La sélection d’IRIN : bureaucratie de l’aide, conflit au Yémen et réponse bâclée à Ebola

Voici la liste des lectures recommandées par IRIN. Chaque semaine, notre réseau mondial de correspondants spécialisés partage sa sélection d’articles de recherche, de podcasts, de rapports, de billets de blogues et d’articles de fond à ne pas manquer pour rester au fait de l’actualité mondiale en matière de crises. Nous signalons également les conférences importantes à venir, les publications de livres et les débats sur les politiques.

À lire : notre Top 5

De la difficulté de rendre l’aide humanitaire plus locale

Les Rapports sur les catastrophes dans le monde publiés par le FICR au cours des dernières années traitaient essentiellement de questions concrètes comme le VIH/SIDA, les migrations forcées et la malnutrition. Le sujet de cette année est plus philosophique : comment rééquilibrer les opérations humanitaires pour donner une plus grande place aux acteurs locaux. Les auteurs du rapport soutiennent que les grands acteurs internationaux disposent d’un pouvoir trop grand et de sommes trop importantes par rapport aux groupes locaux qui, souvent, sont ceux qui en font le plus pour sauver des vies. Il s’agit d’un sujet avec lequel la communauté humanitaire est aux prises depuis plusieurs années : tout le monde admet qu’il y a un problème, mais personne ne semble avoir de véritables réponses. Le rapport suggère certaines solutions, mais il souligne également les grands obstacles au changement, notamment les contrôles financiers trop zélés, les intérêts concurrents des communautés bénéficiaires et des acteurs locaux et les contraintes politiques et réglementaires dans les pays affectés.

Voir aussi : Aide d’urgence : les obstacles à une approche locale

RCA : les racines de la violence

Une démocratie précipitée est préférable à une absence de démocratie, n’est-ce pas ? Dans un nouveau rapport sur le conflit en République centrafricaine (RCA), l’International Crisis Group (ICG) laisse entendre le contraire : « Les partenaires internationaux de la Centrafrique et les autorités de transition qui ont le regard braqué sur le processus électoral devraient prendre en compte ces enjeux dans leur stratégie de sortie de crise pour éviter des lendemains d’élections difficiles dans un pays qui n’est aujourd’hui plus qu’un territoire. » Tandis que les violences entre les rebelles de l’ex-Séléka – des musulmans, pour la plupart – et les milices anti-balaka – largement composées de combattants chrétiens – continuent de faire rage, l’ICG exhorte les autorités de transition de la RCA à mettre l’accent sur le désarmement des divers groupes et à réaffirmer l’égalité des droits avant d’aller de l’avant avec l’organisation des élections. Les auteurs du rapport disent – entre autres choses – que le recrutement des fonctionnaires doit refléter les intérêts des minorités et appellent au déploiement d’autres soldats de maintien de la paix des Nations Unies dans les régions où la situation est particulièrement tendue

Un début inquiétant

Alors qu’ils viennent tout juste d’être adoptés officiellement, une étude phare menée par l’Institut de développement d’outre-mer (Overseas Development Institute, ODI) prédit déjà l’échec des Objectifs de développement durable (ODD). Dans le cadre de cette première tentative globale pour prédire leurs progrès au cours des 15 prochaines années, l’ODI accorde un score à chacun des 17 objectifs et révèle ceux qui nécessitent une réforme, une révolution ou une refonte totale. On peut espérer mettre un terme à la déforestation et à la pauvreté extrême : nous aurons fait la moitié du chemin dans l’atteinte de ces deux objectifs d’ici 2030. Nous avons cependant aussi des raisons de nous inquiéter. Les inégalités et la production de déchets risquent en effet de s’aggraver si les tendances actuelles se maintiennent et les progrès doivent être « trois fois plus rapides » si l’on souhaite réellement parvenir à éliminer la faim dans le monde.

Moins de bureaucratie, s’il vous plaît !

Dans ce billet de blogue, Chris Blattman, professeur adjoint à l’Université Columbia, fait preuve d’une franchise rafraîchissante et donne un aperçu de l’univers péniblement bureaucratisé de l’aide internationale. Après avoir participé à un panel de réflexion sur les moyens d’améliorer le système humanitaire grâce aux transferts en espèces, il a constaté de quelle façon les manoeuvres politiques, les règlements interminables et la faible coopération mondiale entravent les progrès réels sur le terrain : « Il est étonnant de voir à quelle fréquence le gouvernement américain a fini par être un obstacle à la mise en place des mesures adéquates. » Il critique également de manière virulente les Nations Unies : « Si quelqu’un peut trouver le moyen de récolter 10 dollars pour donner 1 dollar à un réfugié, c’est bien les Nations Unies. »

Une réponse bâclée à l’épidémie d’Ebola

Mauvaise qualité du chlore disponible, pénurie de seaux et systèmes de santé balbutiants : ce ne sont là que quelques-unes des conclusions de cette enquête incontournable menée par Associated Press. L’agence de presse a notamment découvert que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et d’autres intervenants avaient lamentablement échoué à faire face à l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Elle explique entre autres que les pénuries de fournitures ont obligé le personnel hospitalier sierra-léonais à porter des gants mal ajustés et à utiliser des emballages plastiques épars pour protéger leurs pieds. Joseph Fair, un expert américain qui a travaillé comme conseiller auprès du gouvernement sierra-léonais, croit que les téléconférences et autres démarches du genre ont fait perdre aux intervenants un temps précieux qui aurait pu permettre de sauver des vies. Alors que les fournitures s’épuisaient et que les gens continuaient de mourir, les responsables de santé se disputaient en effet au sujet de la couleur des housses mortuaires et débattaient à savoir s’ils devaient commander plus d’ambulances.

À écouter :

Ami ou ennemi des Yéménites ?


La semaine dernière, Amanda Silverman, l’animatrice du podcast Global Thinkers, de Foreign Policy, a rencontré la journaliste Elizabeth Dickinson et l’activiste Farea al-Muslimi pour discuter du rôle risqué joué par l’Arabie saoudite dans le conflit au Yémen et de ce que l’Occident pourrait faire pour intervenir. M. al-Muslimi soutient que lorsque les pays arabes les plus riches bombardent les plus pauvres, la dynamique politique locale se détériore. Mme Dickinson est du même avis : « [Cela est] réellement emblématique non pas du pouvoir saoudien, mais, en fait, de sa faible capacité à créer ou à rendre possible une solution politique. » Ils concluent que la crise ne peut être résolue par la force militaire, mais ils semblent malgré tout croire qu’il n’est pas trop tard pour négocier un accord de paix entre les camps rivaux « si la volonté internationale est suffisamment forte ».

À regarder :

Comment prévenir les génocides

Les génocides, rares et dévastateurs, peuvent cependant être évités. La semaine dernière, le Centre Simon-Skjodt pour la prévention des génocides a lancé le projet « Early Warning », qui vise à prédire les futures atrocités de masse dirigées par les États en assurant un suivi des attaques perpétrées contre des minorités dans divers pays. Le centre a ainsi établi une carte du monde mettant en évidence les pays qui risquent le plus de subir un épisode de génocide dans le futur en se basant sur des analyses statistiques de pointe, des commentaires d’experts régionaux et des modèles conçus par des politologues.

Les 10 pays les plus à risque incluent le Myanmar, le Soudan, et même le Yémen. De nombreuses vies sont menacées chaque jour dans ces pays. Le projet a pour objectif d’offrir aux groupes de défense et aux gouvernements « davantage d’occasions d’agir, et ce, bien avant que des massacres ne se produisent ».

Une publication d’IRIN :

À la dérive dans le delta de l’Irrawaddy

« Nous avons peur lorsque le vent est fort et que les vagues sont grosses. Nous craignons parfois de couler. » Hkin San Htay, une mère de quatre enfants qui est aussi cultivatrice de riz, vit dans une maison sur pilotis chancelante qui se trouve à 30 cm à peine au-dessus de l’eau. Les inondations qui ont affecté certaines zones du delta de l’Irrawaddy, au Myanmar, sont les pires qu’a connues la région depuis plusieurs décennies. Notre photoreportage montre comment les populations locales se débrouillent depuis que le cyclone Komen a frappé le pays, il y a environ deux mois. En périphérie de Pathein, les gens continuent de patauger dans les rues inondées en périphérie de Pathein, tandis que certains habitants du village de Sit Pin Gyi naviguent dans des embarcations de fortune et tentent de récupérer ce qui reste.

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