Les réfugiés séropositifs hésitent à rentrer

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) tente de convaincre les réfugiés séropositifs burundais installés dans des camps en Tanzanie de rentrer chez eux, où ils auront un meilleur accès aux soins du VIH/SIDA.

Après 13 ans de guerre civile, des élections démocratiques ont été organisées au Burundi en 2005, aboutissant à la mise en place d’un nouveau gouvernement et à la naissance d’un espoir de retour pour les quelque 400 000 réfugiés burundais dans les pays de la région, dont 152 000 en Tanzanie, où ils bénéficient d’une assistance dans les camps du HCR.

«Nous encourageons vivement les réfugiés vivant avec le VIH à revenir, parce que nous avons organisé des programmes d’accès aux antirétroviraux [ARV] pour eux lorsqu’ils seront rentrés», a expliqué à IRIN/PlusNews le docteur Marie-Claude Bottineau, coordinatrice principale du HCR pour la santé, la nutrition et le VIH au Burundi.

«Nous avons mis en place des mécanismes classiques, tels que l’information, l’éducation et la communication, un appui nutritionnel et un soutien psychologique pour les aider au cours des trois premiers mois», a-t-elle expliqué.

La seule catégorie de réfugiés encouragés à rester dans les camps un peu plus longtemps, est celle des femmes enceintes séropositives.

«Les services de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant [PTME] ne sont pas encore très développés au Burundi», a dit le docteur Bottineau. «Nous demandons [aux femmes enceintes séropositives] de rester ici, d’accoucher dans les hôpitaux où les services de [PTME] sont accessibles, et de rester pendant une période de deux mois après la naissance de l’enfant.»

Des services VIH/SIDA à l'arrivée

L’ONG Action humanitaire Afrique (AHA), avec le soutien du HCR, fournit des ARV aux réfugiés à leur retour au Burundi, dans le cadre d’un arrangement avec le service sanitaire national qui s’assure qu’à leur arrivée, les réfugiés qui ont besoin de soins liés au VIH/SIDA y ont accès au centre hospitalier universitaire de Bujumbura, la capitale burundaise.

Pour les réfugiés qui ne sont pas infectés au VIH ou qui ignorent leur statut sérologique, AHA organise des séances d’information sur la santé avec une attention particulière accordée au sida, et fournit aussi des services de conseil avant et après le test de dépistage du VIH.

«La plupart des services que nous offrons, notamment les ARV, ne sont pas disponibles pour les réfugiés tant qu’ils sont en Tanzanie, donc nous les encourageons fortement à rentrer chez eux», a dit le docteur Bottineau.

Pourtant, certains réfugiés dans les camps ne sont toujours pas au courant des services VIH/SIDA qu’on leur offre dans leur pays d’origine, et sont réticents à risquer le voyage du retour tant que certaines de leurs plus grandes craintes restent sans réponse.

Quand le meilleur endroit n’est pas «chez soi»

Innocent Ndayishimiye, du Consortium des volontaires pour aider les sidéens (COVAS), une association de réfugiés vivant avec le VIH, a expliqué que la plupart des réfugiés n’avaient pas accès aux ARV mais qu’ils étaient traités pour les infections opportunistes, telles que le paludisme et les affections respiratoires, par des ONG comme l’organisation norvégienne Norwegian people’s aid.

En dépit de la perspective d’avoir des ARV en rentrant chez eux, M. Ndayishimiye a expliqué que la plupart des réfugiés étaient toujours réticents à l’idée de rentrer, pas tellement par peur d’une pénurie de traitement mais parce qu’ils n’étaient pas sûrs de la disponibilité des vivres chez eux.

«Ils ne sont pas certains d’être aidés pour obtenir une alimentation spéciale au Burundi», a expliqué ce jeune homme de 24 ans qui vit dans un camp de réfugiés dans la région de Kigoma, dans l’ouest de la Tanzanie. «Dans les camps, le PAM [Programme alimentaire mondial] leur fournit de la nourriture, mais ils n’ont plus de garantie s’ils rentrent.»

Il a ajouté que les réfugiés étaient également inquiets à l’idée que lorsque les trois mois de vivres fournis par le HCR seraient épuisés, ils n’auraient pas les moyens de s’approvisionner sur les marchés ou de cultiver un lopin de terre.

Les programmes spéciaux du PAM ne prennent plus en compte les personnes séropositives au Burundi, ce qui a ajouté à l’inquiétude des réfugiés.

Crise foncière et sécurité, deux thèmes de préoccupation

Le Burundi fait face à une sérieuse crise foncière, et de nombreux réfugiés qui rentrent chez eux se retrouvent sans logement, vivant à ciel ouvert sous des abris de bâches en plastique. Une situation qui va bien au-delà du manque de confort pour les personnes séropositives, particulièrement vulnérables aux infections opportunistes.

Les réfugiés sont également inquiets de la situation sécuritaire chez eux. Des rapports ont évoqué des arrestations arbitraires et des exécutions de personnes soupçonnées d’être alliées au dernier groupe de rebelles burundais, les Forces nationales de libération. Le gouvernement a lancé des enquêtes.

«Les gens ne sont toujours pas sûrs que la situation sécuritaire leur permet de rentrer, ils ne veulent pas rentrer et être obligés de vivre dans la peur», a dit M. Ndayishimiye.

En plus de ces craintes, les réfugiés en Tanzanie, dont beaucoup vivent là depuis les violences interethniques de 1972, ont formé des communautés qu’ils répugnent à abandonner.

Pour les réfugiés qui vivent avec le VIH, ces réseaux sont indispensables lorsqu’ils sont malades, et sans eux, beaucoup craignent de ne pas pouvoir s’en sortir.

«Dans les camps, ils vivent près les uns des autres et lorsque l’un d’entre eux est malade, il sait qu’un voisin lui apportera à manger et prendra soin de lui», a dit Innocent Ndayishimiye. «De retour chez eux, les distances entre les voisins seront plus grandes et ils ne peuvent pas avoir l’assurance que leurs nouveaux voisins les aideront autant.»

En dépit de leurs peurs, les réfugiés sont conscients qu’il faudra sûrement un jour ou l’autre penser à rentrer, et que le plus tôt serait le mieux. Le gouvernement tanzanien et le HCR prône activement le rapatriement.

«Il y a de nombreuses pressions des responsables du ministère tanzanien de l’Intérieur, ils viennent dans les camps et disent aux gens qu’ils doivent rentrer chez eux», a expliqué M. Ndayishimiye. «Personne ne veut rester un réfugié, mais de nombreux obstacles doivent être franchis avant que nous puissions rentrer volontairement.»

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