Le désarmement repoussé au 27 juin, les rebelles restent sur leurs gardes

L’armée et les chefs rebelles ivoiriens se sont mis d’accord pour démarrer le processus de désarmement, plusieurs fois repoussé, le 27 juin, en prélude à la réconciliation nationale et aux élections présidentielles prévues pour octobre.

L’accord a été conclu samedi à l’issue de négociations à Yamoussoukro, la capitale officielle du pays, à la date initialement fixée le mois dernier à Pretoria pour débuter le processus de désarmement.

«Les opérations de désarmement et démobilisation démarreront le 27 juin et prendront fin le 10 août», indique le communiqué final lu par Alain Richard Donwahi, le président de la commission nationale de désarmement, démobilisation et de la réinsertion (CNDDR).

Le document a été signé par le colonel major Philippe Mangou, chef d’état-major des forces armées nationales de Côte d’Ivoire qui contrôlent le sud du pays, et par le colonel Soumaïla Bakayoko, chef d’état-major des forces armées des forces nouvelles, qui occupent le nord du pays depuis le début de la guerre civile en septembre 2002.

Mais le mouvement rebelle des Forces nouvelles, méfiant à l’égard du président Laurent Gbagbo, a déjà refusé à plusieurs reprises de remettre ses armes aux forces de maintien de la paix.

Amadou Koné, aide de camp du chef rebelle Guillaume Soro, a déclaré qu’il n’y aura pas de désarmement si Gbagbo respecte pas ses engagements.

«Les forces nouvelles sont prêtes [à désarmer] uniquement si les conditions sont remplies et en place», a-t-il déclaré à IRIN.

«Il faut que nous ayons un processus de paix durable et que tous les accords signés à Accra soient respectés… Si tout n’est pas fait dans les règles, alors évidemment, le DDR ne passera pas avec sérénité», a-t-il prévenu.

L’accord d’Accra, signé en juillet dernier, avait fixé le début du désarmement au 15 septembre 2004, mais les rebelles ne s’y sont pas conformés, arguant du fait que Gbagbo n’avait pas engagé les réformes politiques promises.

A l’issue de la rencontre de Yamoussoukro, Mangou a indiqué à la presse qu’il était «très content» de l’accord sur le désarmement des milices pro -gouvernementales et des rebelles.

«J’ai foi en l’avenir», a-t-il déclaré.

Seydou Diarra, le premier ministre du gouvernement de réconciliation nationale resté peu efficace jusque-là, s’est lui aussi déclaré optimiste.

«Nous disposons désormais d’un document qui est la preuve tangible de la reprise du processus pour la réunification du pays», a-t-il déclaré.

D’après le calendrier retenu, les chefs politiques et militaires ont moins de trois mois pour mener à bien le processus de désarmement et réunifier le pays divisé avant la tenue des élections présidentielles du 30 octobre.

Un cessez-le-feu ‘précaire’ est en vigueur depuis deux ans entre les deux factions gouvernementale et rebelle. Pour l’instant, il demeure difficile de savoir combien d’anciens combattants prendront part au désarmement et réclameront l’indemnité de réintégration de 500 000 francs CFA prévue dans les accords de paix.

Donwahi a indiqué que la liste complète des combattants qui seront désarmés sera disponible à compter du 5 juin.

Certains combattants rebelles, au nombre desquels des centaines d’anciennes recrues de la police et de l’armée ivoirienne seront réintégrés aux forces de sécurité gouvernementales.

Le CNDDR a retenu 36 sites de cantonnement à travers le pays, mais seule la moitié est prête à recevoir les démobilisés.

L’autre moitié n’a pu être achevée en raison du blocage des fonds prévus à cet effet, a indiqué Donwahi.

La Banque Mondiale est censée financer plus de la moitié des 78 milliards de francs CFA (150 millions de dollars) requis pour le désarmement, mais l’institution financière a annoncé qu’elle ne débloquerait ces fonds et d’autres financements destinés au pays que lorsque le gouvernement se sera acquitté de ses arriérés auprès d’elle.

En attendant, les divers acteurs de la crise ivoirienne accélèrent les préparatifs pour les élections d’octobre.

Le Président Gbagbo a déjà demandé à l’institut national des statistiques de mettre à jour les listes électorales et Alan Doss, le représentant adjoint du Secrétaire général pour la Côte d’Ivoire a indiqué la semaine dernière qu’une équipe des Nations unies arriverait bientôt à Abidjan pour aider à planifier les élections.

L'accord de Pretoria signé sous les auspices du président sud africain Thabo Mbeki stipulait que les Nations unies seraient invitées à prendre part au travail de la Commission électorale indépendante. Mais le rôle de l’ONU doit encore être défini.

Les quatre principaux partis d’opposition ont pour leur part prévu de se rencontrer mercredi à Paris pour discuter d’une candidature unique à présenter aux élections d’octobre en vue de contrer le président Gbagbo.

L’Alliance des Houphouetistes rassemble des hommes politiques proches d’Houphouet Boigny, président de Côte d’Ivoire de 1960, année de son indépendance, à 1993, année de sa mort en fonction.

L’un des chefs de l’Alliance est Henri Konan Bédié, actuel chef du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Houphouet Boigny. Bédié a succédé à Houphouet Boigny à la mort de ce dernier et a dirigé le pays jusqu’en 1999, année où il a été renversé par un coup d’état.

L’autre figure emblématique de l’Alliance est Alassane Ouattara, anciennement premier ministre sous Houphouet Boigny. Il dirige le Rassemblement des Républicains (RDR) lié aux rebelles du Nord.

«Ils unissent leurs forces pour récupérer le pouvoir par des moyens légaux et pacifiques», a déclaré à IRIN Alphonse Djédjé Mady, le Secrétaire-général du PDCI.

La réunion se tient à Paris parce que les deux chefs de file de l’opposition craignent pour leur sécurité s’ils se retrouvent en Côte d’Ivoire, ont expliqué à IRIN des diplomates.

Konan Bédié vit en Côte d’Ivoire, mais Ouattara a cherché refuge à l’ambassade d’Allemagne à Abidjan lorsque la guerre a éclaté et vit depuis en exil en France.