Hausse des prix des denrées alimentaires dans la province afghane de Kunduz

Bilal Sarwary

Collaborateur d’IRIN

L’interruption des récoltes dans la province nordique de Kunduz – le grenier à blé du pays – a entraîné une hausse vertigineuse des prix des denrées alimentaires en Afghanistan. Les agriculteurs de la province ont en effet dû fuir et, à leur retour, ils ont retrouvé leurs champs piégés avec des explosifs.

La guerre entre les forces pro-gouvernementales et les talibans s’est intensifiée dans le nord. À la fin septembre, les insurgés se sont brièvement emparés de la ville de Kunduz. C’était la première fois que les talibans prenaient le contrôle d’une capitale provinciale depuis qu’ils ont été chassés du pouvoir en 2001. Des milliers de personnes ont fui la capitale et les districts avoisinants alors que l’armée afghane tentait de reprendre la région avec l’aide des forces américaines. De nombreux déplacés sont maintenant rentrés chez eux, mais ils ne peuvent toujours pas récolter leurs cultures.

« En se retirant, les talibans ont laissé des EEI [engins explosifs improvisés] un peu partout dans nos champs », a dit Haji Hashim Khan, un agriculteur de 57 ans du district de Chardara, à environ 10 kilomètres de la ville de Kunduz. « Les cultures sont prêtes à être récoltées, mais nous ne pouvons toucher à aucun fruit ou légume. »

En raison de son climat ensoleillé, de la fertilité de ses sols et des eaux abondantes du fleuve Amou-Daria, la province de Kunduz fournit le reste du pays en blé, riz, coton, amandes, pommes de terre, tomates et melons d’eau.

Selon Rabbani Haqiqatpal, directeur de la planification et des statistiques au ministère de l’Agriculture, de l’Irrigation et du Bétail, l’Afghanistan a produit 410 000 tonnes de riz et 4,9 millions de tonnes de blé l’an dernier. Kunduz a contribué à hauteur de 61 pour cent à la production de riz et de 12 pour cent à celle de blé.

« Kunduz est une province agricole clé », a-t-il dit à IRIN. « Les affrontements qui ont eu lieu ici au cours des neuf derniers mois ont affecté le commerce agricole dans tout le nord de l’Afghanistan et les effets se font maintenant sentir jusqu’à Kaboul. »

Hausse des prix

L’Afghanistan importe du riz et du blé depuis plusieurs années déjà. Selon M. Haqiqatpal, le pays devra en importer encore davantage en 2016, ce qui tirera les prix vers le haut.

Les prix ont déjà fortement augmenté sur les marchés de Kaboul, la capitale afghane. Le kilo de riz s’y vend maintenant à 120 afghanis (1,80 dollar), contre 80 afghanis à la même époque l’an dernier. Un kilo de blé coûte 30 afghanis par kilo, contre 20 afghanis en 2014.

À Chardara et dans les districts voisins d’Ali Abad et de Khan Abad, les marchés agricoles, généralement animés, sont déserts : les agriculteurs n’ont plus rien à vendre.

Les combats des deux derniers mois ont détruit les récoltes, mais, en réalité, les problèmes des agriculteurs de Kunduz ont commencé au début de l’année, lorsque les talibans ont entrepris de consolider leur influence territoriale. Fazel Khan, qui est propriétaire d’une terre de 50 acres située à proximité de la route reliant Chardara et Kunduz, a dit qu’il n’y avait pas mis les pieds depuis sept mois.

« Les talibans ont commencé à se regrouper en périphérie du district aux alentours du mois de mars, quelques jours à peine après que j’eus planté des tomates et des melons d’eau dans mon champ », a-t-il dit. « Ils m’ont emmené ailleurs – avec d’autres agriculteurs – parce qu’ils craignaient que nous signalions leurs activités aux autorités. »

L’homme de 60 ans raconte qu’il a ensuite commencé à travailler comme ouvrier agricole dans une ferme appartenant à quelqu’un d’autre, mais que cela n’a pas duré. « Les talibans sont vite arrivés », a dit M. Khan. « Il y avait des escarmouches quotidiennes entre eux et les forces de sécurité et nous étions pris entre les deux. »

Des agriculteurs ont dit à IRIN que les combats avaient détruit de nombreux champs. Les insurgés les ont en effet utilisés pour déplacer leurs positions et les tirs d’artillerie des forces afghanes ont brûlé les récoltes. Outre les pénuries de nourriture, les affrontements ont entraîné une augmentation du taux de chômage dans le secteur agricole.

« Les agriculteurs, les ouvriers agricoles, les chauffeurs de camions — ils sont tous désoeuvrés en ce moment », a dit Khan Mohammad, un cultivateur de riz du district de Khan Abad. « L’agriculture est le pilier de l’économie de Kunduz. Les habitants travaillent dans les champs ou sont impliqués dans le traitement ou le transport des produits agricoles. Ils n’ont plus rien à faire maintenant. »

Insécurité alimentaire

M. Mohammad a dit qu’il avait vendu une tonne de riz pour 1 400 dollars en octobre dernier et que cela lui avait permis de subvenir aux besoins des 10 membres de sa famille pendant six mois. Il ignore cependant comment ils réussiront à survivre cette année.

De nombreuses autres familles sont confrontées à des difficultés semblables.

« La malnutrition chronique est dangereusement élevée en Afghanistan », a indiqué le Programme alimentaire mondial (PAM) dans un rapport publié le 30 septembre. Le document du PAM signale par ailleurs que 41 pour cent des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition.

Pour faire face à une pénurie de financement de 30 millions de dollars, le PAM a réduit les rations de vivres qu’il distribue aux personnes affectées par les conflits et les catastrophes naturelles. L’organisation a dit à IRIN qu’il était trop tôt pour savoir de quelle façon les pénuries actuelles de nourriture et les hausses des prix affecteraient ses programmes.

Le nombre d’Afghans considérés comme souffrant d’une insécurité alimentaire grave est passé de 317 000 à près de 6 pour cent de la population au cours de la dernière année. Par ailleurs, selon un rapport trimestriel publié en septembre par le Cluster de sécurité alimentaire pour l’Afghanistan, qui est composé d’organisations humanitaires et d’agences gouvernementales, un Afghan sur quatre souffre d’insécurité alimentaire modérée.

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