Bongo brigue un nouveau mandat de sept ans

Le doyen des chefs d’Etat africains, le président gabonais Omar Bongo Ondimba, a annoncé qu’il allait briguer un nouveau mandat de sept ans aux prochaines élections présidentielles qui se dérouleront en fin d’année.

A 69 ans, le chef d’Etat du Gabon, pays d’Afrique centrale et producteur de pétrole, est au pouvoir depuis 1967. M. Bongo a annoncé sa candidature samedi devant de jeunes partisans rassemblés à Libreville, la capitale du pays.

« Face à toutes ces demandes, face à tout ce que j’ai vu et entendu, je vous dis tout simplement: oui, j’accepte », a t-il déclaré, sous les applaudissement des milliers partisans.
La date des élections n’a pas encore été fixée, mais de sources gouvernementales, on indique qu’elles pourraient se ternir entre la fin du mois de novembre et le début du mois de décembre.

Avant l’annonce officielle de la candidature de M. Bongo, de nombreux observateurs se doutaient qu’il se présenterait aux prochaines élections. Il y a deux ans, l’assemblée nationale, toute acquise au président Bongo, avait aboli la référence à la limite de deux mandats présidentiels dans la Constitution, permettant ainsi à M. Bongo de se faire réélire autant de fois qu’il le désire.

Cet amendement de la Constitution a également permis de réduire le scrutin présidentiel à un seul tour. Auparavant elle prévoyait un second tour pour départager les candidats dans le cas où aucun d’entre eux n’obtenait la majorité absolue au premier tour.

Mais selon Chris Melville de Global Sight, une organisation multinationale basée à Londres, « un certain nombre de mesures plus draconiennes” ont été prises ces dernières semaines.
Le mois dernier, M. Bongo a ordonné au ministère de l’Intérieur d’interdire aux opposants de quitter le pays après qu’un membre de l’opposition ait critiqué le gouvernement du Gabon au cours d’un séjour en France.

Zacherie Myboto – ancien ministre et allié de M. Bongo qui a changé de camp et rejoint les rangs de l’opposition cette année -- a déclaré à la presse française que le fichier électoral des prochaines élections avait été truqué.
M. Myboto devrait prendre part aux prochaines joutes électorales et se présenter contre M. Bongo, le président sortant.

Selon les autorités gabonaises, aucun nouveau passeport ne sera délivré aux chefs de l’opposition et les passeports en leur possession seront confisqués s’ils tentaient de quitter le pays.

« A en juger par sa réaction, Bongo pense que de vagues menaces pèsent sur lui », a indiqué M. Melville dans une note de synthèse publiée lundi. « L’origine de cette angoisse n’est pas tout à fait claire ».

« Cependant, le chef de l’Etat a visiblement pris de l’âge ces deux dernières années et il se peut qu’il ait quelques ennuis de santé » a ajouté M. Melville. « Il s’est récemment rendu en visite privée chez son ami, le roi du Maroc, pays où il peut recevoir des soins médicaux en toute discrétion ».

M. Bongo est membre de l’ethnie minoritaire Batéké originaire d’une région située à proximité de la frontière congolaise. Il a commencé sa carrière politique en tant ministre des Affaires Etrangères, lorsque le Gabon a obtenu son indépendance de la France en 1960. Six ans plus tard, il occupait les fonctions de vice-président.

En 1967, Léon M’Ba, le premier président de l’ère post-coloniale, meurt dans l’exercice de ses fonctions. Cette disparition va propulser M. Bongo à la tête de l’Etat. Il créé le Parti démocratique gabonais en 1968 et dirige le pays en s’appuyant pendant 22 ans sur un régime de parti unique.

Mais à la suite de nombreux mouvements de grève et de manifestations, qui ont nécessité l’intervention des troupes françaises pour rétablir l’ordre dans le pays, M. Bongo a, à contrecoeur, autorisé la création d’autres partis politiques en 1990. Il a gagné les élections de 1993 et de 1998, malgré les accusions de fraude exprimées par l’opposition.

Aucun parti de l’opposition n’a encore désigné de candidat pour la prochaine élection présidentielle.

Le Parti gabonais du progrès (PGP), principal parti de l’opposition, ne sait pas encore prononcé sur le choix de son candidat, le chef de file du parti, Pierre Louis Agondjo Okawe étant décédé à la fin du mois d’août.

Et vendredi, le PGP et neuf autres partis de l’opposition ont annoncé qu’ils ne siègeraient pas à la Commission électorale nationale. Ils entendent ainsi protester contre la manière dont se déroulent les préparatifs du prochain scrutin.