La sélection d’IRIN : vente d’armes, exode syrien et dénonciateurs des Nations Unies

Voici la liste des lectures recommandées par IRIN. Chaque semaine, notre réseau mondial de correspondants spécialisés partage sa sélection d’articles de recherche, de podcasts, de rapports, de billets de blogues et d’articles de fond à ne pas manquer pour rester au fait de l’actualité mondiale en matière de crises. Nous signalons également les conférences importantes à venir, les publications de livres et les débats sur les politiques.

À lire : notre Top 5

Le Yémen a besoin de l’aide du Royaume-Uni, pas de ses armes

Alors que la catastrophe humanitaire au Yémen s’aggrave de jour en jour, Oxfam accuse le gouvernement britannique d’exacerber la guerre civile en vendant des armes à l’Arabie saoudite. L’organisation affirme que le Royaume-Uni a accordé près de 40 permis d’exportation pour des marchandises militaires à destination du royaume du Golfe depuis le début de la guerre. Or, il est possible que les forces de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite aient utilisé ces armes dans des frappes aériennes qui ont fait des victimes parmi les civils, ce qui voudrait dire que l’octroi de ces permis contreviendrait au droit international. Mark Goldring, directeur général d’Oxfam Grande-Bretagne, résume l’hypocrisie apparente. « D’un côté, le Département pour le développement international finance des efforts pour aider les civils pris dans le conflit et, de l’autre, le gouvernement nourrit un conflit qui cause une souffrance humaine intolérable », écrit-il.

Ostracisés, licenciés, arrêtés

On ressent toujours une certaine appréhension à l’approche d’un 70e anniversaire. Les choses ne sont pas différentes pour les Nations Unies, qui franchiront le cap le mois prochain. La corruption et les mauvaises pratiques au sein de l’organisation ainsi que les allégations persistantes d’abus sexuel par les forces de maintien de la paix suscitent des préoccupations croissantes. Qu’arrive-t-il aux membres du personnel qui attirent l’attention sur de tels problèmes ? Dans cet article, le Guardian enquête sur le sort des dénonciateurs au sein des Nations Unies, et notamment sur le cas particulièrement frappant d’Aicha Elbasri. Alors qu’elle travaillait comme porte-parole au Darfour, Mme Elbasri a constaté que les atrocités commises contre les Darfouris étaient ignorées par les opérations des Nations Unies. « Je sentais que je ne pouvais plus travailler avec les Nations Unies en ayant cela sur ma conscience », a-t-elle dit. « En gros, je devais me taire ou partir. »

Un drone de surveillance s’écrase en RDC

Dans ce rapport spécial, Siobhan O’Grady, de Foreign Policy, critique vivement l’utilisation de drones de surveillance par les Nations Unies pour sauver des vies dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Ces aéronefs sans pilote, déployés dans le cadre de missions de maintien de la paix, « surveillent les déplacements des rebelles, contrôlent les conditions des routes et recueillent des renseignements » pour contribuer à la protection des civils congolais. Or, celui qui s’est écrasé dans la ville de Goma a fait plus de mal que de bien à la veuve de 55 ans qui a perdu ses récoltes sous les débris. Selon Mme O’Grady, un manque de financement, des opérations limitées et des conditions météorologiques difficiles ont diminué la capacité de fonctionner du programme du drone.

‘Syria is emptying’ [La Syrie se vide]

« Les analystes disent qu’il était inévitable qu’on en arrive là, que les Syriens finiraient par se lasser d’attendre qu’une guerre d’une telle brutalité se termine. » Ce grand exode ne devrait surprendre personne, écrit Liz Sly dans un long article pour le Washington Post qui tombe à point nommé. En mêlant le reportage de terrain et l’analyse géopolitique, Mme Sly dresse un portrait sinistre de ce à quoi nous devons nous attendre dans la région – des combats sans fin, aucune victoire claire et un seul perdant : le peuple syrien. Elle fait également valoir que ceux qui fuient n’ont plus rien à faire de la politique syrienne, qui ne fait que créer des divisions. « Nous ne savons pas qui est en train de gagner. Tout ce qu’ils font, c’est se tuer les uns les autres », a dit un réfugié.

14,50 dollars pour une nouvelle vie

À l’instar des Syriens, les Afghans sont nombreux à quitter leur pays. On entend cependant beaucoup moins souvent parler d’eux. Cet article du New York Times tombe donc à point nommé. Il offre un aperçu rare de la première étape du périlleux parcours qu’ils entreprennent pour rallier l’Allemagne depuis Kaboul. Nombreux sont ceux qui doivent d’abord payer l’équivalent de 14,50 dollars pour réserver un siège à bord d’un car jusqu’à Nimroz, à la frontière avec l’Iran. Ceux qui réussissent à traverser l’Iran et la Turquie et à poursuivre au-delà ont de la chance. Les migrants afghans sont en effet nombreux à se faire abattre par la police frontalière iranienne ou à mourir en traversant le désert. Cela ne dissuade pourtant pas d’autres aspirants réfugiés à entreprendre le voyage. « Je crois que l’Europe nous traitera comme des êtres humains », a dit Rehanullah, un Afghan de 18 ans. « Ici, je n’ai rien, rien du tout. »

À écouter :

Comment les transferts en espèces peuvent transformer l’aide


Les réfugiés ne sont pas toujours en déplacement, et ceux qui sont coincés dans les camps et dans les communautés informelles ont toujours désespérément besoin d’une aide humanitaire. Comment améliorer la fourniture de cette aide ? Le plus récent podcast du Centre de développement mondial (Center for Global Development, CGD) fait suite aux nouvelles recommandations formulées par un panel sur la façon dont les transferts en espèces peuvent radicalement changer l’industrie humanitaire traditionnelle. Rajesh Mirchandani rencontre le président du panel, Owen Barder, qui soutient que les transferts en espèces sont « plus efficaces, plus transparents, plus responsables » et qu’ils « devraient être au coeur de tout appel humanitaire », sauf dans quelques rares cas. Degan Ali, directrice exécutive de l’organisation non gouvernementale (ONG) africaine Adeso, parle de l’impact positif des transferts en espèces à grande échelle en Somalie et ajoute qu’il est important d’éliminer « l’idée paternaliste selon laquelle les gens pauvres [...] ‘‘dépensent [de l’argent] pour les mauvaises choses’’. »

À venir :

Passer de l’ambition à l’action

Comment les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies influenceront-ils les changements mondiaux des 15 prochaines années ? Organisé par l’Institut de développement d’outre-mer (ODI) et le CEPEI, ce débat réunit des experts du monde entier pour exposer les prévisions pour chacune des nouvelles cibles du développement international. Les participants au débat, présidé par Liz Ford, rédactrice en chef du site du Guardian consacré au développement mondial, incluent Simón Gaviria, directeur général du département de planification nationale de la Colombie ; Amina Mohammed, conseillère spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour la planification du développement post-2015 ; Aggrey Tisa Sabuni, conseiller présidentiel pour les affaires économiques au Soudan du Sud ; Claire Melamed, directrice de la branche Pauvreté et Inégalité de l’ODI ; et Danny Sriskandarajah, PDG de CIVICUS.

Une publication d’IRIN :

Handicapé par la guerre et oublié une fois la paix retrouvée

En 2009, Velu Arumugam a perdu un membre lorsque les forces du gouvernement sri-lankais ont bombardé son village. Il est handicapé à vie, mais il n’a toujours pas reçu d’aide financière ou médicale ou d’assistance juridique. Le cas de M. Arumugam est loin d’être unique. Des dizaines de milliers de Sri-Lankais devenus handicapés pendant la guerre civile, qui a duré plusieurs décennies, n’ont toujours pas obtenu justice ou reçu de compensation. Un rapport des Nations Unies vient tout juste de recommander que leurs cas soient entendus par un tribunal pour les crimes de guerre et le gouvernement sri-lankais a récemment annoncé qu’il mettrait sur pied une commission de vérité et de réconciliation. Les choses semblent bouger dans la bonne direction.

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