Les coutumes peuvent exposer les femmes au VIH/SIDA -- Min

Le gouvernement du Gabon s’est inquiété mercredi de la persistance de certaines pratiques coutumières telles que le lévirat et le sororat qui constitueraient pour les femmes une source d’exposition au VIH/SIDA.

“Nos pratiques coutumières exposent dangereusement la femme au VIH/SIDA”, a déclaré la ministre de la Famille, de la Protection de l’enfance et de la Promotion de la femme, Angélique Ngoma, à l’occasion de la journée internationale de la femme, dont le thème cette année au Gabon était “les pesanteurs culturelles comme résistance face au VIH/SIDA”.

S'appuyant sur des statistiques officielles, Ngoma a indiqué que sur cinq personnes infectées par le virus au niveau national, trois étaient des femmes. Le taux de prévalence au Gabon, un petit pays d’1,2 millions d’habitants, est estimé à huit pour cent de la population adulte.

Le sororat (remariage d'un veuf avec la soeur de son épouse) et le lévirat (remariage d’une veuve avec le frère de son mari) sont toujours pratiqués au Gabon et constituent, selon Ngoma, des “facteurs de vulnérabilité des femmes à l’infection au VIH”.

La ministre a regretté que la persistance de ces pratiques ait des “conséquences fâcheuses” sur les efforts déployés par le gouvernement et la société civile pour lutter contre la pandémie.

Tout en reconnaissant que les valeurs héritées du patrimoine culturel et traditionnel exerçaient encore “une pression sociale”, Paulette Missambo, la ministre de la Santé publique, et Angélique Ngoma ont invité les Gabonais “à faire preuve de discernement” et à “plus de responsabilité face aux agissements rétrogrades”.

“Les conditions de vie difficiles et la pauvreté ne doivent pas servir de prétexte aux comportements avilissants”, a ajouté Ngoma.

Selon Honorine Biteghé, magistrate et présidente de l'Observatoire des droits de la femme et de la parité (ODEFPA), la polygamie, légalisée dans le code civil, “pose problème”.

“Vous pouvez être la femme la plus fidèle du monde, si la co-épouse ou si le mari ne l’est pas, alors les dégâts peuvent arriver”, a estimé Biteghé.

“Si la femme continue à accepter tout ce que la famille de l'homme lui demande, c'est-à-dire les maternités à répétition, la polygamie ou le refus de l’homme de se protéger, comment se défendra-t-elle face au VIH?”, a ajouté Biteghé. “C’est venir lui servir le sida à domicile”.

“En cas de remariage, le nouveau mari est souvent bien plus jeune que la veuve, il apporte des pratiques sexuelles nouvelles”, a témoigné Jeannine Souckat, une veuve qui malgré les pressions familiales a refusé d'épouser le frère de son mari décédé. Le jeune homme vivait avec le couple depuis son enfance.

Outre les campagnes de sensibilisation menées notamment auprès des jeunes, plusieurs initiatives ont été proposées par les activistes gabonais pour donner aux femmes les moyens de se protéger contre le virus.

L’une d’entre elles consiste à réduire le prix de vente des préservatifs féminins, vendus entre 1 000 et 2 000 francs CFA (deux à quatre dollars) pièce dans les pharmacies de la capitale Libreville, soit deux fois plus cher que les préservatifs masculins, vendus entre 1,2 et deux dollars pièce.

Depuis septembre 2003, le Mouvement gabonais pour le bien-être familial (MGBEF), une structure qui offre des visites prénatales, des conseils en planification familiale et des bilans médicaux à prix réduit, propose des préservatifs féminins au prix de 100 francs CFA (0,2 dollar) et des préservatifs masculins au prix de 25 francs CFA (0,05 dollar).

Selon le MGBEF, la vente de préservatifs tous sexes confondus a triplé entre le second semestre 2003 et le premier semestre 2004, passant de 12 000 à 34 000, dont 10 000 préservatifs féminins.