La sélection d’IRIN : risque de guerre au Burundi, SSPT et conflit lié au trafic de jade au Myanmar

Voici la liste des lectures recommandées par IRIN. Chaque semaine, notre réseau mondial de correspondants spécialisés partage sa sélection d’articles de recherche, de podcasts, de rapports, de billets de blogues et d’articles de fond à ne pas manquer pour rester au fait de l’actualité mondiale en matière de crises. Nous signalons également les conférences importantes à venir, les publications de livres et les débats sur les politiques.

À lire : notre Top 4

Burundi : alerte de crise

Dans un rapport extrêmement inquiétant, l’International Crisis Group (ICG) affirme qu’« une intervention diplomatique ferme et décisive est nécessaire » au Burundi si l’on souhaite éviter une guerre civile et les « inévitables » massacres qui risquent de l’accompagner. Selon le rapport, le désir du président Pierre Nkurunziza d’utiliser la force pour mettre à fin à la contestation est clair et le langage utilisé dans certains quartiers « donne froid dans le dos », car il rappelle celui utilisé au Rwanda avant le génocide de 1994. L’ICG considère que les gouvernements rwandais et tanzanien ont des rôles diplomatiques particulièrement importants à jouer. Il exhorte en outre la Communauté de l’Afrique de l’Est à organiser dès que possible une réunion entre le gouvernement burundais et des représentants de l’opposition. L’organisation appelle sinon l’Union africaine (UA) à intervenir urgemment et à jouer le rôle de médiateur avec le soutien des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Union européenne.

Compte-rendu de MSF au sujet du bombardement de l’hôpital de Kunduz

L’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) publie un rapport interne préliminaire sur le bombardement de son hôpital à Kunduz, en Afghanistan, le 3 octobre dernier. C’est une lecture difficile : le rapport décrit la mort d’un patient en fauteuil roulant tué par des éclats d’obus sous les yeux de membres du personnel ainsi que les opérations improvisées pratiquées par les médecins pour sauver les vies de leurs collègues victimes d’amputations traumatiques pendant que les bombes continuaient de tomber. Mais c’est aussi une déclaration politique. MSF répète que son hôpital n’était pas une base pour les talibans, démontre (avec des images satellites à l’appui) que le bâtiment principal de l’hôpital – dont les coordonnées GPS exactes avaient été fournies aux parties belligérantes – a été la cible de « frappes multiples, précises et soutenues » et publie le registre des appels et des messages textes montrant les efforts déployés pour alerter l’OCHA, le CICR, le ministère de l’Intérieur afghan et l’armée américaine au sujet du bombardement. Le rapport accroît la pression sur les gouvernements afghan et américain, qui doivent encore autoriser la tenue d’une enquête indépendante. N.B. MSF mérite une mention spéciale pour la publication du document en pachtou (voir le site web).

Consultation globale en vue du SHM : résumé des co-présidents

Il s’agit d’un premier résumé des conclusions de la consultation finale en vue du Sommet humanitaire mondial (SHM), qui a eu lieu à Genève en octobre. Cette consultation était généralement considérée comme l’événement lors duquel les recommandations qui seront proposées à Istanbul en mai seraient précisées. Le document contient beaucoup de jargon (18 pour cent selon le détecteur des mots à la mode d’IRIN), mais offre malgré tout un certain contenu : il évoque notamment des pistes pour la mise en place de « mécanismes nationaux et internationaux » permettant de poursuivre les auteurs de violations du droit international humanitaire (DIH) ; des idées pour la fourniture d’un soutien systématique aux communautés qui accueillent des réfugiés et pour l’accès des réfugiés aux moyens de subsistance et à l’éducation ; le développement de programmes nationaux de volontaires visant à favoriser le leadership local ; et la création d’un fonds commun pour et par les ONG du Sud, une idée qui a fait l’objet de nombreuses discussions.

Ceux qui s’attendaient à obtenir un peu plus de détails doivent surveiller la publication prochaine du rapport final du secrétariat du SHM. Il semble qu’il contiendra toutes les conclusions des séances de consultation en sous-groupes lors desquelles des propositions concrètes ont été abordées et précisées.

Fear itself [La peur elle-même]

Le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) est une condition psychiatrique qui touche autant les personnes affectées par les catastrophes que celles qui cherchent à leur venir en aide. Des réfugiés syriens aux vétérans américains en passant par les victimes de viol au Congo, le SSPT est de plus en plus souvent reconnu comme un problème courant et sérieux, mais aussi traitable. Cet article de fond publié par The Economist aborde en détail les résultats des plus récents travaux sur le traitement et la prévention, mais explique également de quelle façon les expériences menées sur les souris – les mécanismes de réaction à la peur et aux chocs sont semblables chez les humains et les animaux – ont permis de jeter un nouvel éclairage sur le problème, et notamment sur le fait que toute personne vivant et travaillant dans un environnement de conflit est à risque. « Tout le monde a ses limites », a dit Matthew Friedman, directeur du Centre national américain pour le SSPT.

À regarder :

On board a refugee smuggler's boat [À bord d’un bateau de passeur]


Le journaliste français de France 24 Franck Genauzeau a réussi à convaincre des passeurs de le laisser faire la traversée Turquie/Lesbos. Voici son reportage : notre cœur s’arrête de battre lorsque le moteur du bateau tombe en panne.

À venir :

Des intervenants volontaires se donnent rendez-vous en Grèce
Un groupe d’activistes volontaires organise « une assemblée transnationale d’activistes et d’ONG du domaine de la migration et de l’asile » à Thessaloniki les 21 et 22 novembre. L’événement, qui offrira aux participants l’occasion d’échanger au sujet de leurs expériences, mettra l’accent sur le renforcement des réseaux ad hoc et de la solidarité entre réfugiés, migrants, non-migrants, individus et organisations en Europe et à l’extérieur. Les participants se pencheront également sur des questions pratiques, notamment les outils et les opérations, et planifieront les futures campagnes. Les individus ou les organisations qui souhaitent assister à cette assemblée peuvent envoyer un courriel à l’adresse suivante : [email protected]

Une publication d’IRIN :

The drug war in Myanmar's mountains [La guerre de la drogue dans les montagnes du Myanmar]

Dans ce quatrième article de notre série sur les conflits oubliés ou négligés, notre rédacteur pour l’Asie Jared Ferrie explore les lucratifs trafics des drogues et du jade qui alimentent les troubles au Myanmar. La libération de l’icône de la démocratie Aung San Suu Kyi, en 2010, l’établissement subséquent d’un gouvernement quasi civil et les vastes réformes politiques et économiques qui l’ont accompagné n’ont pas changé grand-chose pour les minorités ethniques qui vivent aux confins du territoire birman et continuent de se battre contre des milices soutenues par de puissants hommes politiques. Les élections législatives de dimanche et le récent accord de cessez-le-feu permettront-ils de jeter les bases de la paix ?

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