Les casques bleus conscients des risques d'infection au VIH - Minul

Les forces de maintien de la paix connaissent les risques d'infection au VIH et des mesures sont prises pour freiner la propagation du virus dans leurs rangs et parmi les populations qu'elles servent, a affirmé la Minul, en réponse à des inquiétudes exprimées par la Présidente libérienne.

Lors du lancement la semaine dernière de l'initiative pour l'accélération de la prévention du VIH/SIDA en Afrique, la présidente Ellen Johnson Sirleaf s'était interrogée sur la contribution éventuelle des forces de maintien de la paix à la propagation du virus au Liberia, un pays ravagé par 14 ans de guerre civile.

«Nous avons des forces de maintien de la paix dans notre pays, et elles ont été là pendant les années de conflit. Elles viennent de zones où le taux d'infection [au VIH] est bien plus élevé [qu'au Liberia]», a dit Mme Sirleaf. «Notre comportement sexuel ... et notre interaction avec les membres de ces forces, tout a conduit à aggraver l'incidence du sida. Aujourd'hui nous en ressentons les effets.»

Paul Egunsola, porte-parole de la Mission des Nations unies au Liberia (Minul), a expliqué à PlusNews que les soldats étaient également parfaitement conscients des risques de propagation du virus.

«[L'épidémie] est un problème international et de notre côté nous avons fait beaucoup en termes de sensibilisation, non seulement des personnels civils et militaires [de la Minul] mais aussi des populations, sur les dangers du VIH/SIDA et les mesures qui peuvent être prises pour éviter la propagation du virus», a dit M. Egunsola.

Avant de partir sur le terrain, les soldats et les employés civils de la force onusienne reçoivent une formation et suivent des exercices obligatoires afin d'être mieux armés pour lutter contre l'épidémie, a-t-il ajouté.

Dans un rapport sur les forces de maintien de la paix et le sida publié en juillet 2005, le Programme commun des Nations unies sur le sida, Onusida, a reconnu que «les personnels en uniforme» figuraient parmi les groupes les plus à risque pour contracter et transmettre le VIH/SIDA.

Pour tenter de limiter ces risques, les Nations unies ont adopté ces dernières années des directives, incluses dans les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, qui découragent fortement les rapports sexuels entre les soldats membres des opérations de maintien de la paix et les populations locales.

Cependant, ces dispositions, qui interdisent également les relations sexuelles payantes entre ces mêmes groupes, ne sont pas toujours appliquées sur le terrain, a admis l’Onusida.

«En dépit de tout ce qui a été accompli depuis 2000, il est clair qu’il reste un long chemin à parcourir», a dit Peter Piot, le directeur exécutif d’Onusida, devant le Conseil de sécurité des Nations unies l’année dernière.

L’objectif des Nations unies «est que tous les soldats de maintien de la paix et les personnels en uniforme reçoivent les informations et les moyens [nécessaires] pour se protéger et protéger les autres du VIH. Cet objectif n’a pas été atteint», a-t-il reconnu.

Déployée quelques semaines après la signature de l'accord de paix au Liberia en août 2003, la Minul compte aujourd'hui 15 000 hommes originaires de 46 pays, dont plusieurs d’Afrique australe, une région qui affiche les taux de séroprévalence parmi les plus élevés de la planète.

Le Liberia avait aussi accueilli entre 1990 et 1998 environ 4 000 soldats de l'Ecomog, la force ouest-africaine de maintien de la paix.

En 2005, les autorités libériennes estimaient le taux d’infection au VIH à 8,2 pour cent de la population de ce petit pays de trois millions d'habitants. Les dernières estimations du Programme commun des Nations unies sur le sida, Onusida, effectuées au Liberia en 2003, ont évalué ce taux à 5,9 pour cent.

Mais de nombreux humanitaires et officiels libériens ont rappelé la semaine dernière que les enquêtes n'avaient pu être menées sur l'ensemble du territoire et qu'elle ne prenaient pas en compte les centaines de milliers de déplacés et de réfugiés.

En conséquence, le taux de séroprévalence pourrait être plus élevé, ont-ils estimé.

«Le VIH/SIDA constitue maintenant un sérieux problème au Liberia, et il s'est aggravé rapidement», a dit Mme Sirleaf devant un parterre composé en grande partie de jeunes. «Aujourd'hui nous parlons d'un taux d'infection moyen de 12 pour cent, et ces taux parmi les femmes et les enfants sont encore plus élevés».

La Présidente libérienne a rappelé qu’au cours des années de conflit qui ont déchiré le Liberia, provoquant la mort de centaines de milliers de personnes et en poussant plus d’un million d’autres à l’exil, le viol massif et les violences sexuelles avaient été utilisés comme armes de guerre par les différentes factions belligérantes, contribuant largement à propager le virus.

Selon des études menées par les Nations unies, 40 pour cent des femmes et des fillettes libériennes auraient subi ces violences pendant la guerre.

A cela s'ajoutent la pauvreté et le manque d'éducation, a regretté Mme Sirleaf, qui a proposé d'introduire des cours d'éducation sur le VIH/SIDA dans les programmes scolaires.

Quels que soient les causes de l'accélération de la propagation du virus au Liberia, elles doivent être combattues par les jeunes libériens eux-mêmes, qui constituent à la fois la catégorie de population la plus touchée par l'épidémie et l'avenir du pays, a conclu Mme Sirleaf.