La sélection d’IRIN : croquis syriens, trafics douteux et générosité pure

Voici la liste des lectures recommandées par IRIN. Chaque semaine, notre réseau mondial de correspondants spécialisés partage sa sélection d’articles de recherche, de podcasts, de rapports, de billets de blogues et d’articles de fond à ne pas manquer pour rester au fait de l’actualité mondiale en matière de crises. Nous signalons également les conférences importantes à venir, les publications de livres et les débats sur les politiques.

À lire : notre Top 4

A Perilous Journey [Un périlleux voyage]

Une magnifique série publiée la semaine dernière par The Guardian et Norwegian People’s Aid relate de manière vivante les expériences réelles de trois réfugiés syriens par le biais de récits en images et de vidéos. Khalid, un photographe amateur, a été incarcéré et torturé avant de réussir à atteindre la Norvège. Hasko, un artiste internationalement reconnu, a survécu à un long voyage en mer avant d’atteindre l’Europe et de s’installer en Norvège. Les dessins en noir et blanc, d’une simplicité trompeuse, racontent des histoires complexes de corruption, de séparation, d’oppression et de solitude et expriment le chagrin que ressentent tous les réfugiés en abandonnant leur pays natal. La dernière image de chacune des histoires – une photo – nous rappelle avec force que l’on parle de vraies personnes et de vraies vies.

Black and White [Noir et blanc]

Ce n’est un secret pour personne que l’armée kényane fait des affaires en Somalie depuis qu’elle y a été déployée pour affronter les insurgés d’Al-Shabab en 2011. Or, à l’exception de quelques rares mentions dans les rapports des Nations Unies, on dispose de très peu de détails concernant les trafics de sucre et de charbon dans lesquels elle est impliquée ainsi que les abus qu’elle a commis contre des civils. Ce rapport du collectif Journalists for Justice, basé à Nairobi, plonge au coeur du « trafic criminel » des Forces de défense kényanes (KDF, selon le sigle anglais) en Somalie, où elles pratiquent la contrebande de ces deux marchandises en partenariat avec l’organisation terroriste qu’elle tente supposément d’éradiquer. Quelque 150 000 tonnes de sucre sont acheminées illégalement chaque année au Kenya par le port somalien de Kismaayo, qui est contrôlé par les KDF. Le rapport inclut également des témoignages faisant état de nombreuses frappes aériennes kényanes ayant touché des civils, des points d’eau et du bétail, ainsi que des informations sur des viols et d’autres abus. « Ce qui est ironique, c’est qu’il pourrait se révéler plus difficile pour le gouvernement kényan de lutter contre la corruption au sein de ses propres rangs que de défaire Al-Shabab sur le champ de bataille », conclut le rapport.

Libya’s migrant-smuggling highway: Lessons for Europe [Trafic de migrants en Libye : des leçons pour l’Europe]

Mattia Toaldo, analyste au Conseil européen sur les relations extérieures, exhorte les politiques européens aux prises avec les migrations de masse à tirer des leçons de l’expérience de la Libye, un pays qui, depuis un certain temps déjà, est à la fois une destination et un pays de transit pour un grand nombre de migrants. Selon lui, le développement du trafic de migrants en Libye montre qu’il est nécessaire de mettre en place davantage de voies légales de migration vers l’Europe. Il signale aussi que les accords de réadmission risquent de créer des incitations perverses encourageant les autorités des pays d’origine à maintenir un nombre élevé de tentatives de migration afin de continuer de recevoir de l’argent. M. Toaldo croit également que l’Europe devrait changer son approche de la migration par la Libye en développant un nouveau modèle économique pour les communautés frontalières dont les membres gagnent leur vie en offrant leurs services de passeurs ; en assurant un suivi de la façon dont les migrants sont traités dans le pays ; et en apportant son soutien aux autorités libyennes pour cibler les passeurs qui font traverser le Sahara aux migrants.

Quel pays est le plus généreux ?

Le World Giving Index (WGI) vient tout juste de publier sa liste annuelle des pays les plus généreux au monde. Le Myanmar se classe au premier rang pour la troisième année consécutive. Le WGI utilise les données Gallup compilant les résultats de sondages réalisés dans 145 pays concernant le bénévolat, l’aide accordée à un étranger et les dons en argent. Ces données sont ensuite combinées pour fournir un classement mondial. Au Myanmar, 92 pour cent des habitants ont donné de l’argent, dont plusieurs sur une base quotidienne. Les États-Unis se classent au deuxième rang, grâce au pourcentage élevé d’Américains (76 pour cent) qui viennent en aide à des étrangers. Seuls le Liberia et l’Irak devancent les États-Unis sur ce point avec des scores s’élevant respectivement à 78 et 79 pour cent. La Nouvelle-Zélande, la Malaisie, le Sri Lanka, l’Irlande, le Canada, le Royaume-Uni, l’Australie et les Pays-Bas se classent aussi dans les 10 pays les plus généreux. Charities Aid Foundation, l’organisation qui publie le rapport, fait remarquer que la prospérité n’a pas toujours à voir avec la générosité : seuls cinq pays du G20 se trouvent dans les 20 premiers du classement.

À venir :

AidEx 2015

L'édition 2015 d'AidEx, le rassemblement annuel des professionnels de l'aide humanitaire et du développement, aura lieu les 18 et 19 novembre à Bruxelles. L'événement comprend une exposition, une cérémonie de remise de prix et des ateliers. Des salles de réunion seront par ailleurs mises à la disposition des acteurs du secteur pour leur permettre d'échanger de manière informelle et de partager des idées à tous les niveaux.

Trois journalistes d'IRIN sont en lice pour les prix de cette année dans les catégories Reportage et Photojournalisme. Vous pouvez voir la liste des candidat(e)s sélectionné(e)s et voter pour celui ou celle de votre choix en cliquant ici. La directrice de la rédaction d'IRIN Heba Aly animera un panel sur la collaboration entre les secteurs public et privé et participera à un second panel sur l'innovation et la technologie.

Financement humanitaire

Le Groupe de haut niveau sur le financement humanitaire du Secrétaire général des Nations Unies doit publier cette semaine un rapport très attendu visant à suggérer des mesures permettant de soulager en partie la pression financière qui pèse sur un système humanitaire qui manque d’argent en permanence. Le rapport proposera ainsi des moyens pour améliorer l’efficacité des ressources existantes, pour rendre le financement plus opportun et prévisible et – la question à plusieurs millions de dollars, littéralement – pour identifier de nouvelles sources de financement humanitaire. Il semble que certaines recommandations du groupe seront mieux acceptées que d’autres : les rumeurs entendues au sujet des propositions – notamment la mise en place d’audits réguliers pour vérifier l’efficacité des agences et la création d’un plus grand nombre de fonds communs pour réduire la concurrence dommageable entre les organisations – provoquent déjà des froncements de sourcils.

 Une publication d’IRIN :

Le grand détour : les Syriens dans le Sahel

À mesure que les options s’amenuisent, un nombre restreint mais croissant de Syriens tente un nouvel itinéraire tortueux pour atteindre l’Europe : ils prennent un avion pour la Mauritanie, à près de 5 000 kilomètres de la Syrie, en Afrique de l’Ouest, puis voyagent avec des passeurs sur les anciennes routes du sel qui traversent le Sahara depuis le Mali. Ce reportage a été réalisé par Katarina Höije, qui s’est rendue à Gao, une ville du nord du Mali pouvant être décrite comme une zone de non-droit et un repaire de contrebandiers, pour rapporter à IRIN une histoire fascinante démontrant jusqu’où certains réfugiés sont prêts à aller pour atteindre la terre promise européenne.

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