Des centres de dépistage et de traitement ouvrent dans le nord

Le programme national de prise en charge des personnes vivant avec le VIH/SIDA vient d’ouvrir deux centres de dépistage volontaire (CDV) à Man et Bouaké dans la moitié nord du pays sous contrôle rebelle, les premiers à réouvrir depuis le début de la guerre civile en 2002.

“Les centres sont opérationnels, les équipements sont déjà sur place de même qu’une partie du personnel”, a dit à PlusNews le docteur Gnangui Adja, directeur de ce programme qui dépend du ministère ivoirien de la Santé. “Nous avons commencé à accueillir les premiers patients.”

Les centres de Man, dans l’ouest, et de Bouaké, dans le centre, ont pu voir le jour grâce aux financements du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme qui a fourni les équipements pour le laboratoire, les réactifs et les traitements antirétroviraux (ARV).

Ils sont installés dans les locaux des centres hospitaliers régionaux et seront chargés du dépistage et de la prise en charge médicale des personnes infectées au VIH, ainsi que de la prévention des infections sexuellement transmissibles (IST).

Le financement du Fonds mondial a également permis de former les personnels médicaux pour faire fonctionner ces centres, 24 médecins, techniciens de laboratoires et infirmiers pour le CDV de Bouaké et 17 à Man, a précisé Adja.

“La formation de personnel était nécessaire car l’un des principaux problèmes auxquels nous sommes confrontés dans la prise en charge des personnes vivant avec le VIH est celui des ressources humaines, surtout dans le nord”, a estimé Adja.

Depuis le début de la guerre civile en septembre 2002 qui a coupé le pays en deux, le nord aux mains de la rébellion et le sud sous contrôle des partisans du président Laurent Gbagbo, de nombreuses structures sanitaires du nord, privées de financements, ont été détruites ou abandonnées. La plupart des professionnels de la santé ont quitté ces régions pour aller travailler dans le sud du pays.

La quasi-totalité des établissements sanitaires dans le nord ivoirien sont aujourd’hui gérés par des organisations humanitaires qui travaillent essentiellement sur des programmes d’urgence. A l’exception de quelques organisations non-gouvernementales qui proposent des kits de dépistage, il n’est pas possible de connaître son statut sérologique ou d’être pris en charge dans ces régions.

Les personnes dépistées positives doivent se rendre à Abidjan pour se procurer des ARV. Le traitement ARV coûte 5 000 francs CFA, soit environ 10 dollars, par personne et par mois.

L’ouverture de centres capables d’effectuer du dépistage et de prescrire des traitements ARV dans la partie nord du pays était donc une priorité, a dit à PlusNews en décembre Mamadou Diallo, coordinateur du programme conjoint des Nations Unies sur le sida (Onusida) pour la Côte d’Ivoire.

Les CDV travailleront en collaboration avec les organisations sur place. A Bouaké, la branche française de Médecins sans frontières (MSF), qui gère l’hôpital, a prévu des lits supplémentaires pour accueillir les personnes dépistées positives au CDV et ayant besoin d’une hospitalisation ou de soins pour les maladies opportunistes.

“Une fois que ces personnes n’auront plus besoin d’être hospitalisées, nous les redirigerons vers le centre pour le suivi du traitement ARV”, a expliqué à PlusNews Laura Brav, chef de mission MSF-France en Côte d’Ivoire.

“Par ailleurs, nous adresserons au CDV les personnes qui viennent nous voir et présentent des signes nécessitant un dépistage du VIH”, a-t-elle ajouté.

En l’absence de statistiques récentes sur la propagation de l’épidémie dans la moitié nord de la Côte d’Ivoire, on ignore toujours combien de personnes pourraient avoir besoin des services des CDV de Bouaké et de Man, a dit Adja.

Selon lui, le nombre de bénéficiaires pourrait être élevé, les dernières estimations des organisations humanitaires qui travaillent dans cette partie du pays étant alarmistes.

Le taux de prévalence national est estimé à sept pour cent, d’après le rapport 2004 de l’Onusida. Mais plusieurs organisations, parmi lesquelles RetroCI, un projet financé par le département américain de la santé, estiment que ce taux pourrait dépasser 11 pour cent à l’intérieur du pays, en particulier dans le nord.

Le gouvernement ivoirien, via son ministère de la Lutte contre le sida, a lancé fin 2004 une enquête nationale de séroprévalence auprès de quelque 12 000 personnes sur l’ensemble du territoire. Les résultats de cette étude devraient être rendus publics en juin, selon Diallo de l’Onusida.

Avec le début programmé le 14 mai du processus de désarmement, issu de l’accord de Pretoria signé par les belligérants ivoiriens le 6 avril dernier, le directeur du programme de prise en charge des personnes vivant avec le VIH espère que l’ouverture d’un autre centre dans le nord interviendra très prochainement.

“Nous sommes en train de former des professionnels de la santé pour ouvrir un CDV à Korhogo”, dans l’extrême nord du pays, a dit Adja. “Nous espérons pouvoir accélérer l’extension des programmes de dépistage et de prise en charge des personnes vivant avec le VIH”.

Quelque 5 000 personnes reçoivent actuellement des ARV en Côte d’Ivoire. L’objectif des autorités est de fournir ces traitements à 63 000 personnes d’ici la fin de l’année, en écho à l’initiative “Trois fois cinq” coordonnée par l’Onusida, qui vise à mettre trois millions de personnes sous antirétroviraux dans le monde en 2005.