières de la famille sont les 130 dollars mensuels que gagne son fils en travaillant comme chauffeur de taxi.


Photo: Tomas de Mul/IRIN
La longue sécheresse a détruit les champs de maïs

« D’après les enquêtes réalisées sur le terrain, le prix de du sac de farine de maïs de 12,5 kilos a pratiquement doublé depuis 2006, passant de 3,50 dollars en mars 2006 à 5,40 dollars en mars 2007, et plus de la moitié de la population du Lesotho vit avec moins de deux dollars par jour », a noté le récent rapport sur la situation humanitaire en Afrique australe publié par le Regional Inter-Agency Standing Committee, un groupe d’agences des Nations Unies et d’organisations non gouvernementales.

La mauvaise saison agricole a également réduit les opportunités d’emplois saisonniers, surtout dans le secteur de l’agriculture, rendant encore plus difficiles les conditions de vie des populations défavorisées du pays.

Un problème chronique

« Ces enquêtes ont mis en exergue le cycle vicieux de l’insécurité alimentaire provoquée par des conditions climatiques erratiques, une sécheresse prolongée, la pauvreté et les conséquences du VIH/SIDA dans la région », peut-on lire dans le rapport.

Toujours selon le rapport, bien qu’une aide alimentaire et agricole urgente soit nécessaire, à long terme, elle ne changera pas de manière significative la situation des populations affectées.

Mapoloko Halieo, propriétaire d’une exploitation agricole à Thuathe, a enregistré la pire récolte depuis des années qu’elle investit dans le champ et la production alimentaire. En effet, elle n’a pu récolter que trois sacs de maïs sur ses trois hectares de terrain. Selon elle, les épis de maïs récoltés étaient petits et leurs graines sous-développées.

« Il y a des années que j’ai de mauvaises récoltes, mais au moins jusqu’à présent j’avais suffisamment de nourriture pour subvenir aux besoins de ma famille. Cette année, le produit de ma récolte de maïs ne me permet même pas de couvrir le coût des semences ; je ne sais pas ce que je vais faire », a-t-elle déploré. « Je pourrais vendre mes bœufs, mais je ne pense pas en tirer grand-chose vu qu’ils sont maigres et qu’ils ne se vendront pas cher ».

Selon le Premier ministre, le Lesotho produit 30 pour cent de ses besoins alimentaires.
« Notre population souffre énormément des graves conséquences du VIH/SIDA [le taux officiel de prévalence étant de 23,2 pour cent] et le nombre d’orphelins ne cesse d’augmenter chaque jour ».

Dans sa déclaration, M. Mosisili a fait remarquer que « l’analyse des prix des produits alimentaires de base indique une forte tendance à la hausse [...] aggravée par le très faible pouvoir d’achat de la population, ce qui constitue un cercle vicieux, dans tous les cas ».

Reprenant les propos d’un Basotho qui disaient en substance que « l’aide n’est offerte qu’à ceux qui font l’effort de se prendre en charge eux-mêmes », le Premier ministre a souligné que le gouvernement considérait la déclaration de l’état d’urgence et l’appel à la communauté internationale comme une mesure transitoire pour soulager les populations de la crise alimentaire.

En finir avec la dépendance alimentaire

M. Mosisili a également demandé que des efforts soient faits pour mobiliser les ressources nécessaires afin de mettre fin, à long terme, à la dépendance du pays vis-à-vis de l’aide alimentaire. Selon lui, le gouvernement a mis en place une politique visant à assurer la sécurité alimentaire du pays dans un proche avenir.

Cette politique consiste notamment à faire de l’agriculture l’outil essentiel de la stratégie de réduction de la pauvreté, à améliorer la production agricole et la sécurité alimentaire, à travers une meilleure exploitation des terres arables et l’octroi de subventions, ainsi qu’à promouvoir la culture de semences résistantes à la sécheresse et à développer les activités familiales de fermage et de maraîchage.

Outre la pénurie alimentaire, le Lesotho souffre également d’un manque d’eau chronique, tant pour la consommation des hommes que du bétail, du fait de l’assèchement de la plupart des cours d’eau et rivières du pays ou du faible niveau des eaux.

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