Le corps d’élite burkinabé constitue-t-il toujours une menace ?

Le gouvernement provisoire du Burkina Faso a adopté un décret prévoyant la dissolution du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), qui avait organisé un coup d’État éphémère le mois dernier. Or, en dépit des promesses de désarmement et d’interventions subséquentes de l’armée, certains membres du RSP refusent toujours de rendre leurs armes. Dans ce contexte, nombreux sont ceux qui se demandent si la force d’élite continuera de constituer une menace pour la transition du pays vers la démocratie.

Depuis que le président de longue date Blaise Compaoré a été chassé du pouvoir après le soulèvement populaire des 30 et 31 octobre 2014, les défenseurs de la démocratie sont aux prises avec le problème délicat de la démilitarisation de la politique. Les forces armées ont en effet exercé un contrôle quasi exclusif de la scène politique depuis 1966, c’est-à-dire pendant 49 des 55 années qui se sont écoulées depuis l’indépendance du Burkina Faso, en 1960.

Le RSP, créé en 1995, est officiellement devenu « une unité importante rattachée à l’armée nationale et mise à la disposition du président » en juillet 2000, mais la plupart des gens le considèrent encore comme « une armée dans l’armée », ou comme un corps de soldats ayant été recrutés par M. Compaoré et qui lui restent loyaux.

Il n’est donc pas étonnant que le RSP continue d’être une source de préoccupation importante pour les parties prenantes de la transition. À la suite d’appels répétés du grand public, la Commission de réconciliation nationale et des réformes (CRNR) a officiellement recommandé la dissolution du RSP dans le rapport général qu’elle a soumis au premier ministre le 15 septembre dernier.

Malheureusement, les actions des membres du RSP – deux perturbations de la transition, les menaces d’interventions répétées et, finalement, le coup d’État du 16 septembre – n’ont pas contribué à apaiser les craintes de la population au sujet du régiment.

On peut cependant affirmer que le RSP ne constitue plus une menace pour la transition du Burkina Faso depuis que l’armée régulière est intervenue pour appliquer le décret de dissolution du 25 septembre.

En effet, à moins d’un revirement spectaculaire, les forces qui ont fait échouer le coup d’État – la population générale, l’armée nationale et les pressions des communautés régionale et internationale – seront toujours présentes.

Le RSP est considéré comme un groupe professionnel et bien formé, mais, une fois le désarmement terminé, ses membres n’auront plus les équipements nécessaires pour mettre en oeuvre des actions susceptibles de saboter une fois de plus le processus de transition en cours au Burkina Faso.

Aller de l’avant

Il faudra cependant continuer de prêter attention à un certain nombre de facteurs si l’on souhaite que la transition et l’après-transition se déroulent sans qu’il y ait de nouvelles perturbations.

Premièrement, nous devrons nous assurer que les membres du RSP sont réintégrés aussi rapidement que possible au sein de l’armée nationale, à l’exception de ceux qui doivent répondre de leurs actions passées. Cela permettra d’éviter que les anciens soldats du RSP se retrouvent sans perspectives d’avenir. L’armée pourra par ailleurs tirer profit des capacités et des compétences de ce corps d’élite, qui, comme en conviennent la plupart des gens, compte certains des soldats les plus qualifiés des forces de sécurité.

Deuxièmement, après avoir contribué au démantèlement total du RSP, nous devrons faire en sorte que l’armée retourne dans les casernes afin que le gouvernement civil reprenne complètement le contrôle du pays. Cela doit être fait en s’assurant que l’armée dispose des moyens nécessaires pour garantir la sécurité sur l’ensemble du territoire. Le gouvernement devra ensuite aider à promouvoir l’intégration des anciens membres du RSP dans l’armée régulière en évitant les règlements de comptes et la recherche de coupables.

Finalement, nous devrons écouter les Burkinabés. Ils ont déjà démontré leur force et leur capacité à résister aux tentatives d’entraver la transition et ils resteront dès lors des acteurs importants dans les événements à venir.

Ce pouvoir, s’il s’est révélé bénéfique, s’accompagne cependant de responsabilités importantes. Les autorités et ceux qui souhaitent leur venir en aide devront travailler en collaboration pour trouver des solutions aux défis qui se présenteront tout en continuant de respecter les règles établies. Cela implique notamment de recourir aux tribunaux pour résoudre tout litige susceptible d’émerger à l’approche des élections (au lieu de les régler dans la rue) tout en se rappelant que la paix, la cohésion nationale et la consolidation de la démocratie au Burkina Faso sont les seuls objectifs qui valent la peine d’être poursuivis.

*Mathias Hounkpe est administrateur du programme de gouvernance politique à l’Open Society Initiative for West Africa (OSIWA).

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