Reconstruire la vie à Vaharai, après la guerre et le tsunami

Si vous étiez maçon, ce n’est ni à Colombo ni dans aucune des grandes métropoles du Sri Lanka que vous pourriez le mieux gagner votre vie. Ironie du sort, ces jours-ci, il semble que ce serait à Vaharai, une petite localité frappée par la guerre dans le district de Batticaloa, dans l’est.

C’est là que des centaines d’habitations ont été détruites par deux fois, la première fois au cours du tsunami de décembre 2004, et plus récemment au cours d’un conflit qui a dévasté la région. Il existe donc, à Vaharai, une forte demande en travailleurs qualifiés, équipés de leurs propres outils.

Au début de cette année, la plupart des habitants de Vaharai ont fui pour échapper aux affrontements qui opposaient les Tigres de libération de l'Eelam Tamoul – qui contrôlaient depuis longtemps la région – aux forces du gouvernement, qui en ont repris le contrôle au cours d’une attaque à grande échelle.

Lorsque plus de 14 000 personnes déplacées sont retournées dans la région, en mars, non seulement elles ont trouvé leurs maisons endommagées ou détruites, mais leurs moyens de subsistance avaient eux aussi été pillés.

« Lorsque nous sommes rentrés chez nous, tout avait été pillé », a raconté à IRIN J. Seeniltramby, en mai. « Nous étions pêcheurs, menuisiers, maçons et nous voulons recommencer à travailler, mais tous nos outils et notre équipement ont été volés et nous n’avons pas d’argent pour les racheter ».

Tout est une question d’offre et de demande. A Vaharai, selon le Consortium des organisations humanitaires (CHA), un maçon peut aujourd’hui gagner pas moins de 1 200 rands (10 dollars) par jour, le taux actuel à Colombo, la capitale, se situant seulement entre 750 et 900 rands (six à huit dollars). A Vaharai, un assistant non-qualifié peut également empocher 100 rands de plus qu’ailleurs par jour.

Vaharai a été gravement touchée par le tsunami de décembre 2004 et selon les registres du CHA, seules 325 des 1 112 maisons promises aux victimes du tsunami ont été construites jusqu’à présent.

Signes de progrès

Le processus de rapatriement à Vaharai présente quelques signes de progrès. Quatre coopératives de produits variés opèrent aujourd’hui dans la région ; elles fournissent des rations déshydratées gratuites et vendent des denrées alimentaires.

Par ailleurs, les services postaux et de police ont repris leurs activités habituelles, selon une mission d’information menée le 21 mai par le CHA.

Onze bus circulent aujourd’hui sur la route principale qui relie Vaharai à plusieurs villes du nord et du sud ; il y a tout juste six mois, pourtant, les mines terrestres et les tirs d’artillerie rendaient cette route impraticable, sous peine de risquer la mort. Enfin, même l’hôpital local est de nouveau en service.

Néanmoins, selon les habitants de Vaharai, le rétablissement véritable et le retour à la normale dépendent en grande partie de la vitesse à laquelle ils pourront recouvrer leurs moyens de subsistance.

« Il existe une très forte demande en travail temporaire », a expliqué à IRIN Doekle Wielinga, conseiller technique principal en rétablissement des moyens de subsistance, à l’Organisation internationale du travail (ILO). « Quelque 92 pour cent des personnes réinstallées disent qu’elles en auraient besoin ».

S. Kiritharan, le secrétaire divisionnaire de Vaharai, a expliqué à IRIN que la construction de refuges et de logements permanents pour les victimes du tsunami faisait l’objet d’une préoccupation urgente. Si de nombreux habitants de Vaharai sont prêts à participer au processus de reconstruction, la plupart d’entre eux ne disposent pas des compétences ni de l’équipement nécessaire pour le faire, selon lui.

« Nos besoins les plus urgents concernent les moyens de subsistance – principalement dans les domaines de la pêche, de l’élevage de volaille, des cultures potagères et du bétail », a ajouté M. Kiritharan – une observation corroborée dans le rapport de la mission commune menée par les Nations Unies à Vaharai le 18 avril : le rapport stipule en effet que l’aide en faveur de l’acquisition de moyens de subsistance « contribuerait de manière significative au processus de réintégration ».

Pisciculture

En ce qui concerne le secteur piscicole, de nombreux pêcheurs ont toujours besoin de bateaux, de filets et d’autres équipements, les leurs ayant été volés ou détruits.

Basil Sylvester, le coordinateur du CHA à Batticaloa, a participé à la mission d’information menée par l’organisation à Vaharai. Il estime que plus de 2 000 familles se livrent à des activités piscicoles dans cette région.

« Jusqu’à présent, quelque 240 filets ont été distribués, ainsi que quelques pagodes. C’est loin d’être suffisant », a-t-il indiqué.

Même les pêcheurs qui ont repris leurs activités doivent faire face à des difficultés économiques considérables.

« L’un des plus grands problèmes repose sur le fait que les pêcheurs de Vaharai n’arrivent pas à vendre leurs prises à bon prix », a expliqué à IRIN le général Berty Perera, coordinateur des affaires civiles de l’armée sri lankaise à Vaharai. « Les crevettes géantes qui se vendent à environ 800 rands le kilo à Ottamavadi [20 kilomètres plus loin] rapportent tout juste 100 rands, ici ».

« Si on pouvait faire en sorte de ramener les acheteurs étrangers, les pêcheurs locaux en bénéficieraient vraiment », a expliqué le révérend Sritharan Sylvester, un prêtre catholique de la région. « Actuellement, les pêcheurs sont obligés de vendre [leur marchandise] à quiconque se trouve sur place ».

Certains pêcheurs de Vaharai se sont plaints aux travailleurs humanitaires que leur incapacité à vendre leur marchandise sur des marchés externes les obligeait à céder leurs prises aux moins offrants, souvent les groupes armés qui opèrent dans la région.

« Les pêcheurs ont également besoin de matériel d’entreposage frigorifique », a expliqué le général Berty Perera – un besoin également recensé par la mission d’information du CHA.

Maintenant que l’électricité a été rétablie à Vaharai, une unité de stockage pourrait aisément être construite, selon les conclusions de la mission. Il a également été constaté, au cours de la mission, que les pêcheurs de Vaharai demandaient des camions réfrigérants pour transporter leurs poissons là où ceux-ci pouvaient être vendus à de meilleurs prix.

Agriculture

Les paysans de Vaharai sont confrontés aux mêmes difficultés. Certains attendent encore que leurs rizières soient déminées. Mais plusieurs paysans ont expliqué à IRIN qu’ils déploraient avant tout la perte de leur équipement agricole, et notamment de leurs véhicules agricoles et de leurs tracteurs manuels, qu’ils avaient achetés à crédit.

Selon le rapport de la mission commune des Nations Unies à Vaharai, « rares sont les ménages qui ont replanté leurs jardins potagers, par manque de graines et d’outils ».

« La plupart des foyers ont rapporté une perte de bétail », peut-on également lire dans le rapport, qui stipule qu’aucune poule ni aucune chèvre n’ont été retrouvées, même si tous les ménages en possédaient avant le conflit.

Pour Rita Ricciardi, coordinatrice des secours d’urgence et de la réhabilitation pour la région, à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), « à l’approche de la saison Maha, la principale période d’ensemencement, il faut soutenir davantage [les communautés] pour encourager la reprise des activités agricoles fondamentales. Elles ont besoin qu’on les aide à remplacer le bétail perdu et à obtenir les apports nécessaires pour assurer une bonne récolte ».

Un certain nombre d’organisations non gouvernementales, en collaboration avec le ministère de l’Agriculture, participent déjà à plusieurs initiatives visant au rétablissement des moyens de subsistance, notamment par la distribution de filets, de pagodes et de graines.

Selon Frederick Lyons, coordinateur résident des Nations Unies au Sri Lanka, qui vient juste de se rendre à Vaharai, « l’équipe des Nations Unies est impatiente de travailler en collaboration avec les autorités locales et les rapatriés de Vaharai – comme nous le faisons déjà avec les personnes qui sont actuellement en cours de réinstallation dans l’ouest du Batticaloa – pour permettre de reconstruire les vies et les moyens de subsistance des habitants ».

« Nous nous réjouissons par avance de collaborer avec le gouvernement dans le cadre de ses plans de réinstallation, à la fois à Vaharai et dans l’ouest du Batticaloa », a-t-il ajouté.

Aide aux moyens de subsistance

Il reste malgré tout beaucoup à faire. Selon Charles Moses, directeur des bureaux de la FAO à Batticaloa, de nombreux habitants de Vaharai ont aujourd’hui désespérément besoin d’une aide pour le rétablissement de leurs moyens de subsistance.

Selon lui ainsi que d’après plusieurs représentants d’autres organisations humanitaires, il n’existe à l’heure actuelle aucune statistique permettant d’évaluer le volume de l’aide fournie. Si l’on se fie au sentiment de M. Moses, pourtant, les habitants de Vaharai ne bénéficieraient que d’une aide minime en matière de rétablissement des moyens de subsistance.

Pour sa part, la FAO prévoit d’aider bientôt 1 570 des 4 500 familles de Vaharai déjà réinstallées à replanter leurs potagers, à remplacer la volaille perdue et à planter des cultures de rente.

Pour ce faire, la FAO chargera l’organisation World Vision, son partenaire de mise en œuvre, de distribuer des outils, des poussins, des graines et de l’engrais. La distribution doit débuter dans trois semaines.

Quant à l’OIT, elle envisage actuellement la mise en place d’une gamme de systèmes de micro-crédit et autres systèmes d’incitation pour aider la communauté de Vaharai.

M. Wielinga, de l’OIT, a recommandé d’être patient si l’on voulait voir l’aide au rétablissement des moyens de subsistance porter ses fruits.

« Les villageois mettront du temps à se rétablir complètement », a-t-il estimé.

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