La Cour suprême invalide l’ordre d’expulsion des Tamouls

La Cour suprême du Sri Lanka a ordonné l’arrêt immédiat de l’expulsion des Tamouls de Colombo, la capitale, une opération de sécurisation menée par la police et vivement critiquée par la communauté nationale et internationale.

Près de 400 hommes, femmes et enfants de la minorité tamoule, expulsés de Colombo par des agents de police et des forces de sécurité, ont été abandonnés dans la ville de Vavuniya, dans le nord, le 7 juin.

Après une descente de la police et de l’armée dans des auberges de Colombo, ces membres de la communauté tamoule ont été regroupés dans des bus, puis ont été conduits à une centaine de kilomètres de leurs domiciles, dans des zones de conflit parfois très isolées.

La décision de la Cour suprême fait suite à une pétition déposée par le Centre for Policy Alternatives, une association locale de défense des droits de l’homme, pour protester contre l’ordre d’expulsion des Tamouls.

Le gouvernement américain s’est joint à plusieurs associations de défense des droits de l’homme, tant nationales qu’internationales, pour condamner l’expulsion et exiger l’arrêt de cette discrimination.

« Les Etats-Unis condamnent l’éviction des Tamouls de Colombo », a indiqué un communiqué de l’ambassade américaine. « Nous invitons le gouvernement du Sri Lanka à mettre fin à l’éloignement forcé de ses citoyens de Colombo, à rendre publique la destination des personnes déjà expulsées, et à garantir leur sécurité et leur bien-être ».

« Une discrimination notoire »

Selon Human Rights Watch, il s’agit d’un acte de « discrimination notoire » susceptible d’alimenter les tensions interethniques.

Au moins huit bus transportant des Tamouls originaires du district de Jaffna et de Trincomalee, dans l’est, ont été obligés de s’arrêter dans une école de Vavuniya, une décision qui s’inscrit dans le cadre d’une opération de sécurisation visant à débarrasser la capitale des militants du mouvement séparatiste des Tigres tamouls.

Entre temps, les personnes expulsées à Vavuniya ont été prises en charge par des organisations non gouvernementales.

« Nous leur fournissons de la nourriture et de l’eau et procédons à une évaluation de la situation », a expliqué à IRIN Davide Vignati, chargé de la communication publique du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Pour M. Keheliya Rambukwelle, porte-parole du ministère de la Défense, il s’agissait plutôt d’une opération d’aide au « retour volontaire » des Tamouls.

Les expulsés et les propriétaires des maisons d’hôtes ont formellement démenti cette allégation, en expliquant que des enfants et des adultes avaient été réveillés et contraints de monter à bord des bus, sans avoir le temps d’emporter avec eux de la nourriture, des vêtements ou de l’argent.

« Ils ne nous ont pas autorisés à prendre nos vêtements ou à nous rendre aux toilettes », a expliqué un expulsé tamoul à une chaîne de télévision.

Colombo compte une forte communauté de Tamouls, mais beaucoup d’entre eux viennent dans cette ville pour se faire soigner, obtenir un visa en vue de se rendre à l’étranger ou dans le cadre de leurs activités commerciales, et généralement, ils logent dans des auberges bon marché.

Depuis la recrudescence des combats entre les troupes gouvernementales et les militants du mouvement séparatiste des Tigres de libération d’Eelam Tamoul, en 2006, les Tamouls vivant dans les zones de conflit dans le nord et l’est du Sri Lanka doivent posséder une autorisation spéciale pour se déplacer sur l’île.

L’opération de sécurisation du 7 juin a eu lieu une semaine après que Victor Perera, inspecteur général de la police, ait annoncé que les Tamouls qui traîneraient à Colombo seraient renvoyés dans leur localité d’origine, s’ils ne disposaient pas d’une attestation d’emploi justifiant leur présence dans la capitale.

Selon le ministère de la Défense, cette opération était nécessaire pour sécuriser la capitale, après les attaques à la bombe perpétrées le mois dernier par les Tigres tamouls, des attaques qui avaient fait neuf morts.

« Des enquêtes avaient également révélé que les auteurs de ces attaques meurtrières avaient élaboré et exécuté leur plans cruels à partir de ces auberges », a souligné le ministère.

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