Le gouvernement promet des enquêtes sur le sort des disparus

Le regard livide, Angel Yogarajan, sept ans, tient dans ses mains une photo de sa famille, tandis que son frère et sa mère ont du mal à retenir leurs larmes. Le 2 mars, cette famille de sept membres a subitement été réduite à trois personnes qui, depuis cette date, vivent dans le désespoir.

Le père d’Angel, Emmanuel Yogarajan, ainsi que trois de ses frères, ont été enlevés à Negombo, une ville côtière à 40 km au nord de Colombo, la capitale. La famille ne sait pas où ils se trouvent, ni même s’ils sont encore en vie.

« Nous nous sommes rendus partout, à la police, auprès des organisations des droits de l’homme. Nous ne savons pas ce qui leur est arrivé », a déclaré Dalian Yogarajan, l’unique frère rescapé.

Les Yogarajan ne sont pas les seuls à rechercher des êtres chers disparus au Sri Lanka, un pays déchiré de nouveau par une violence sectaire, malgré un cessez-le-feu de cinq ans entre le gouvernement et le mouvement des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE).

L’escalade de la violence a commencé en décembre 2005 et plus de 1 000 personnes, appartenant pour la plupart à l’ethnie tamoule, ont été portées disparues, selon la Commission des droits de l'homme du Sri Lanka, un organisme gouvernemental semi autonome.

Les parents de disparus ont peur de désigner ouvertement ceux qu’ils soupçonnent d’être les instigateurs de ces enlèvements. De nombreuses personnes ont été enlevées en plein jour à bord de camionnettes blanches dans des lieux publics, selon des parents interrogés par IRIN et certains témoignages parus la presse.

Le mari de S. Amalajasi, S. Ketheswaran, a été enlevé en janvier avec son frère, alors qu’ils se trouvaient dans un autobus de transport en commun à Colombo. Cette femme enceinte, mère de deux enfants, a cherché de l’aide auprès des groupes locaux et internationaux des droits de l'homme pour localiser son mari.

« Il a tout simplement disparu, et je ne sais que faire. Il faut que quelqu’un qui a de l’autorité et du pouvoir nous aide. Nous n’irons sans doute nulle part sans aide internationale », a-t-elle déclaré, alors qu’elle assistait à une réunion organisée à Colombo par le Comité de surveillance civile (CMC) qui défend leur cause.

Le gouvernement tarde à ouvrir des enquêtes

Composé de députés de l’opposition, le CMC aussi a souffert de cette violence. L’un de ses membres fondateurs, Nadaraja Raviraj, de l’Alliance nationale tamoule (Tamil National Alliance), a été abattu l’année dernière à Colombo.

Pour les membres du CMC, le gouvernement du président sri lankais Mahinda Rajapakse tarde à ouvrir des enquêtes sur les cas d’enlèvements, ce qui accrédite la thèse selon laquelle des groupes bénéficiant du soutien tacite du gouvernement sont les auteurs de ces enlèvements.

« Le gouvernement doit se montrer plus ferme dans ces affaires ; il ne peut pas tout simplement attendre que 1 000 civils disparaissent pour réagir », a déclaré Sirithunga Jayasuriya, président du CMC, qui soupçonne une faction dissidente des Tigres d’être derrière la plupart des enlèvements.

Le CMC a lancé un appel au Conseil des droits de l’homme pour qu’il intervienne, et nombre de parents de disparus ont déclaré à IRIN que l’intervention de l’ONU était à présent leur dernier espoir.

« Pendant plus de six mois, j’ai cherché. Les autorités locales ne nous aident pas du tout, nous avons absolument besoin de l’aide internationale si nous ne voulons pas que nos plaintes tombent dans l’oubli », a déclaré à IRIN Mariappan Maruwei, dont le fils a disparu en juin dernier à Vavuniya, une ville du nord au pays.

Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies ainsi que des organisations non gouvernementales comme Amnesty International (AI) et Human Rights Watch (HRW) ont demandé qu’un mécanisme international de surveillance des droits de l’homme soit mis en place pendant quelques mois, afin d’enquêter sur les violences qui, selon eux, sont devenues quotidiennes.

Toutefois, il y a peu de chances que le gouvernement accède à cette demande dans l’immédiat.

« Aucune observateur ne sera autorisé à entrer dans le pays sans une invitation du gouvernement », a déclaré le porte-parole du gouvernement sri lankais, Keheliya Rambukwella.

Le gouvernement a mis en place une Commission présidentielle spéciale, appuyée par un groupe d’experts internationaux, pour ouvrir une enquête sur 15 cas de violations des droits de l’homme. Toutefois, certaines organisations telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch avouent que l’expérience des précédentes enquêtes menées dans le pays n’incite pas à l’optimisme.

Prenant la parole devant un groupe de parlementaires, le président Rajapakse a récemment déclaré qu’il envisageait de mettre sur pied une commission parlementaire spéciale chargée d’enquêter sur les enlèvements.

Par ailleurs, une rencontre entre le président Rajapakse et Mme Louise Arbour, Haut commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, pourrait avoir lieu au mois de juin ou de juillet, ont révélé des responsables du ministère des Droits de l’homme et de la gestion des catastrophes.

Sentant une pression internationale de plus en plus forte sur le gouvernement à propos des violations des droits de l’homme -comme en témoigne le soutien de Richard Boucher, le Secrétaire d’Etat adjoint américain pour l’Asie centrale et du Sud, au mécanisme international de surveillance-, le principal parti d’opposition a fait savoir qu’il était favorable au principe d’une mission internationale indépendante.

Quant au mouvement des TLLE, il n’a émis aucune objection à la présence d’une mission d’observateurs internationaux.

« Nous travaillerons avec eux et sommes favorables à l’ouverture d’enquêtes sur les exécutions extrajudiciaires et sur les enlèvements », a dit Selvy Navaruban, porte-parole de la section des droits de l’homme au sein du mouvement des TLLE.

Toutefois, pour les parents de disparus, les initiatives diplomatiques signifient bien peu de choses.

« Nous voulons des réponses, car le silence a trop duré » a déclaré Dalian Yogarajan.