Une réconciliation est-elle possible au Congo ?

Il y a un an, l’armée congolaise et la MONUSCO, la force de maintien de la paix des Nations Unies en République démocratique du Congo (RDC), prévoyaient de lancer des opérations conjointes pour affronter les rebelles hutus rwandais. Tout était planifié jusque dans le moindre détail, mais une divergence d’opinion majeure a entraîné un arrêt des efforts déployés dans ce sens.

Qu’est-ce qui a fait capoter l’opération ?


Le gouvernement congolais était déjà très irrité par les critiques que lui avait adressées la MONUSCO en ce qui concerne son bilan en matière de droits de l’homme et de démocratie lorsque le chef de la mission de l’époque, l’Allemand Martin Kobler, a demandé que deux généraux congolais, Bruno Mandevu et Fall Sikabwe, soient remplacés avant le début des opérations en raison de violations présumées des droits de l’homme.

Kinshasa a refusé de remplacer les officiers supérieurs qui avaient été sélectionnés pour la mission et a dénoncé avec force ce qu’il considère comme une violation de la souveraineté congolaise.

Résultat : le siège des Nations Unies à New York a annoncé que la MONUSCO retirait son soutien à l’armée congolaise, qui a répondu, le 28 janvier, en attaquant seule les rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Selon plusieurs sources militaires et civiles, les FDLR – qui, selon certaines informations, compteraient environ 1 500 combattants, parmi lesquels certains ressortissants congolais – ont largement refusé de participer aux combats et ont réussi à éviter la majeure partie des offensives de l’armée.

Quelle menace posent aujourd’hui les rebelles ?


Alors que les experts des Nations Unies avaient souligné, en octobre, que la capacité des FDLR était intacte, Kinshasa a annoncé, le 12 janvier, que l’armée avait neutralisé « plus de 1 000 » rebelles en 2015 et que moins de 400 autres étaient toujours dans la nature.

Même si elle est en train de se retirer, la MONUSCO est devenue l’une des plus grandes missions au monde, avec environ 20 000 soldats de maintien de la paix, un budget de 1,35 milliard de dollars et des équipements sophistiqués comme des drones de surveillance. Depuis mars 2013, elle peut également compter sur la Brigade d’intervention (Force Intervention Brigade). Cette force de combat distincte est composée de 3 000 soldats sud-africains, tanzaniens et malawites. Elle a pour mandat unique de lutter contre les forces rebelles, mais elle opère sous les ordres et le contrôle de la MONUSCO.

Depuis la dispute, l’armée congolaise et la MONUSCO ont mené plusieurs opérations conjointes, notamment en juin, contre le Front de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI), et, en novembre contre les rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (Allied Democratic Forces, ADF) en réponse à une vague d’attaques sans précédent ayant fait au moins 24 morts, y compris huit civils, quatre soldats et un soldat de maintien de la paix.

Or, il n’y a toujours pas eu d’offensive officielle conjointe contre les FDLR, dont les leaders ont participé au génocide de 1994 au Rwanda avant de fuir dans l’est du pays. La communauté internationale, préoccupée quant à la stabilité générale de la région des Grands Lacs, infectée au cours des 20 dernières années par la présence toxique de ces rebelles, insiste sur l’importance d’une coopération renouvelée et d’une reprise du « dialogue stratégique » que la MONUSCO et Kinshasa avaient engagé en mars 2015.

Ce dialogue doit permettre de redéfinir les objectifs futurs de la mission des Nations Unies, déployée depuis 1999, au beau milieu de la Seconde Guerre du Congo (1998-2003). Il doit aussi établir les conditions de son retrait. On s’attend à ce que celui-ci soit progressif et tienne compte de la situation dans l’est, où des dizaines de groupes armés, tant locaux qu’étrangers, se font la guerre pour des questions ethniques ou foncières ou pour le contrôle de ressources naturelles de valeur comme les minerais et le bois.

Les groupes rebelles sont-ils très actifs ?


Les FDLR sont surtout actives dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Au fil du temps, elles ont perdu un certain nombre de combattants à la suite de la mise en place du programme de Désarmement, Démobilisation, Rapatriement, Réintégration et Réinstallation (DDRRR) de la MONUSCO. En 2002, celui-ci a permis de rapatrier plus de 12 500 anciens combattants des FDLR et autant de membres de leurs familles.

Les rebelles – qui nient les accusations de meurtre, de viol, de recrutement d’enfants soldats et de pillage des foyers de civils congolais portées contre eux – ont été affaiblis par plusieurs offensives militaires, notamment Umoja Wetu (« notre unité », en swahili), une offensive conjointe menée en 2009 par les armées congolaise et rwandaise. Des opérations conjointes entre l’armée congolaise et les Nations Unies ont suivi : Kimia (« paix », en swahili) et Amani Leo (« la paix maintenant », en swahili).

Selon l’armée congolaise, la création du Mouvement du 23-Mars (M23) au Nord-Kivu en mai 2012 a fait dérailler la lutte contre les FDLR. On raconte aussi que certains officiers de l’armée auraient agi de concert avec les FDLR pour faire le trafic de minerais. Selon les experts des Nations Unies, cette rébellion tutsie congolaise bénéficiait du soutien du Rwanda et de l’Ouganda, même si les deux pays le nient. En novembre 2013, après la défaite du M23 par l’armée et la MONUSCO, le gouvernement congolais a annoncé que les FDLR étaient la prochaine cible.

Mais il s’en est plutôt pris aux ADF. Depuis octobre 2014, le groupe rebelle prétendument affaibli a été accusé d’avoir tué quelque 500 hommes, femmes et enfants sur le territoire de Beni, dans le nord du Nord-Kivu, où ses fondateurs – des détracteurs du président ougandais Yoweri Museveni – se cachent depuis 1995.

À la fin 2013, les FDLR ont obtenu un sursis lorsqu’elles ont annoncé qu’elles déposaient les armes et s’engageaient en faveur de la paix. En échange, ils espéraient obtenir le soutien de la communauté internationale pour rentrer au Rwanda et engager un dialogue avec Kigali, qui refuse catégoriquement de leur offrir une amnistie. Le plan a finalement été un échec : 200 combattants à peine se sont rendus.

Comment se déroule le retrait de la MONUSCO ?


Les Nations Unies ont pris quelques mesures pour tenter d’encourager le gouvernement congolais à reprendre le dialogue. Maman Sidikou, du Niger, a remplacé M. Kobler, et un général sud-africain, Derrick Mgwebi, a pris la relève du Brésilien Carlos Alberto dos Santos Cruz en tant que commandant de la MONUSCO. Il semble que Kinshasa se réjouisse de la nomination de ces deux Africains et croie qu’il y aura moins de « malentendus » désormais.

Par ailleurs, dans son rapport sur la MONUSCO adressé au Conseil de sécurité, daté du 24 décembre, le Secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-moon a annoncé son intention de créer des unités de réponse rapide, d’améliorer la mobilité de la mission et de renforcer ses capacités de surveillance et de collecte de renseignements.

Dans ce contexte, a-t-il ajouté, une réduction du personnel de la MONUSCO ne devrait pas affaiblir la protection des civils, qui est au cœur du mandat de maintien de la paix des Nations Unies. Le plan prévoit le retrait de 1 700 soldats en plus des 2 000 dont le départ était déjà décidé en mars 2015. Le gouvernement congolais avait quant à lui demandé le retrait de 7 000 soldats, mais il a fini par révisé ses chiffres à la baisse.

Si le Conseil de sécurité décide – possiblement en mars, au moment où le mandat de la MONUSCO devra être renouvelé – de retirer les 1 700 soldats de maintien de la paix supplémentaires, cela sera peut-être un moyen de « s’en tenir au plan proposé par Kinshasa », a dit à IRIN un officier congolais de haut rang qui a demandé à garder l’anonymat. Ce dernier a bien accueilli ce qu’il a décrit comme « un premier pas encourageant » de la part des Nations Unies, mais il a ajouté que « certains responsables croient que le seuil de 7 000 doit être atteint d’ici la fin de l’année ».

Ce retrait intervient-il trop tôt ?


Quelle que soit l’ampleur du retrait, Juvénal Munubo, législateur et membre de la Commission Défense et Sécurité du Parlement congolais, croit qu’il faut être prudent. « La réduction du nombre de soldats de la MONUSCO ne devrait pas avoir pour seule justification le désir du gouvernement congolais d’afficher sa souveraineté », a-t-il dit. « Elle doit être le résultat de progrès réels dans la réforme du secteur de sécurité congolais, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. »

Un récent massacre est venu appuyer cette affirmation. Dans la nuit du 6 au 7 janvier, quelque 15 personnes de la minorité ethnique Nande ont été tuées par des hommes armés de couteaux dans la région de Miriki du territoire de Lubero, situé dans le nord-ouest de la province du Nord-Kivu. On ignore encore l’identité des auteurs du massacre, mais les meurtres ont été largement attribués aux FDLR en dépit de leurs dénégations.

Le massacre est survenu près de positions de la MONUSCO et de l’armée congolaise et des manifestations de colère ont éclaté contre les deux forces. Des balles ont été tirées, prétendument par l’armée congolaise, et un manifestant a été tué.

Peu après le massacre, un porte-parole de l’armée a annoncé que des renforts avaient été déployés à Miriki pour assurer la protection de la population et retracer les FDLR. Sa déclaration sous-entendait que l’armée et la MONUSCO préparaient une opération conjointe contre les rebelles rwandais. Un fonctionnaire du ministère de la Défense a confirmé cette information, mais les Nations Unies n’ont pas voulu parler de collaboration formelle avant qu’une annonce officielle concernant la reprise d’un tel partenariat soit faite par le président congolais Joseph Kabila.

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