Les patients-experts, une aide précieuse pour le personnel de santé

Assise à une table en train de répertorier des prélèvements sanguins, dans une minuscule salle d’attente bondée du service VIH/SIDA de Phoholong, situé à quelque 40 kilomètres de Maseru, la capitale du Lesotho, la patiente Miriam Phoofolo pourrait être prise pour une infirmière.

Dans un pays où un adulte sur quatre est porteur du virus et où le personnel de santé fait cruellement défaut, il fallait trouver des solutions novatrices pour prodiguer des soins et des traitements aux patients séropositifs.

Le projet soutenu par l’Initiative de la Fondation Clinton contre le VIH/SIDA consiste à former des patients séropositifs comme Miriam Phoofolo pour venir en aide aux médecins, infirmières et pharmaciens submergés de travail.

Une fois formées, ces personnes peuvent, par exemple, remplir certaines tâches administratives, surveiller les signes vitaux (tension artérielle, pouls, fréquence respiratoire et température) des malades et expliquer à ces derniers comment suivre leur traitement antirétroviral (ARV).

L’Intiative des patients-experts a été lancée il y a un an, au moment où le gouvernement du Lesotho a décidé de décentraliser la distribution gratuite des médicaments ARV et de rendre les traitements disponibles dans les centres de santé locaux.

Ainsi, Miriam Phoofolo fait partie du groupe des dix patients-experts du pays qui aide les professionnels de la santé. Si le projet se révèle concluant et s’il bénéficie de financements supplémentaires, il pourrait s’étendre à l’ensemble des services VIH/SIDA du Lesotho et servir d’exemple aux autres pays de la région qui font face au même manque d’effectifs parmi les personnels de santé.

Selon le docteur Mphu Ramatlapeng, directeur de la Fondation Bill Clinton au Lesotho, le pays ne compte qu’une quarantaine de médecins - des étrangers, pour la plupart, qui ne parlent pas le sesotho, la langue locale – pour une population de 1,8 million d’habitants, dont 288 000 sont porteurs du virus.

Ce pays enclavé ne dispose d’aucune école de médecine et les personnes qui décident d’aller étudier en Afrique du Sud, ou dans un Etat voisin, reviennent rarement exercer au Lesotho. Enfin, les infirmières formées au Lesotho sont souvent attirées par les meilleurs salaires et conditions de travail proposés d’autres pays.

Phoholong en sesotho signifie « le lieu où l’on sauve les gens », mais la clinique ne compte qu’une infirmière, une assistante infirmière et un médecin qui n’est disponible que les après-midi pour consulter 995 patients séropositifs.
« Nous ne sommes pas assez nombreux », a déclaré l’infirmière Lucy Tseka.

Miriam Phoofolo vit avec le virus du sida depuis une dizaine d’années et est sous traitement ARV depuis deux ans. Elle a commencé à travailler à la clinique en décembre 2005, après avoir suivi, avec le personnel de santé, dix jours d’atelier sur la gestion du traitement ARV. Ainsi, son expérience en tant que personne séropositive et la formation l’ont rendue indispensable à Phoholong.

« Miriam nous aide à peser les patients, à prendre leur température, à ranger les dossiers, à conseiller les malades et sert d’interprète au médecin lorsque je ne suis pas là », a déclaré Lucy Tseka. « Elle est d’une aide précieuse, je ne pourrais pas m’en sortir sans elle ».

Miriam Phoofolo perçoit un petit salaire mensuel de 500 malotis (environ 65 dollars américains) de la Fondation Clinton. Après avoir vécu pendant plusieurs années au dépend de sa famille, car elle était trop faible pour aller travailler, Miriam est satisfaite de son salaire. Elle est également contente de pouvoir partager son expérience avec d’autres personnes.

« J’ai décidé de travailler ici car je veux encourager les personnes porteuses du virus et leur dire que la vie continue, que nous devons vivre positivement. Je leur raconte toujours mon parcours et la manière dont j’ai appris ma séropositivité il y a plusieurs années », a confié Mme Phoofolo.

Selon Denise Thomas, coordinatrice du projet, les patients comme Miriam Phoofolo s’intègrent « naturellement » au sein de l’équipe médicale et soulagent le personnel de santé débordé de travail.

« Les patients vont mieux [lorsqu’ils suivent un traitement ARV] et veulent partager leurs expériences », a-t-elle précisé. « Les patients-experts comme Miriam sont des stimulants pour les cliniques et sont des exemples de réussite ».

L’expérience est aussi souvent enrichissante pour ces patients. La plupart d’entre eux sont sans emploi et apprécient le salaire et la crédibilité que leur nouveau rôle leur apporte.

« Ils font du plaidoyer et sont très demandés », a ajouté Denise Thomas.

Mme Thomas a travaillé comme infirmière à Vancouver au Canada, son pays d’origine et s’occupait déjà de personnes séropositives. Elle est arrivée au Lesotho en novembre 2005, dans le cadre d’un programme de la Fondation Clinton qui consiste à envoyer des médecins et infirmières dans des pays en développement pour partager leur expérience avec le personnel de santé travaillant dans les nouveaux centres de distribution d’ARV.

Ainsi, elle a été aux côtés de Lucy Teska pendant les deux premiers mois où cette dernière a commencé à prescrire des ARV. A cette époque, la clinique ne distribuait des ARV qu’à six patients.

« La clinique venait juste d’ouvrir ses portes », s’est souvenu Mme Tseka. « Par conséquent, elle [Denise Thomas] m’a aidée à organiser la clinique et a répondu à mes questions. J’avais participé à un atelier avant l’ouverture de la clinique, mais je n’avais pas d’expérience pratique ».

A la fin du programme de formation, 67 patients recevaient un traitement à Phoholong et dix mois plus tard, ce chiffre est passé à 400.

En un an, 37 médecins et infirmiers, venus d’Europe, du Canada, des Etats-Unis et d’autres pays d’Afrique, ont participé à ce programme et ont travaillé bénévolement, parfois pendant trois mois, dans de nouveaux centres de distribution d’ARV.

Denise Thomas, qui coordonne ce programme et celui des patients-experts, a expliqué que l’objectif d’une telle initiative était de former suffisamment de ressources locales pour pouvoir recruter des formateurs au Lesotho.