La sélection d’IRIN : les riches, les affamés et les fantômes de Kunduz

Voici la liste des lectures recommandées par IRIN. Chaque semaine, notre réseau mondial de correspondants spécialisés partage sa sélection d’articles de recherche, de podcasts, de rapports, de billets de blogues et d’articles de fond à ne pas manquer pour rester au fait de l’actualité mondiale en matière de crises. Nous signalons également les conférences importantes à venir, les publications de livres et les débats sur les politiques.

À lire : notre Top 5

Du sang sur toutes les mains

« Ils nous ont entraînés de force à l’extérieur de nos maisons et ils ont commencé à les incendier... Ils ont démoli les maisons les unes après les autres jusqu’à ce que le village entier soit détruit. » Amnesty International s’appuie sur les récits de témoins oculaires et sur l’imagerie satellite pour étayer ses allégations selon lesquelles les Unités de protection du peuple (YPG, selon le sigle kurde), les forces kurdes qui contrôlent le Kurdistan syrien, auraient rasé des villages entiers du nord de la Syrie après en avoir chassé les combattants du groupe État islamique (EI). Les YPG ont nié les allégations et soutenu que les expulsions étaient nécessaires pour protéger les civils des combats qui se déroulent dans la région. Selon Amnesty, ces abus, commis par un important allié de l’Occident dans la lutte contre l’EI, pourraient constituer des crimes de guerre.

Tout ou rien

Selon une recherche menée par le Crédit suisse, un pour cent de la population mondiale se partage désormais la moitié de la richesse mondiale ; il vous faut seulement 3 210 dollars pour être mieux loti que la moitié de la planète ; et plus de 70 pour cent des adultes possèdent moins de 10 000 dollars. Ces conclusions interviennent à la suite de la publication d’un rapport semblable, plus tôt cette année, par Oxfam, l’organisme de lutte contre la pauvreté. Oxfam signale que la richesse cumulée d’une petite élite fortunée dépassera celle détenue par les 99 pour cent restants d’ici l’an prochain. L’étude du Crédit suisse montre que les classes moyennes des pays asiatiques – et surtout de la Chine – connaissent la plus grande expansion, mais aussi que, dans d’autres pays en développement, les plus pauvres et les plus vulnérables sont dans l’impasse.

L’autre crise migratoire

Les histoires de migrants et de réfugiés qui entreprennent le voyage vers l’Europe depuis l’Afrique et le Moyen-Orient ont fait les gros titres des journaux cette année. Or, de l’autre côté de l’Atlantique, les migrants d’Amérique centrale qui tentent d’entrer aux États-Unis sont eux aussi confrontés à une crise. La répression menée par le président Barack Obama a donné lieu à la déportation de nombre d’entre eux vers des pays comme le Honduras, le Salvador et le Guatemala, qui affichent des taux d’homicides parmi les plus élevés au monde. L’enquête du Guardian cite une étude à paraître qui signale que plus de 80 déportés ont été assassinés à leur retour depuis janvier 2014. « Ces chiffres nous indiquent que les États-Unis renvoient dans leur pays des gens qui y risquent la mort, ce qui contrevient aux lois nationales et internationales », a dit Elizabeth Kennedy, auteure de l’étude et sociologue à l’Université d’État de San Diego.

Les fantômes de Kunduz

Des chemises d’hôpital brûlées, des restes humains et des corridors noircis : le photojournaliste Andrew Quilty nous propose de puissantes images de ce qu’il reste du centre de traumatologie de Médecins Sans Frontières à Kunduz après son bombardement par un avion de guerre américain, plus tôt ce mois-ci. M. Quilty construit son reportage pour Foreign Policy à partir d’une série d’images choquantes de la dévastation qui règne à l’intérieur du centre, d’un récit de ce qui s’est passé cette nuit-là et de ce dont il a été témoin pendant sa visite. « On aperçoit, sous les restes de l’une des victimes – impossibles à identifier comme des restes humains si ce n’était d’un pied arraché – les carrés blancs et bleu pâle d’une chemise d’hôpital, presque intacte. » Le bilan des victimes confirmées de la frappe aérienne américaine s’élève jusqu’à présent à 22 personnes, incluant trois enfants et 12 employés de MSF. Pourquoi ?

Guerre et faim sont-elles synonymes ?

« Les conflits comme ceux qui sévissent en Syrie, en Irak ou au Soudan du Sud sont les principaux facteurs de la faim », selon Bärbel Dieckmann, présidente de Welthungerhilfe. L’Indice de la faim dans le monde de l’ONG allemande (un rapport conjoint réalisé en collaboration avec l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires et l’ONG irlandaise Concern Worldwide) examine de quelle façon les conflits armés perturbent les systèmes alimentaires, causent des déplacements massifs et, finalement, détruisent les moyens de subsistance. Les pays qui enregistrent les niveaux de sécurité alimentaire les plus faibles ont presque tous émergé récemment de la guerre. On peut notamment songer au Tchad, à la République centrafricaine et au Burundi.

Si l’on en croit les auteurs du rapport, il y a malgré tout une lueur d’espoir. Le Rwanda et l’Angola ont constaté les améliorations les plus marquées en dépit des conflits violents qui ont sévi dans ces pays au cours des deux dernières décennies. Par ailleurs, l’éradication quasi complète des famines calamiteuses au cours des 50 dernières années est l’une des « réussites méconnues » du monde.

À regarder :

Afghanistan’s own battle [L’Afghanistan mène son propre combat]

Après le départ des troupes de l’OTAN de l’Afghanistan, l’émission Witness d’Al Jazeera retourne sur le terrain pour suivre les vies des soldats d’une unité de l’Armée nationale afghane stationnée dans la province de Helmand, où les combats avec les talibans sont fréquents. En voyant le monde à travers les yeux des hommes de la Heavy Weapons Company 3/3/215 Corps, nous découvrons ce que les soldats afghans pensent de l’intervention étrangère. Nous apprenons aussi qu’ils souhaitent eux-mêmes la paix et qu’ils continuent d’espérer un avenir paisible malgré près de 14 années de guerre. « Je suis prêt à donner ma vie pour le peuple afghan », dit un soldat. « Mais je ne verserais même pas une seule goutte de sang pour les politiciens. »

À paraître :

Humanitarian Economics: War, Disaster and the Global Aid Market, par Gilles Carbonnier (Hurst Publishers, 25 £)

Le milieu des affaires et le milieu humanitaire font-ils bon ménage ? Comment se fait-il que l’industrie mondiale de l’aide humanitaire représente aujourd’hui plusieurs milliards de dollars ? Dans son ouvrage, Gilles Carbonnier, professeur d’économie du développement à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), à Genève, combine expertise de terrain, analyse de données et plus encore pour explorer les aspects politiques et économiques derrière le système humanitaire. Comment, par exemple, les politiques à l’origine des conflits et du terrorisme influencent-elles les négociations des travailleurs humanitaires avec les groupes armés ? Comme l’a écrit un critique, M. Carbonnier expose « le côté sombre de la compassion ». L’ouvrage a reçu des critiques positives pour sa perspicacité et l’accessibilité de son écriture, et ce, tant de la part de professeurs que de praticiens de l’aide, y compris du président du Comité international de la Croix-Rouge Peter Maurer.

À venir :

Humanitarian News: Changes, Challenges and Prospect [Nouvelles humanitaires : changements, défis et perspectives]

« De la crise européenne des réfugiés aux répercussions du tremblement de terre au Népal, les nouvelles humanitaires dominent l’actualité. » Comment peut-on mieux rendre compte de ces crises ? Le mercredi 21 octobre 2015, un débat organisé par City University réunira des universitaires, des travailleurs humanitaires et des journalistes pour discuter de la nature et du rôle changeants du journalisme de crise. L’ouvrage intitulé Humanitarianism Communications and Change, de l’étudiante au doctorat Glenda Cooper et du professeur Simon Cottle, sera également lancé à cette occasion. Le document explore en partie l’impact potentiel des nouveaux progrès en matière de communication, comme les médias sociaux et la cartographie des crises, sur la fourniture de l’aide humanitaire. Les autres participants à l’événement sont : le PDG d’IRIN Ben Parker ; la professeure Suzanne Franks ; le professeur Richard Sambrook ; Leigh Daynes, directeur exécutif de la branche britannique de l’ONG Médecins du monde ; Brendan Paddy, chef des communications du Disasters Emergency Committee (DEC) ; Randolph Kent, ancien directeur du Humanitarian Futures Programme ; Kyla Reid, responsable de la réponse aux catastrophes pour le programme Mobile for Development de GSMA ; et le Dr Mel Bunce, de City University.

Une publication d’IRIN :

De l’importance des mots

Vous est-il déjà arrivé de feuilleter un document technique ou d’assister à une conférence humanitaire et d’avoir l’impression de déchiffrer un code secret ? « Acteur », « redevabilité », « partenariats », « préparation aux catastrophes », ce ne sont là que quelques termes du jargon humanitaire. Pour souligner la consultation globale en vue du Sommet humanitaire mondial, un événement qui a eu lieu la semaine dernière et lors duquel des bailleurs de fonds, des diplomates et des ONG ont examiné 400 propositions concernant l’avenir de l’aide, nous vous proposons notre Top 100 des termes humanitaires à la mode. Sachez déceler les clichés et éliminez le verbiage inutile de vos documents en utilisant notre détecteur de mots à la mode. Vous pouvez aussi tenter votre chance au loto des termes humanitaires branchés et « renforcer les capacités » lors de votre prochaine réunion de planification stratégique. Assurez-vous de tweeter #Bingo lorsque vous obtenez une rangée complète.

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