Avec l'effondrement pétrolier, les excès de l'Angola appartiennent au passé

Obi Anyadike
Rédacteur pour l'Afrique

Il n'y a jamais de bon moment pour une sécheresse, mais le timing est particulièrement mal choisi pour l'Angola, déjà confronté à une contraction de ses recettes publiques suite à l'effondrement du cours du pétrole.

Dans la province méridionale de Cunene, 800 000 personnes - soit plus de 70 pour cent de la population - sont menacées de pénurie alimentaire comme conséquence des mauvaises récoltes de l'année dernière. La sécheresse touche également les provinces voisines de Cuando-Cubango et Huila, où les pauvres des zones rurales n'ont pas de quoi tenir jusqu'aux prochaines récoltes de juin.

« Nous pouvons affirmer que le niveau de malnutrition aiguë observé dans tout l'Angola justifie une intervention d'urgence à fort impact », a dit l'agence de développement World Vision dans un communiqué adressé à IRIN.

« De ce que nous savons, l'approvisionnement en médicaments essentiels serait interrompu. D'après nos constatations, les aliments thérapeutiques sont en rupture de stock, les services ambulatoires ont été réduits, et les admissions sont en hausse dans les centres de nutrition, qui ne sont pas équipés pour fournir le niveau de service requis », a averti l'agence.

L'Angola, dont l'économie est tributaire du pétrole, a réduit ses dépenses d'environ 50 pour cent l'année dernière suite à l'effondrement de ses revenus, minant ainsi sa capacité à faire face à la crise actuelle. En 2014, le prix du baril de pétrole avoisinait les 100 dollars ; il atteint aujourd'hui environ 32 dollars. Le kwanza - la devise locale - a été dévalué, et plus de 1,25 million d'Angolais sont confrontés à la perte de leurs récoltes et de leur bétail à travers tout le pays.

Bien que le gouvernement angolais ait procédé à la distribution de rations alimentaires d'urgence dans le sud du pays, l'effort est « insuffisant au regard de l'ampleur des besoins ». World Vision a donc sollicité des fonds auprès de l'Office humanitaire de l'Union européenne, ECHO, afin de « venir en aide aux communautés affectées, en particulier aux enfants vulnérables ».

On est bien loin de la folie dépensière du boom pétrolier, lorsque l'Angola - le deuxième exportateur de pétrole d'Afrique - tentait de compenser plus d'un quart de siècle de guerre civile en dépensant sans compter en projets d'infrastructures ou dans d'extravagantes entreprises visant à faire du pays un moteur économique et miliaire en Afrique australe.

Pour Ricardo Soares de Oliveira, éminent spécialiste de l'Angola, le pays est passé à côté d'une opportunité « hors normes ». Les fonds publics ont été « dilapidés dans des projets inutiles, ou accaparés par une minorité sans rien laisser à la majorité des Angolais ».

Dans un article qu'il a signé pour le bimestriel Foreign Affairs l'année dernière, M. De Oliveira a souligné : « Tandis que ces citoyens reviennent de leurs rêves de prospérité pétrolière en ces temps de crise, la grande question est de savoir où va mener leur mécontentement, surtout à présent que les ressources de l'État pour soudoyer les groupes de pression - toujours plus nombreux - sont en berne ». 

Le gouvernement a été prompt à museler la contestation, a ajouté M. De Oliveira.

Un mal pour un bien ?


Pourtant, Allan Cain, le directeur de l'ONG Developpement Workshop établie à Lunda, voit en cette période une chance.

« Autrefois, l'Angola avait assez d'argent pour se montrer inefficace. Il ne peut plus se le permettre aujourd'hui, et doit trouver le moyen de recouvrer les coûts liés à ces services », a-t-il dit à IRIN. « La population réclame des services de base. Les aspirations sont profondes, en particulier chez les jeunes diplômés des nouvelles universités dont on compte entre 21 et 25, contre deux seulement à la fin de la guerre. »

Les coupes budgétaires obligent à une réforme du système de subventions angolais (services d'approvisionnement en eau, en carburant, etc.), ce qui se traduit par une forte hausse du coût de la vie et par un retard dans le ramassage des ordures à Luanda, la capitale. Les fonctionnaires ne sont payés que par intermittence.

Mais M. Cain souligne que c'est essentiellement les classes moyennes qui profitent de ces aides. À Luanda, les rues embouteillées témoignent de l'accessibilité des prix du carburant dont se remplit le réservoir des voitures que les pauvres ne peuvent pas se permettre.

De la même manière, les habitants des bidonvilles ne sont pas raccordés au réseau de distribution d'eau. Ils sont contraints de se fournir auprès de camions-citernes privés, plus onéreux.

« L'effondrement du prix du pétrole incite le gouvernement à avancer sur un certain nombre de réformes, qui étaient déjà prévues mais tardaient à être mises en place », a dit M. Cain. « Il existe une incitation à fournir des services urbains à un prix juste et accessible à tous »

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