La sélection d’IRIN : homophobie au Kenya, aide aux réfugiés et hotlines humanitaires

Voici la liste des lectures recommandées par IRIN. Chaque semaine, notre réseau mondial de correspondants spécialisés partage sa sélection d’articles de recherche, de podcasts, de rapports, de billets de blogues et d’articles de fond à ne pas manquer pour rester au fait de l’actualité mondiale en matière de crises. Nous signalons également les conférences importantes à venir, les publications de livres et les débats sur les politiques.

À lire : notre Top 4

Multiplication des actes homophobes au Kenya

« Pour de nombreux LGBT [...] la sécurité est une préoccupation quotidienne. » Selon un nouveau rapport alarmant de Human Rights Watch (HRW), les attaques collectives contre les minorités sexuelles qui vivent sur la côte du Kenya, un pays où les relations entre personnes de même sexe sont toujours considérées comme un crime, sont de plus en plus courantes. Les conclusions du rapport, basé sur des interviews réalisées auprès de plus de 60 hommes gais et bisexuels, lesbiennes, femmes transgenres, responsables gouvernementaux, activistes et autres, montrent le bilan peu reluisant des autorités kényanes en ce qui concerne la protection de la communauté LGBT contre les flambées de violence. Les auteurs attirent également l’attention sur le rôle ambigu de la police, qui, dans certains cas, a protégé des victimes des abus sans pour autant déployer les efforts nécessaires pour amener les responsables devant les tribunaux.

Exilé un jour, exilé toujours ?

Saviez-vous qu’une fois qu’un réfugié est déplacé pour six mois, il risque de le rester pendant au moins trois ans ? Selon ce rapport approfondi publié par le Groupe de politique humanitaire (HPG, selon le sigle anglais), le phénomène de déplacement prolongé n’est pas nouveau. Il existe pourtant peu de solutions pour aider les réfugiés à retrouver un semblant de vie normale. Le rapport s’appuie sur le traitement d’un vaste ensemble de données sur les déplacements dans le monde pour démonter l’approche centrée sur l’aide qui est traditionnellement adoptée pour épauler les réfugiés. Il s’intéresse en outre à la façon dont les PDIP peuvent développer des moyens d’existence durables, notamment grâce à un meilleur accès aux permis de travail ou à une plus grande liberté de circulation. Selon les auteurs, le fait de fournir aux déplacés des opportunités essentielles n’est pas seulement « une question de droits de l’homme », c’est aussi « une façon d’offrir aux pays d’accueil des retombées sociales et économiques pratiques ».

Des objectifs confus, absurdes et peu réaliste

À la suite du lancement des Objectifs de développement durable des Nations Unis (ODD) – qu’un commentateur a récemment décrit comme « une liste de souhaits d’écolier pour sauver le monde » –, William Easterly critique avec acerbité les objectifs du programme. Dans cet article pour Foreign Policy, M. Easterly critique les cibles des ODD, qui, selon lui, « ne sont pas concrètes, pas quantifiables » et tout simplement « inatteignables ». Il considère que l’envergure de ces cibles est trop importante (« éliminer la pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le monde », « atteindre une couverture de santé universelle ») et qu’elles sont dès lors si « encyclopédiques que tout est une priorité absolue, ce qui veut dire qu’aucune d’entre elles n’en est réellement une ». Vers la fin de l’article, l’une des phrases de résume bien le noeud du problème : Le terme « durable » est utilisé si souvent et dans des contextes si différents qu’il ne veut plus dire grand-chose. On aurait presque pu donner n’importe quel qualificatif aux objectifs.

Do humanitarian hotlines help? [Les hotlines humanitaires sont-elles utiles ?]

Qui les gens appellent-ils lorsqu’une crise survient ? Pas les lignes d’assistance, selon ce billet de blogue fascinant rédigé par le directeur de Ground Truth Solutions Nick van Praag. Les hotlines mises en place dans le monde entier par les organisations humanitaires pour aider les civils ne sont pas très populaires auprès des personnes vulnérables ayant des problèmes. De nombreux répondants ayant participé à une étude réalisée en 2008 dans un centre d’appel de Gaza considéraient par exemple que le fait de rechercher de l’aide à l’extérieur de leur communauté revenait à admettre « leur faiblesse, leur échec ou leur dépendance ». À Haïti et au Kenya, la majorité des appels reçus par les lignes d’assistance étaient des demandes de renseignements généraux. Selon certaines informations, le service d’assistance mis en place au Népal aurait traité seulement 700 appels sur les 35 000 reçus au cours de la première semaine, après quoi il a cessé d’opérer. Le seul service téléphonique d’assistance cité par M. van Praag qui semble avoir bien fonctionné, une petite initiative mise en place dans un camp à Haïti, ne recevait que trois appels par jour. La conclusion de M. van Praag est si simple qu’elle devrait nous sembler évidente. Il semble pourtant qu’elle ne le soit pas. « La capacité à agir rapidement pour répondre aux demandes et aux inquiétudes des personnes qui appellent est cruciale. »

À écouter :

L’enfer est pavé de bonnes intentions

« J’ai maintenant du mal à voir quelles sont les bonnes manières d’aider. Les pays riches continuent de contribuer à la pauvreté et à la situation désastreuse à Haïti. Et la voie à suivre pour comprendre la situation est d’examiner de quelle façon nous contribuons à cette destruction. » Marylynn Stecley, une étudiante au doctorat interviewée dans le cadre du plus récent épisode de Ideas from the Trenches, de CBC, ne mâche pas ses mots. Dans cette émission très critique sur l’utilité de l’aide étrangère, les producteurs Tom Howell et Nicola Luksic et leurs invités montrent de quelle façon les tentatives de développement économique mises en oeuvre à Haïti rappellent le passé esclavagiste. Des agriculteurs sont expropriés de leurs terres pour permettre la construction d’usines où les Haïtiens travaillent de longues heures en échange d’un salaire à peine suffisant pour survivre. Quelle que soit la solution aux problèmes d’Haïti, les analystes politiques et les professeurs qui interviennent dans ce podcast suggèrent que les interventions extérieures ne devraient plus en faire partie.

À venir :

Congrès humanitaire, Berlin, 9-10 octobre

Cette semaine, la capitale allemande accueillera le 17e Congrès humanitaire, une conférence annuelle sur l’avenir de l’action humanitaire mondiale qui réunit des experts internationaux du secteur humanitaire ainsi que des milieux politique, académique et médical. John Nduna, secrétaire général de l’ACT Alliance, et Germán Velásquez, conseiller principal pour la santé et le développement au Centre Sud, prononceront les discours d’ouverture de l’événement, qui durera deux jours. Il y aura ensuite des débats sur la façon d’améliorer l’accès aux soins de santé dans les États affectés par des crises et sur les solutions potentielles au conflit en Ukraine, de même que des ateliers sur la compréhension du droit humanitaire international, la création d’approches durables pour lutter contre la malnutrition et une multitude d’autres sujets.

Une publication d’IRIN :

Portraits de Syriens

Un pédiatre qui rêve de devenir neurochirurgien. Un avocat qui aide les femmes dont le mari s’est enfui à obtenir un divorce. Un professeur d’anglais qui parle quatre autres langues. Un jeune homme de 17 ans qui a déjà cinq ans d’expérience comme coiffeur pour hommes. Qu’ont en commun tous ces gens ? Ce sont tous des réfugiés qui sont arrivés sur les rivages de l’île grecque de Lesbos. Notre photoreportage présente neuf Syriens ayant fui le conflit qui fait rage dans leur pays qui souhaitent maintenant mettre leurs compétences professionnelles à profit en Europe. Une chose est claire : comme plusieurs d’entre nous, ces gens, que l’on a tendance à regarder avec pitié, cherchent simplement à assurer le meilleur avenir possible pour eux-mêmes et pour leur famille.

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